Elle aurait préféré rester dans l'ombre mais elle a accepté de déroger à la règle rigide qu'elle s'était fixée. Car lui est apparue l'impérieuse nécessité de partager la beauté de son métier, de dire la réalité de ce monde de la mode souvent falsifiée et, en pointillé, de rendre hommage à Dries Van Noten. Cela fait plus de dix-huit ans qu'elle l'a rencontré par le biais d'un dé...

Elle aurait préféré rester dans l'ombre mais elle a accepté de déroger à la règle rigide qu'elle s'était fixée. Car lui est apparue l'impérieuse nécessité de partager la beauté de son métier, de dire la réalité de ce monde de la mode souvent falsifiée et, en pointillé, de rendre hommage à Dries Van Noten. Cela fait plus de dix-huit ans qu'elle l'a rencontré par le biais d'un défilé Homme, " sublime ". Elle qui avait étudié les langues puis travaillé douze ans dans la pub s'était senti pousser des ailes, prête à tout recommencer à 35 ans pour entrer dans cet univers non fantasmé - sa grand-mère fut petite main pour la haute couture. Pour la société Villa Eugénie, cornaquée par Etienne Russo, metteur en scène de la mode et de ses événements, elle s'est donc muée en chef de projet, un job où " le mot impossible ne peut pas exister ". C'est cela qu'elle aime, veiller avec l'équipe aux plus infimes aspects pratiques d'un show, trouver le lieu, jouer à la " chef d'orchestre avec tous les ingrédients, le son, la lumière, le décor, faire que tout le monde soit prêt, dans le budget et le timing prévus ". Ce boulot, elle l'a appris sur le tas, débutant " discrète comme une petite souris ", faisant preuve de pugnacité et d'une rare propension à voir la magie là où elle pourrait naître. En parfaite cheville ouvrière, elle " concrétise les rêves de Dries ". Après 72 shows, il leur suffit d'un regard pour se comprendre, les mots n'ont plus cours quand on est en symbiose. Que le créateur belge lui ait confié en sus la difficile tâche de dénicher sa boutique parisienne n'est guère accidentel, qu'elle ait décidé de coproduire le documentaire Dries que Reiner Holzemer lui a consacré, non plus. Qu'elle parle de " famille " encore moins. Comment mettre des mots sur l'admiration qui l'habite, l'émotion vibrante qui s'éternise ? Se taire, simplement, la pudeur comme lien fraternel. A.-F.M.