Du plastique et du métal imbriqués. Et une durée de vie plus que limitée. Le rasoir jetable est - avec les lingettes - l'un des pires fléaux pour l'environnement tout droit sortis de notre salle de bains. Plus de 4 milliards de ces produits éphémères - des chiffres qui ne concernent même que la marque BIC... - viennent ainsi chaque année grossir nos poubelles pour finir dans le meilleur des cas à l'incinérateur. Si les hommes européens se rasent moins - on est passé du rituel quotidien à un rendez-vous face à son miroir 3,5 fois par semaine -, le marché du rasage dit humide reste malgré tout en pleine croissance à l'échelle mondiale. Il devrait peser d'ici 2030 plus de 20 milliards d'euros.
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Du plastique et du métal imbriqués. Et une durée de vie plus que limitée. Le rasoir jetable est - avec les lingettes - l'un des pires fléaux pour l'environnement tout droit sortis de notre salle de bains. Plus de 4 milliards de ces produits éphémères - des chiffres qui ne concernent même que la marque BIC... - viennent ainsi chaque année grossir nos poubelles pour finir dans le meilleur des cas à l'incinérateur. Si les hommes européens se rasent moins - on est passé du rituel quotidien à un rendez-vous face à son miroir 3,5 fois par semaine -, le marché du rasage dit humide reste malgré tout en pleine croissance à l'échelle mondiale. Il devrait peser d'ici 2030 plus de 20 milliards d'euros. Certes, la crise sanitaire avec ses confinements répétés a contribué à ralentir le rythme de rasage, mais elle a aussi poussé les hommes à se mettre en quête de produits plus durables. Une envie qui se traduit par un retour en force des rasoirs de sûreté - des modèles dans lesquels se glissent des lames à l'ancienne en acier inoxydable -, des brosses et des savons à barbe solides. Ce n'est sans doute pas un hasard si la maison Chanel propose aujourd'hui, en édition limitée, pour les 10 ans de son classique Bleu, un élégant blaireau en poils synthétiques. Cette autre tendance de fond va de pair avec une certaine "véganisation" de l'industrie cosmétique, qui tend à éviter dès que possible d'utiliser des matières premières d'origine animale et ce afin de rencontrer les critères éthiques de la jeune génération. "Ce sont en priorité les jeunes de moins de 30 ans qui vont se tourner vers ces objets plus tradi, note Nicolas Bayer, patron du barber shop Bayer & Bayer installé dans le centre de Bruxelles. Quand ils viennent se faire raser chez nous, c'est d'abord la notion de plaisir qui intervient. A la maison, c'est l'aspect fonctionnel qui prime, mais cela ne les empêche pas de vouloir bien s'outiller. La durabilité est un critère de choix important pour eux. Même si cela va coûter un peu plus cher au départ, l'investissement sera vite rentabilisé. Il suffit de comparer le prix des multilames industriels avec les lames en métal pur: les premiers sont jusqu'à cinq fois plus chers." Si certains rasoirs de sûreté peuvent coûter plus de 250 euros selon la matière dans laquelle ils sont fabriqués, il existe également des modèles beaucoup plus abordables. La marque Lamazuna, spécialisée dans la cosmétique zéro déchet, offre déjà un kit de démarrage comprenant un rabot avec manche en bambou, dix lames et un pain de rasage pour moins de 65 euros. Le tout sourcé et fabriqué en France. "C'est l'un des grands challenges du secteur, analyse Alain Etienne, cofondateur de Kazidomi, la coopérative de vente en ligne spécialisée dans les articles écoresponsables. Car beaucoup d'objets dits écologiques restent fabriqués en Chine. Heureusement, là aussi, le circuit court commence à se développer. Avec ces rasoirs de sûreté, on revient véritablement à l'essence même du produit, sans l'artifice du marketing. Autre avantage subsidiaire: ils sont non genrés, ce qui est également complètement dans l'air du temps." Preuve que la demande est loin d'être anecdotique, les acteurs historiques de la grande distribution surfent eux aussi sur la vague vintage. Sous le nom de King C. Gillette, le leader du secteur a lancé l'an dernier une toute nouvelle gamme au look rétro qui comprend notamment un rasoir de sûreté. Même constat chez Wilkinson, qui n'a pas hésité à rééditer un des "coupe-choux" qui faisaient déjà sa réputation au XVIIIe siècle! "On revient à des produits dont on sait depuis la nuit des temps qu'ils fonctionnent, pointe Tanguy De Ripainsel, managing director de Di. Il n'a rien fallu inventer: tous les designs étaient connus, il suffisait de puiser dans les archives. C'est même à se demander ce que l'industrialisation a pu apporter d'essentiel au rasage. Même du côté des produits, on constate un recul des mousses en bombe, synonymes de déchets inutiles, au profit des gels et des crèmes vendus dans des contenants moins polluants ou même des barres solides." Tous très photogéniques, ces objets sont vite devenus des stars des réseaux, où l'on ne compte plus les vidéos "how to" et autres guides de rasage à l'usage des débutants. Mais pour apprendre les bons gestes, on n'a encore rien fait de mieux qu'un petit détour chez le barbier. Un métier hier oublié, lui aussi ressuscité.