Elle passe nos fesses au scalpel, sans être pour autant chirurgienne esthétique. Lisa Macintyre, chercheuse à l'université d'Edimbourg, en Ecosse (lire l'interview en page 9), s'est choisi un sujet d'étude peu orthodoxe : les popotins féminins. Les petits, les replets, les ronds... Elle les scrute tous depuis un an pour répondre à cette question " de fond " que se pose tout un chacun : " Comment sont mes fesses dans cet habit ?" Car la fesse est une traîtresse qui ne se dévoile jamais à sa maîtresse. Contempler son séant est une chimère : on ne peut que l'entrevoir de profil en se contorsionnant, ou en scruter le reflet figé, de dos. On est donc condamné à ne jamais savoir si l'on est " aussi bien de fesses que de face ", selon la formule coquine de Raymond Queneau. Un fantasme d'autant plus obsédant que, depuis cinq ans et le succès de la bomba latina Jennifer Lopez, nous vivons une sorte d'âge d'or de la croupe, qui a détrôné les seins ou les jambes, presque passés de mode. " Traditionnellement, les fesses sont les parties honteuses du corps, " au-dessous de la ceinture " et encadrant les fonctions d'excrétion, r...

Elle passe nos fesses au scalpel, sans être pour autant chirurgienne esthétique. Lisa Macintyre, chercheuse à l'université d'Edimbourg, en Ecosse (lire l'interview en page 9), s'est choisi un sujet d'étude peu orthodoxe : les popotins féminins. Les petits, les replets, les ronds... Elle les scrute tous depuis un an pour répondre à cette question " de fond " que se pose tout un chacun : " Comment sont mes fesses dans cet habit ?" Car la fesse est une traîtresse qui ne se dévoile jamais à sa maîtresse. Contempler son séant est une chimère : on ne peut que l'entrevoir de profil en se contorsionnant, ou en scruter le reflet figé, de dos. On est donc condamné à ne jamais savoir si l'on est " aussi bien de fesses que de face ", selon la formule coquine de Raymond Queneau. Un fantasme d'autant plus obsédant que, depuis cinq ans et le succès de la bomba latina Jennifer Lopez, nous vivons une sorte d'âge d'or de la croupe, qui a détrôné les seins ou les jambes, presque passés de mode. " Traditionnellement, les fesses sont les parties honteuses du corps, " au-dessous de la ceinture " et encadrant les fonctions d'excrétion, relève le psychiatre Samuel Lepastier. Il est permis de complimenter une femme sur la forme de son visage, pas sur celle de ses fesses. Or, depuis peu, les femmes acceptent de reconnaître que leur derrière est source d'attrait érotique. D'où la recherche de situations qui le mettent en valeur. " Outre la généreuse J. Lo, la chanteuse Beyoncé n'est pas étrangère non plus au succès de la fesse dodue comme archétype contemporain. Elle l'a popularisée dans sa chanson " Bootylicious ", de l'argot anglais booty signifiant " fesses ". Le rappeur Snoop Dogg fut le premier à utiliser ce néologisme, et ce sont encore les papes du hip-hop qui vulgarisent en ce moment le booty shaking (" danse des fesses ") dans leurs clips brûlants. La croupe est pleine, donc, n'en déplaise aux partisans des jeans slim, ces denims qu'on dit aussi skinny (" squelettiques "), affûtés comme des lames sèches. Certes, ils sont à la mode chez les filles androgynes à la Kate Moss. Mais, pour les autres, l'ambition est plus rondelette. La dernière publicité Levi's exhibe ainsi une créature aux fesses bombées et vante l'exploit promis si vous enfilez le bon pantalon : " De tout le royaume, c'est elle maintenant qui a les plus belles fesses ". D'ailleurs, c'est en jean moulant que la très charnelle Scarlett Johansson a ouvert le défilé été 2006 de la griffe Imitation of Christ, façon Marilyn Monroe dans " Les Désaxés " de John Huston (1961). Pas de doute : le jean étant le meilleur mouchard des jolies fesses, c'est avec cette pièce de la garde-robe que chacune cherche ses courbes... ou les ruses pour cacher leur absence. " La fesse est l'élément essentiel du jean, celui qui détermine l'achat ", estime Valérie Blanchard, directrice artistique de Replay. Le Graal du galbe... En attendant la vérité promise par la chercheuse Lisa Macintyre, les filles stylées savent déjà distinguer, même confusément, ce qui flatte leur séant de ce qui le mine. Plutôt au point sur les techniques de feinte, Nathalie, 39 ans, explique : " En jean, ça se voit trop que j'ai le cul plat. Je sème le trouble en portant un taille basse un peu distendu, pour créer une silhouette rock à la Patti Smith ." Autre experte, Morgane, 27 ans et autant de tactiques pour assurer ses arrières : " Je choisis des jeans à la toile épaisse, qui me modèlent comme une gaine. Deuxième truc : porter un shorty en dessous, pour galber un peu plus. Et enfin, mettre des escarpins, pour accentuer la cambrure ." Vanessa Seward, directrice artistique d'Azzaro surenchérit : " Le vêtement idéal ne doit ni écraser ni aplatir la fesse. Je viens de mettre au point un pantalon taille haute qui frôle sans serrer, avec des poches placées haut derrière pour remonter la cambrure. Quant à mes jupes, elles sont entravées juste au-dessous des fesses pour créer un galbe immédiat. Je perpétue ainsi la philosophie de Loris Azzaro qui, par des subterfuges techniques, a toujours cherché à faire de la chirurgie esthétique par le vêtement ! " Obsédées par leur postérieur, certaines femmes à court de courbes vont jusqu'à solliciter le scalpel, le vrai cette fois : les injections de graisse (lipofilling), une mode venue du Brésil, se banalisent en Europe depuis moins de deux ans. Il faut souffrir pour être fessue... à moins de feinter par un faux-cul en mousse, comme l'affolante Penélope Cruz dans " Volver ", le dernier Almodóvar. Ou avec la nouvelle culotte Curves Up lancée par Wonderbra, dotée de voluptueux coussinets amovibles. L'accessoire de l'été ? chercheuse à la Heriot-Watt University's School of Textiles and Design, à Edimbourg (Ecosse) Parce que les fesses sont aujourd'hui particulièrement mises en valeur par le vêtement. Mes recherches vont, grâce à des informations détaillées, aider les femmes à tirer le meilleur parti de leurs atouts naturels. Mon étude porte sur la coupe des pantalons, les matières, la hauteur de la taille, la largeur de l'entrejambe... Chaque type de femme (l'androgyne, la " normale ", la callipyge, la préraphaélite) essaie 60 pantalons, dont un détail change à chaque fois. Les essais sont analysés. Et l'on découvre, par exemple, qu'une fille aux fesses rondes doit porter un pantalon à l'empiècement arrière dit " triangulé ", pour maintenir le fessier sans que la taille bâille, etc. Mais les stylistes connaissent ces actuces... Je m'adresse aux femmes, démunies face à l'offre textile, immense. Je vais leur offrir une grille de conseils en fonction de leur morphologie. C'est une obsession en Grande-Bretagne ; il y a même une émission de la BBC (" What not to Wear ?") où la question des fesses est régulièrement abordée. Katell Pouliquen