Le livre est dédié à votre père. Que vous a-t-il " appris à voir " ?

Ce collectionneur d'art contemporain ( Lichtenstein, Warhol... ) m'a ouvert les yeux sur l'art, les tableaux ou les sculptures. Si ma maison affiche un mélange d'£uvres, de babioles et de cartes postales, c'est parce que je l'ai copié.
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Ce collectionneur d'art contemporain ( Lichtenstein, Warhol... ) m'a ouvert les yeux sur l'art, les tableaux ou les sculptures. Si ma maison affiche un mélange d'£uvres, de babioles et de cartes postales, c'est parce que je l'ai copié. Ma mère qui lisait du matin au soir. J'ai été façonnée par deux opposées : une mère fantasque, originale et expansive ; un père protestant, sérieux et concentré. Danseuse classique et légère. Quelqu'un qui produit de l'art. Il l'est parfois, mais mon but n'est pas d'ordre thérapeutique. S'acheter des robes ou se lancer dans un projet artistique occupe l'esprit. Tout projet artistique m'aide à vivre car c'est mon métier. Au niveau amoureux, y'en a eu pas mal (rires). Je ne suis pas une rebelle, je fais juste mes trucs. J'aimerais bien le savoir car je n'ai pas connu de traumatisme évident. Or je ne cherche pas de sujets précis, je les rencontre. L'un d'eux concerne ceux qui n'ont jamais vu la mer. Ils sont si pauvres qu'ils ont même été coupés de cette image de la beauté, à portée de vue. C'est un tout, certains sont plus émouvants ou dramatiques que d'autres. Tant leur notion de la beauté que leur ultime image donnent lieu à des histoires différentes. Elle s'est imposée car je ne sais pas dessiner. Comme elle ne se suffit pas à elle-même, j'y vois une façon de raconter une histoire. Sur mes murs, vous trouvez Diane Arbus ou Lee Miller. Un livre avec mon père ( 92 ans ), intitulé Moi aussi (édition 591), autour des cadeaux reçus par Mitterrand au cours de ses septennats et ceux que j'ai gardés pendant quatorze ans. Une expo à Arles sur La première et la dernière fois, avec une partie sur les aveugles et le film sur ceux qui découvrent la mer. En Avignon, je vais raviver ma mère à travers l'ultime souffle insaisissable et la lecture de ses journaux intimes. Elle me les a confiés, or je n'ai pas eu le courage de les lire seule... Mon nom - qui signifie " sagesse de la rue " - mon chat Souris, une grande histoire d'amour à 16 ans, et des seins qui ont poussé à 30 ans. Quant à mon langage plasticien, il fait appel à des éléments de la vie courante. La vie a été douce avec moi. J'ai assez peu croisé la mort, j'ai eu des parents et des amis géniaux et je fais ce que j'aime. Face à ce cadeau, je ne peux qu'être reconnaissante. Aveugles, par Sophie Calle, Actes Sud, 168 pages. KERENN ELKAÏMJE NE SUIS PAS UNE REBELLE, JE FAIS JUSTE MES TRUCS.