São Paulo a beau être à la fois le centre névralgique du design brésilien et le fief de très nombreux créateurs, Humberto Campana (lire par ailleurs) nous confie que c'est dans les régions plus traditionnelles de l'intérieur du pays qu'il trouve une bonne part de son inspiration et de ses matériaux - à l'instar, du reste, d'un certain nombre d'autres représentants de la jeune génération. Le bois d'Amazonie reste bien sûr très populaire, mais toutes les matières de récupération ont aussi leurs inconditionnels, tant il est vrai que les concepteurs brésiliens d'aujourd'hui sont à la fois branchés, préoccupés par l'écologie, inventifs et sacrément en avance sur leur temps !
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São Paulo a beau être à la fois le centre névralgique du design brésilien et le fief de très nombreux créateurs, Humberto Campana (lire par ailleurs) nous confie que c'est dans les régions plus traditionnelles de l'intérieur du pays qu'il trouve une bonne part de son inspiration et de ses matériaux - à l'instar, du reste, d'un certain nombre d'autres représentants de la jeune génération. Le bois d'Amazonie reste bien sûr très populaire, mais toutes les matières de récupération ont aussi leurs inconditionnels, tant il est vrai que les concepteurs brésiliens d'aujourd'hui sont à la fois branchés, préoccupés par l'écologie, inventifs et sacrément en avance sur leur temps ! Si le Brésil a longtemps gardé les yeux rivés sur l'Europe et en particulier sur le modèle scandinave, cette époque est désormais bien révolue et la brazilian touch rencontre un intérêt croissant à l'international. Pourtant, la plupart des talents du pays demeurent encore largement inconnus au-delà de ses frontières. Une déferlante venue de l'autre côté de l'Atlantique s'annonce dans le secteur... En attendant ce tsunami créatif, voici un petit aperçu des incontournables du dernier demi-siècle.Artiste-peintre, écrivain et architecte, Flavio de Carvalho est un peu le Cocteau brésilien. Impliqué dans les sphères théâtrales dadaïstes, il a étudié à Paris juste avant le début de la Première Guerre mondiale et été taxé de " révolutionnaire romantique " par Le Corbusier himself. Sa production de mobilier est restée relativement modeste. On en retiendra néanmoins, au début des années 50, un formidable fauteuil en cuir et acier dessiné pour Objekto.L'architecte Lina Bo Bardi a débuté sa carrière auprès de Gio Ponti, père fondateur du design italien, avant de s'installer à São Paulo en 1946. Elle y a notamment conçu le célèbre Museu de Arte, dont son époux était le conservateur. Bowl, son fauteuil en cuir datant de 1951, est devenu un grand classique.Lauréat du prix Pritzker, sorte de Nobel d'architecture, en 2006, Paulo Mendes da Rocha occupe au pays de la samba une place aussi importante qu'Oscar Niemeyer. Père du brutalisme, un style caractérisé par l'utilisation du béton brut, il a dessiné de nombreux bâtiments à vocation culturelle à São Paulo et dans les environs. Son fauteuil en cuir Paulistano (Objekto, 1957) n'a rien à envier aux créations les plus en vue de Le Corbusier ou de Mies van der Rohe. Remis en production en 2004, il n'a pas perdu de sa popularité.D'origine française, Michel Arnoult est arrivé au Brésil au début des années 50 afin d'y mettre au point des modèles prêts à assembler (comprenez : des kits à monter par les clients) pour l'industrie du meuble. Il s'y est lié d'amitié avec Oscar Niemeyer et avec l'artiste-peintre Candido Portinari. Son fauteuil à bascule Peg Lev, imaginé en 1968, a été relooké en 2003 sous le nom de Pelicano.D'apparence très moderne, la lampe Eclipse (Objekto) de ce designer-photographe-ingénieur date de 1982. Ses courbes organiques se marient parfaitement avec l'architecture d'aujourd'hui ; la simplicité du concept et le jeu d'ombres et de lumières qu'il autorise sont également extrêmement contemporains.Devenu mondialement connu grâce aux lignes mouvantes des plus beaux fleurons architecturaux de Brasilia, la ville nouvelle imaginée par son ami Lucio Costa, Oscar Niemeyer a également dessiné de nombreux meubles, fabriqués principalement par la firme italienne Fasem. Sa création la plus originale dans ce domaine est sans doute sa Chaise Longue de 1985.Vers l'an 2000, le design brésilien a connu une véritable métamorphose. Rio et São Paulo sont devenus les ports d'attache par excellence des talents animés d'une vision écologique tels que Rafic Farah. Sa double casquette d'architecte et de graphiste transparaît clairement dans sa table basse Kaeko (Objekto, 1989), un simple plateau de verre sur un pied en Inox conçu pour l'habitation d'un client japonais.La nouvelle génération de créateurs brésiliens a approfondi son approche écologique. Fernando et Humberto Campana font de longue date partie de cette mouvance. Architecte de formation, Fernando s'est donc rapidement élevé contre le courant brésilien du Bauhaus à la Niemeyer, dans lequel toute récupération est impensable. La chaise Favela (Edra, 2004) compte au nombre des créations emblématiques du duo.Cette designer et architecte inscrit ses créations dans l'espace presque comme des sculptures. Sa bibliothèque Volpi (2010) épouse à la perfection les formes anguleuses du style architectural actuel. A l'instar des créations récup' des frères Campana, Volpi rompt avec l'équilibre du design brésilien d'autrefois.Basé à Rio, le plus célèbre des designers brésiliens encore en activité a travaillé en étroite collaboration avec Oscar Niemeyer. Le plus remarquable de ses nombreux fauteuils est probablement le Mole (Linbrasil, 1957), un modèle en cuir ultraconfortable qui a connu un véritable triomphe lors d'une foire italienne en 1961.Ayant travaillé pendant six ans aux Pays-Bas avant de retourner au Brésil, Brunno Jahara a subi l'influence de créateurs et de bureaux néerlandais tels que Marcel Wanders ou Maarten Baas. Lui aussi rompt avec le passé en tablant sur des couleurs vives, des formes capricieuses et des matériaux de récup'. En 2010, il crée la surprise avec son buffet bas Babilonia, dont les couleurs évoquent les rayures de Paul Smith. Il est convaincu que l'écologie, l'innovation et l'artisanat sont les clés d'un monde meilleur.PAR PIET SWIMBERGHE ET GUY-CLAUDE AGBOTON