Pas sûr qu'il se soit réjoui la première fois qu'un journal a cru bon de qualifier les eighties d'années Goude. C'est rarement une bonne chose lorsqu'une décennie finit par porter votre nom. Il y a comme qui dirait une date d'expiration qui pointe à l'horizon. De cette période bénie qui lança sa carrière, il a gardé son inaliénable dégaine de farfadet en pantacourt et veston à épaulettes. Une certaine vision de la " réclame ", aussi, qui lui a permis d'offrir à chaque génération, sûrement sans préméditation et c'est bien là tout son génie, ces instantanés ayant contribué, à leur manière, à forger des petits touches de culture populaire. Des lutins Kodak des années 80 à la photo des fesses de Kim Kardashian coupable d'avoir " cassé l'Internet ", en 2014, sans oubli...

Pas sûr qu'il se soit réjoui la première fois qu'un journal a cru bon de qualifier les eighties d'années Goude. C'est rarement une bonne chose lorsqu'une décennie finit par porter votre nom. Il y a comme qui dirait une date d'expiration qui pointe à l'horizon. De cette période bénie qui lança sa carrière, il a gardé son inaliénable dégaine de farfadet en pantacourt et veston à épaulettes. Une certaine vision de la " réclame ", aussi, qui lui a permis d'offrir à chaque génération, sûrement sans préméditation et c'est bien là tout son génie, ces instantanés ayant contribué, à leur manière, à forger des petits touches de culture populaire. Des lutins Kodak des années 80 à la photo des fesses de Kim Kardashian coupable d'avoir " cassé l'Internet ", en 2014, sans oublier le barnumesque défilé du Bicentenaire de la Révolution française en 1989 et la mise en cage de Vanessa Paradis pour le lancement du parfum Coco : l'homme s'est autorisé toutes les fantaisies. Pimper la réalité, ça a toujours été son fond de commerce. Né à l'ombre du grand rocher en béton du zoo de Vincennes, il y puise cette passion pour un exotisme fantasmé qui nourrira sa création. " Il était si proche de l'endroit où nous vivions qu'en été, par grande chaleur, on pouvait sentir les odeurs de pipi du chameau à 500 mètres à la ronde, rappelle Jean-Paul Goude. La nuit, comme dans une Afrique de contes de fées, sous la voûte étoilée qui brillait, on entendait rugir les bêtes sauvages. " Fils de danseuse, il se serait bien vu embrasser lui aussi la carrière. Mais jugé trop petit pour le job, il encaisse et se révolte à sa manière contre cette blessure narcissique qu'il transforme en signature artistique. Il invente la " French correction " avec la complicité de Harold Hayes, alors rédacteur en chef du mensuel pour hommes Esquire, jouant d'abord sur les proportions de son propre corps en cachant des talonnettes dans ses chaussures et en rembourrant ses vêtements aux épaules pour se façonner une carrure. Bien avant Photoshop, il trafique ses images en coupant ses ektas au cutter pour modifier les silhouettes. Ce style cut-up deviendra sa marque de fabrique. Il en use à nouveau en octobre dernier pour la campagne Kenzo X H&M qui devient virale sur le Net. L'exposition que lui consacrent les Arts décoratifs à Paris, en 2011, aurait pu être le point d'orgue d'une carrière bien remplie. A 76 ans pourtant, il multiplie les projets en imaginant l'an dernier un bowling rétro pour Chanel dans lequel déboulent des flacons du parfum Chance. Le voilà aujourd'hui qui rhabille pour l'hiver le mythique crocodile de Lacoste, le temps d'une capsule où les polos, bombers, sacs et pochettes affichent un logo rajeuni. Comme toujours chez Goude, tout commence par un dessin. Lui qui se voit davantage comme un " imagier " que comme un photographe - un moyen comme un autre d'éviter d'attraper le melon - s'est fait tout un film autour de ce reptile, " bad boy de la jungle " qu'il n'hésite pas à qualifier de " meilleur ami de l'homme " dans les premiers croquis d'intention qu'il montre à Felipe Oliveira Baptista, le directeur artistique de la griffe. " Dans mon enfance, le crocodile Lacoste était déjà célèbre et il n'était pas le seul, ajoute l'éternel pubard. Il y avait le bonhomme Michelin, la Vache qui rit et j'allais dire les Kodakettes, mais c'est beaucoup plus tard ! " Il imagine alors une parade nuptiale entre deux sauriens, une sorte de ballet d'automates - le danseur-né qui sommeille en lui n'est jamais très loin - dont les héros brodés au fil de coton plastronnent désormais en lieu et place du traditionnel caïman. A y regarder de plus près, la " mariée " se distingue de son futur par son postérieur callipyge, une autre de ses obsessions créatives à laquelle il ne renoncera jamais. C'est juré. PAR ISABELLE WILLOT" UN SAURIEN FEMELLE AU PROFIL CALLIPYGE. "