Ce territoire de 16 000 hectares est une véritable pépite écologique, miraculeusement préservée de toute atteinte humaine. Ici, pas de route, de village ou encore de maison. Malgré son nom, cette région n'est pourtant pas un désert de sable tel qu'on se l'imagine, mais bien un rude univers pierreux aux chaudes couleurs ocre et rose offrant un contraste surprenant avec le bleu de la Méditerranée bordant ce formidable chaos rocheux. Romarins, lentisques et cistes de Crète en parfument le maquis peuplé essentiellement de perdrix et de fauvettes.
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Ce territoire de 16 000 hectares est une véritable pépite écologique, miraculeusement préservée de toute atteinte humaine. Ici, pas de route, de village ou encore de maison. Malgré son nom, cette région n'est pourtant pas un désert de sable tel qu'on se l'imagine, mais bien un rude univers pierreux aux chaudes couleurs ocre et rose offrant un contraste surprenant avec le bleu de la Méditerranée bordant ce formidable chaos rocheux. Romarins, lentisques et cistes de Crète en parfument le maquis peuplé essentiellement de perdrix et de fauvettes. C'est grâce au romancier français Pierre Benoit (1886-1962) qui écrivit en 1950 " Les Agriates " que cette région cessa d'être un simple nom sur une carte. Plus désertée que désertique, cette terre fut longtemps le grenier à blé de la République de Gênes qui ne possédait pas sur le continent d'arrière-pays agricole suffisamment fertile pour nourrir sa population. Jusqu'au début du xxe siècle, les Agriates vont attirer de nombreux cultivateurs venus du Cap Corse et de Balagne. Ceux-ci restaient jusqu'à l'automne pour céder ensuite la place aux bergers descendus des montagnes pour l'hiver. Lors de leurs rencontres, paysans et bergers échangeaient leurs produits : du fromage contre du blé ou de l'huile. Mais tout cela a bel et bien disparu. Plus une habitation, ni une culture, juste de la rocaille à perte de vue parsemée ici et là de quelques petits murets de pierre rappellent cette fertilité passée. Sa principale richesse aujourd'hui est le tourisme. En été, de nouvelles migrations font revivre ce beau coin de Corse. Randonneurs, cavaliers, joggeurs et VTTistes s'emparent des lieux, suivis avec l'arrivée des jours, d'autres nomades venus de la mer et qui abordent les plages sauvages et les criques les plus désertes de ce petit coin de paradis. En partie construite sur le tracé d'une ancienne voie romaine, la départementale 81 est un excellent avant-poste d'observation pour admirer l'un des plus beaux paysages de l'île. Cette chaussée étroite, seule route à traverser les Agriates, serpente entre des blocs rocheux, enjambe rivières et torrents par des ponts aux noms évocateurs comme celui du Diable. De ce promontoire, le regard plonge dans un vaste univers de rocaille, avec, au loin, la présence immuable de la Méditerranée. D'imposantes pyramides minérales comme celle du Monte Genova (418 m) dominent le paysage. Celles-ci sont envahies par des genévriers, pins d'Alep, oliviers sauvages, arbousiers et bruyères. Au printemps, l'endroit est constellé de belles fleurs blanches, les cistes de Montpellier. De la départementale 81, démarrent plusieurs pistes qui permettent d'atteindre la mer. La côte des Agriates se compose d'une série de caps et de plages effleurées par une magnifique eau, couleur aigue-marine. Pour y arriver, il faut absolument quitter sa voiture. Ainsi la plage de Loto qui étend son beau croissant d'argent de sable fin et clair à l'ouest d'une petite plaine, n'est accessible qu'après une marche de trois heures. Durant la haute saison touristique, ceux qui souhaitent profiter de ce coin de paradis sans trop se fatiguer, prennent plutôt un bateau au port de Saint-Florent, un petit village à l'ouest des Agriates, qui les mène, en trente minutes, jusqu'à destination... Plus à l'ouest, la plage de Sallecia, l'un des plus beaux sites corses, n'est accessible qu'après une marche de 12 km sur une piste défoncée. Immense, désert et silencieux, le lieu offre son vaste ruban de sable blond sur fond de pinède. Aucune construction ne vient défigurer le littoral. Tout n'est ici que calme et plénitude. C'est pourtant ici à Saleccia qu'ont été tournés en 1962 les extérieurs du film " Le Jour le plus long ", relatant le débarquement en 1944 des troupes alliées sur les côtes de Normandie. Quarante-cinq ans plus tard, l'endroit n'a plus rien d'un champ de bataille et il en émane une belle harmonie due sans doute à ses dunes où ont été plantés, sous Napoléon III, de majestueux pins d'Alep. Dispensateurs d'une ombre généreuse, ces massifs se révèlent par ailleurs d'indispensables refuges contre les bourrasques de sable qui vident parfois en quelques minutes la plage de tous ses baigneurs. Le site de l'Ostriconi est sans conteste le plus bel endroit des Agriates. Au bout d'une piste qui épouse le versant d'une colline, à l'aplomb de la plage, un paysage incomparable s'offre alors au regard. La mer d'abord, apaisée en ce beau jour, la plage de sable étincelant ensuite. Les dunes aux flancs arrondis, les plus étendues de Corse, partent à l'assaut de la montagne et recouvrent de coulées d'aspect neigeux le granit rosé. A l'arrière, les méandres d'une rivière canalisent jusqu'à la mer les flots d'une eau paisible, ourlée d'aulnaies et de roselières. Légèrement en amont, une mosaïque de prairies remonte doucement vers des oliveraies. Du haut du promontoire rocheux, le regard se plaît à peindre un tableau imaginaire où le camaïeu des bleus du ciel et de la mer contraste avec le miroir plus sombre des eaux de la rivière. Tout autour, les vertes pâtures et la toison émeraude des roselières répondent au gris vert des genévriers qui peuplent les dunes. Le brun roussi du maquis et le rouge ocre des falaises, en touches finales, s'affirment alors en contrepoint du blond immaculé du sable. A l'extrémité, un sentier se faufile et relie en trois étapes l'Ostriconi à Saint-Florent. Cette piste longue de 45 kilomètres suit en partie l'ancien chemin des douaniers. Elle déroule ses merveilles au sein d'une nature vierge. Les randonneurs découvrent ainsi en quelques jours l'un des plus fascinants paysages corses. Texte : Stéphane Disière Photos : Iwao Motoyama