Il avait prévenu : " Apposer mon nom partout ne m'intéresse pas. " Etait-ce une raison suffisante pour changer de prénom et se glisser pour l'éternité dans l'ombre de Christian Dior ? Une seule chose est sûre, Roger Bohan, dit Marc depuis avril 1946 et son entrée chez son père spirituel Robert Piguet, oeuvra durant vingt-neuf ans, sept mois et douze jours pour la maison de l'avenue Montaigne, laquelle fête aujourd'hui ses 70 ans. Ce jeune ho...

Il avait prévenu : " Apposer mon nom partout ne m'intéresse pas. " Etait-ce une raison suffisante pour changer de prénom et se glisser pour l'éternité dans l'ombre de Christian Dior ? Une seule chose est sûre, Roger Bohan, dit Marc depuis avril 1946 et son entrée chez son père spirituel Robert Piguet, oeuvra durant vingt-neuf ans, sept mois et douze jours pour la maison de l'avenue Montaigne, laquelle fête aujourd'hui ses 70 ans. Ce jeune homme élégant destiné à une carrière de petit banquier ne s'imaginait pas ailleurs que dans la mode - une mère modiste peut parfois faire beaucoup pour une vocation. En septembre 1960, il a 34 ans, remplace Yves Saint Laurent chez Dior et signe dans la foulée une première collection haute couture qu'il baptise Le Slim Look, toute référence en opposition respectueuse au New Look n'est évidemment pas fortuite. De décennie en décennie, il distille ses envies, ancrées dans son époque, qui s'appuient sur la rigueur des coupes et la perfection des lignes, auxquelles il se plaît à rajouter des noeuds, parfois, sous le prétexte que c'est " seyant ". Son objectif ? " Faire des vêtements sophistiqués dans la simplicité, avec une pointe d'insolence par moment. " Pari tenu. A sa manière, il traverse les modes, habille Niki de Saint Phalle et Sylvie Vartan, Grace de Monaco et Claude Pompidou, ose remonter ses jupes au-dessus du genou avant Mai 68, crée en avant-gardiste le prêt-à-porter maison qu'il baptise Miss Dior, instaure la ligne et la boutique Baby Dior, de même que l'Homme, en 1970, parfumé à l'Eau sauvage. Marc Bohan disait que " le chic s'invente sur le tas " et qu'" il faut avoir l'air d'avoir sauté dans une robe... " comme ça " et que ce soit incritiquable ". C'est l'exercice auquel il s'est tenu, en cinquante-sept collections de haute couture, soit autant exactement qu'Yves Saint Laurent, son prédécesseur, et ceux qui lui succédèrent, Gianfranco Ferré, John Galliano et Raf Simons réunis. Son nom est désormais apposé sur un coffee table book anniversaire publié chez Assouline, avec pour toutes dates 1961-1989, celles de ses bons et loyaux services siglés CD. L'histoire s'en souvient, elle n'est pas la seule.