Que les spectateurs de " The Da Vinci Code ", qui s'apprête à déferler sur les écrans du monde entier, ce mercredi 17 mai, ne s'y trompent pas. À l'image du best-seller de Dan Brown dont il est tiré, le thriller ésotérique de Ron Howard ne s'embarrasse pas de soucis de vraisemblance historique. Ainsi, les scènes du roman se déroulant à Castel Gandolfo dans le Latium, en Italie, célèbre pour abriter la résidence d'été du pape, ont-elles été tournées... dans le comté anglais de Leicestershire, à Belvoir Castle. Cette forteresse normande aux allures de château néogothique partage avec le (véritable) palais pontifical une position surélevée, dominant la nature alentour, et un aspect imposant et impénétrable. Mais là s'arrête la comparaison...
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Que les spectateurs de " The Da Vinci Code ", qui s'apprête à déferler sur les écrans du monde entier, ce mercredi 17 mai, ne s'y trompent pas. À l'image du best-seller de Dan Brown dont il est tiré, le thriller ésotérique de Ron Howard ne s'embarrasse pas de soucis de vraisemblance historique. Ainsi, les scènes du roman se déroulant à Castel Gandolfo dans le Latium, en Italie, célèbre pour abriter la résidence d'été du pape, ont-elles été tournées... dans le comté anglais de Leicestershire, à Belvoir Castle. Cette forteresse normande aux allures de château néogothique partage avec le (véritable) palais pontifical une position surélevée, dominant la nature alentour, et un aspect imposant et impénétrable. Mais là s'arrête la comparaison... Surplombant les pentes douces des monts Albains, à une trentaine de kilomètres au sud de Rome, le " palazzo pontificio " se dresse dans toute sa majesté baroque au c£ur d'un charmant bourg aux façades ocre et rosées. Ici, ni donjon ni créneaux, mais des coupoles et fontaines, intérieurs fastueux et jardins à l'italienne s'épanouissant derrière les murs jalousement gardés du palais. L'imposante bâtisse clôt avec panache la perspective de la Piazza della Liberta, une petite place concentrant commerces et monuments emblématiques de Castel Gandolfo. La mairie, construction rectiligne des années 1930, voisine ainsi avec l'église projetée par Le Bernin, considéré comme le plus grand architecte de la Rome baroque. Ce dernier coiffa, en 1661, l'édifice d'une coupole monumentale, haute de 50 mètres. Si l'on en croit les érudits locaux, la fontaine ornée de chérubins, qui fait depuis plus de quatre siècles face au palais pontifical, serait, quant à elle, l'£uvre de son plus farouche rival : l'ombrageux et génial Borromini, inventeur d'une architecture nerveuse et mouvante, riche en effets illusionnistes. Le Bernin, avec qui il collabora à la construction du palais Barberini à Rome, lui aurait déclaré avec irritation : " Tu n'es bon qu'à faire d'étranges fontaines pour des terrassiers morts de soif. " D'aucuns ont voulu y voir une référence à la fontaine de Castel Gandolfo... Dans le prolongement du grand portail du palais pontifical, on aperçoit la fameuse " loge des bénédictions " d'où le pape, l'été, bénit les fidèles. L'édifice prit son apparence actuelle sous le pape Urbain VIII, qui chargea dans les années 1620 Carlo Maderno, auteur de la façade de la basilique Saint-Pierre, à Rome, de transformer l'ancienne forteresse médiévale en une élégante résidence pontificale. On doit à ce pape bâtisseur, protecteur des arts et ami du Bernin, l'instauration de la traditionnelle retraite papale à Castel Gandolfo. La chaleur écrasante de Rome et les épidémies causées par les eaux stagnantes du Tibre faisaient, à l'époque, fuir vers la campagne les Romains bien nés. Une pratique qui s'est depuis largement répandue. Le centre historique de Castel Gandolfo, peuplé le reste de l'année d'un millier d'habitants, a aujourd'hui du mal à contenir les milliers de pèlerins venus assister à la bénédiction papale ou jouir l'été de la fraîcheur du lieu. Une visite " hors saison pontificale " est ainsi conseillée, en particulier à l'automne, lorsque la végétation forme un écrin roux et blond autour du lac d'Albano, ou par une journée ensoleillée d'hiver, la meilleure saison pour échapper aux cohortes de touristes. Partant de la gare de Roma Termini, le train régional à destination d'Albano Laziale constitue un moyen enchanteur de rejoindre cette localité haut perchée. La voie ferrée longe les coteaux des Castelli Romani, ces villages belvédères (Frascati, Rocca di Papa, Nemi, Ariccia...) dont le vin blanc et parfumé est célèbre dans tout le Latium. Puis, au détour d'un tunnel, les vignobles cèdent la place à l'étendue bleutée et cristalline du lac d'Albano, sertie d'oliviers et de châtaigneraies. Ses eaux fraîches et limpides, qui accueillent l'été les baigneurs, occupent le fond d'un ancien cratère. D'origine volcanique, les monts Albains constituent, en effet, le périmètre d'un immense cratère lui-même criblé de cavités secondaires, où se nichent des lacs. Il en résulte un paysage tout en contrastes et dénivelés, dont la beauté et les vertus défensives sont appréciées depuis plus de 3 000 ans. Si l'on en croit la légende, l'antique cité d'Albe la Longue fut fondée vers 1150 avant Jésus-Christ par Ascagne, fils d'Énée, à l'emplacement de l'actuel Castel Gandolfo. Mais la plus ancienne ville du Latium ne résista pas longtemps à sa rivalité avec Rome et, suivant la tradition, l'affrontement sanglant des Horaces et des Curiaces scella son sort quelques siècles plus tard. La ville fut détruite, mais le site n'en continua pas moins d'exercer ses charmes sur les populations des environs. Très prisé, il se peupla à l'époque républicaine et impériale de luxueuses villas patriciennes, thermes, hippodromes et théâtres. De cette ancienne splendeur témoignent encore les vestiges de l'immense résidence que se fit construire l'empereur Domitien, aujourd'hui partie intégrante des jardins du palais pontifical. Malheureusement interdit à la visite, le " palazzo pontificio " recèle bien des trésors et des surprises... Ainsi des deux dômes d'aluminium couronnant l'édifice. Qualifiées dans " The Da Vinci Code " de " chapeaux melon d'opérette perchés sur une forteresse ", ces étranges coupoles entièrement en bois ne doivent rien à l'architecture baroque. Installées entre 1932 et 1935, elles abritent la " Specola Vaticana ", l'observatoire astronomique du pape. Ce lieu étonnant et confidentiel a inspiré Dan Brown pour certaines scènes de son film. C'est en effet dans la bibliothèque de la " Specola " que Mgr l'évêque Aringarosa prend connaissance des " sinistres desseins " du Saint-Siège à l'égard de sa puissante organisation, " l'Opus Dei ". Les rares visiteurs admis dans son enceinte sont accueillis et guidés par le père Sabino Maffeo. Mémoire vivante de l'observatoire, ce jésuite-physicien de 83 ans actionne avec un plaisir manifeste les télescopes qui faisaient, dans les années 1930, l'orgueil de la papauté - et aujourd'hui le bonheur des astronomes-amateurs. Il a d'ailleurs lui-même bricolé l'une des anciennes coupoles, qu'il ouvre à la main avec une corde tout en exposant avec verve l'histoire de l'institution. " La " Specola ", raconte-t-il, a été fondée il y a plus de cent ans par le pape Léon XIII pour combattre l'image d'une Église ennemie du progrès et obscurantiste, et récuser de manière concrète et irrévocable la condamnation de Galilée. " Ironie du sort ou éclatant symbole de cette évolution, c'est précisément dans le palais voulu par Urbain VIII, pape qui condamna Galilée en 1633, que l'observatoire pontifical prit place trois siècles plus tard... Aujourd'hui, la communauté des " astronomes du pape " compte douze jésuites, pour certains spécialisés en histoire de l'astronomie ou en recherches sur l'origine des étoiles, pour d'autres en planétologie. À cause de la trop grande pollution lumineuse (la multiplication des lumières électriques dans le Latium ces trente dernières années a compromis l'observation du ciel), ces derniers passent désormais la plus grande partie de leur temps dans leur nouvel observatoire du désert de Tucson, en Arizona. Mais l'antique " Specola " de Castel Gandolfo reste le symbole du dialogue retrouvé entre foi et science. Un apostolat quelque peu raillé dans " The Da Vinci Code ". Mais ici, nul n'en fait cas. Dans la paisible cité papale, les controverses suscitées par le best-seller de Dan Brown semblent en effet n'intéresser personne... " Non, je n'ai même pas lu le livre ", confie Sabino Maffeo, qui ajoute avec une pointe d'agacement : " Ici, on fait un travail sérieux ! " Quant au maire de la ville, il n'en a jamais entendu parler. À l'heure où les foules se pressent sur les lieux du roman, et où les " Da Vinci Tour " font le bonheur des organisateurs de voyage, un irréductible village du Latium résiste encore... Eva Bensard