Avec leurs cinq Grammy Awards et leur refus d'être nominés aux Victoires de la musique, les Daft Punk nous l'ont encore rappelé : pour être connu, il n'est pas toujours indispensable de se montrer. Mais si la posture casquée de Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo est d'une efficacité redoutable dans un monde où faire parler de soi en s'exhibant est devenu tellement banal qu'il faut trouver une parade, quelle qu'elle soit, la discrétion étonne plus quand elle émane des puissants. Tycoons du luxe et magnats des consortiums f...

Avec leurs cinq Grammy Awards et leur refus d'être nominés aux Victoires de la musique, les Daft Punk nous l'ont encore rappelé : pour être connu, il n'est pas toujours indispensable de se montrer. Mais si la posture casquée de Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo est d'une efficacité redoutable dans un monde où faire parler de soi en s'exhibant est devenu tellement banal qu'il faut trouver une parade, quelle qu'elle soit, la discrétion étonne plus quand elle émane des puissants. Tycoons du luxe et magnats des consortiums florissants nous ont en effet plus habitués à la surexposition, voulue ou subie. Toutefois, à l'abri des tabloïds voyeurs, des communiqués ronflants et des rapports annuels contraints d'afficher une croissance insolente, certains optent plus volontiers pour la retenue. Ainsi Clarins a-t-il fait le choix, en 2008, de se retirer de la Bourse. Une décision qui permet au groupe, dirigé par les héritiers directs du fondateur Jacques Courtin-Clarins, d'agir comme il l'entend, sans tenir compte des desiderata, voire des injonctions, de ses actionnaires. Avec à la clé une expansion remarquable et un chiffre d'affaires dont on murmure, à défaut de le lire dans des comptes rendus imposés, qu'il flirte avec le 1,5 milliard d'euros par an. Chez Chanel aussi, on sait s'entourer d'une aura mystérieuse, et pas que pour donner envie d'acheter. Certes, l'omnipotent Karl Lagerfeld, nommé directeur artistique de la griffe dès 1983, répond souvent positivement aux invitations des télés, des magazines et des organisateurs d'événements trendy. Mais la maison fondée par Mademoiselle, depuis trois décennies aux mains d'Alain et Gérard Wertheimer, n'est pas non plus cotée en Bourse. Et vous ne verrez jamais les deux frères alimenter les magazines people. Idem chez Puig, autre société familiale puissante comptant dans son portfolio des labels aussi prestigieux que Jean Paul Gaultier, Carolina Herrera, Nina Ricci ou Paco Rabanne. " Pourtant, en dehors de l'Espagne, personne n'a entendu parler de nous, a confié, amusé, Marc Puig à Isabelle Willot. Jusqu'à maintenant, nous avions tendance à communiquer sur nos marques plutôt que sur nous. " Celui qui occupe le poste de CEO de l'entreprise catalane aujourd'hui centenaire ajoute cependant que cet anniversaire sera aussi l'occasion de se faire connaître davantage, car " pour continuer à croître et à nous développer, nous devons nous montrer attrayants, faire en sorte que les personnes qui travaillent pour nous soient fières ". Pour vivre heureux, vivons cachés, donc... mais pas trop quand même. Delphine Kindermans - Rédactrice en chefA l'abri des tabloïds voyeurs, certains optent volontiers pour la retenue.