Au milieu des collines douces et des prairies bien peignées de Villers-la-Ville, le bois de l'Hermitage, une forêt magnifique, est peuplée d'arbres centenaires. Ici et là, des habitations, encore rares, apparaissent. Les parents de Serge Fraas, jeune architecte bruxellois, découvrent, par hasard, une parcelle de 64 mètres, dans un terrain accusant une légère pente de 20 %. Dans la partie haute, des pins déploient leur fière allure verticale. Plus bas, ils cèdent la place à d'exubérants chênes d'Amérique. La maison est bâtie à la frontière des deux, pour affirmer la limite entre les conifères et les feuillus. " Mes parents souhaitaient une maison moderne, simplifiée, fonctionnelle, la plus ouverte possible vers la nature, explique Serge Fraas. Pour le reste, nous avons eu carte blanche. François Stekke est mon associé depuis deux ans et c'est notre première réalisation à quatre mains. " Face à la beauté de la nature, les architectes décident de se " couler " dans le site. Certes, il a fallu sacrifier des arbres. Pour compenser la perte, les propriétaires ont fait pousser une " forêt " de fougères. Elles occultent complètement la façade et de la rue, en passant en voiture, on aperçoit uniquement le toit de l'habitation. Des a...

Au milieu des collines douces et des prairies bien peignées de Villers-la-Ville, le bois de l'Hermitage, une forêt magnifique, est peuplée d'arbres centenaires. Ici et là, des habitations, encore rares, apparaissent. Les parents de Serge Fraas, jeune architecte bruxellois, découvrent, par hasard, une parcelle de 64 mètres, dans un terrain accusant une légère pente de 20 %. Dans la partie haute, des pins déploient leur fière allure verticale. Plus bas, ils cèdent la place à d'exubérants chênes d'Amérique. La maison est bâtie à la frontière des deux, pour affirmer la limite entre les conifères et les feuillus. " Mes parents souhaitaient une maison moderne, simplifiée, fonctionnelle, la plus ouverte possible vers la nature, explique Serge Fraas. Pour le reste, nous avons eu carte blanche. François Stekke est mon associé depuis deux ans et c'est notre première réalisation à quatre mains. " Face à la beauté de la nature, les architectes décident de se " couler " dans le site. Certes, il a fallu sacrifier des arbres. Pour compenser la perte, les propriétaires ont fait pousser une " forêt " de fougères. Elles occultent complètement la façade et de la rue, en passant en voiture, on aperçoit uniquement le toit de l'habitation. Des arcs en treillis, plantés dans le sol, ont été recouverts de lierre. Une solution pour vivre dans un environnement vert, même en hiver. L'idée d'une façade recouverte de bois s'est imposée rapidement. Les architectes ont opté pour le cèdre rouge brut, n'ayant subi aucun traitement. Petit à petit, il va se " griser " et ressemblera aux troncs d'arbres. En façade, une porte d'entrée et trois fenêtres bandeaux sont les seules ouvertures. C'est donc un volumineux monolithe très sobre qui s'offre au regard du visiteur. L'ambiance change en franchissant la porte d'entrée. Un couloir tout droit, blanc et monacal, laisse apparaître, au fond, la façade arrière, entièrement vitrée s'ouvrant sur le fabuleux spectacle de la nature. Pour atteindre la cuisine, située à l'extrémité sud, on longe cette façade avec l'impression de se promener dans le bois. Ce sentiment est encore plus saisissant en été, quand les baies vitrées, composées de modules coulissants, s'ouvrent sur les arbres. A ce niveau, les propriétaires ont renoncé aux portes, pour rendre l'espace le plus " communiquant " possible. Celui-ci est donc conçu comme un loft. Des cloisons partielles fragmentent le lieu, apportent des plages d'intimité, mais les circulations sont faciles et fluides. La cuisine très vaste, a été imaginée comme une pièce d'apparat. Moderne, sobre et minimaliste, elle est aménagée avec un mobilier très actuel, dessiné par les architectes et réalisé par Bulthaup. L'Inox et le bois laqué gris se marient admirablement avec deux consoles en hêtre qui jouent le rôle de bar. Une grande terrasse couverte prolonge la cuisine à l'extérieur. Le sol est tapissé avec des lattes en bankiraï, le mobilier est en teck. La mère de Serge Fraas adore cuisiner et recevoir. Cette superbe terrasse, à l'abri de la pluie et du vent, est une véritable aubaine, à la fois salle à manger et salon en plein bois. A l'intérieur, le sol est recouvert avec des dalles de béton (1 m 30 x 1 m 30) lissé, protégé ensuite par une couche de quartz et une couche de plastifiant, pour éviter les microfissures. La maison est chauffée de façon très classique, au mazout. Les radiateurs ont été " déshabillés " de leur carcasse et peints de la même couleur que les châssis. Minimalistes et discrets, ils se font quasi invisibles entre le béton et la structure. " Notre design est sobre et épuré, commente l'architecte. Certes, il demande plus de travail, car il faut être extrêmement précis. " Des exemples ? Au niveau inférieur, certaines portes sont coulissantes pour ne pas encombrer l'espace. Les portes de la douche, dans la chambre d'amis, n'ont pas de poignées, mais de simples découpes. Leur aspect gagne ainsi en netteté. Les châssis des baies vitrées viennent à fleur de sol. On ne voit de profilés nulle part. Les surfaces sont lisses et polies. Par un escalier en bois d'iroko, sobre et simple, on descend vers le rez-de- jardin. Cette partie plus privée réunit un salon familial où on bouquine en paix, rêvasse ou regarde la télé. Indépendante et discrète, la chambre d'amis est située à l'extrémité sud, en dessous de la cuisine et se prolonge par une jolie salle de douche, tapissée de zelliges marocains turquoise. Les visiteurs bénéficient d'une belle tranquillité. A l'opposé, la chambre des maîtres des lieux, avec sa salle de bains adjacente, a été conçue comme un grand plateau, très ouvert. Le lit s'appuie sur une cloison, aménagée derrière comme un dressing-room. La cloison est " interrompue ", elle n'atteint pas le plafond, pour mettre en évidence la continuité de l'espace entre la chambre et la salle de bains. La baignoire s'habille d'une mosaïque raffinée de zelliges de couleur prune violet. On se prélasse dans le bain, tout en profitant de la magnifique vue sur la forêt. Pour préserver le côté un peu sauvage et authentique de l'environnement immédiat, les propriétaires ont renoncé à un jardin le long de la façade arrière. Une vaste pelouse sert de transition avant de pénétrer dans la forêt. D'ici, le point de vue sur la maison est superbe. Les reflets des arbres animent admirablement toute la façade. Celle-ci devient en quelque sorte le " miroir de l'environnement ". A travers les vitres, on apprécie également l'ambiance chromatique de l'intérieur, raffinée et cohérente. Le blanc est omniprésent, ponctué, ici et là, par des panneaux peints de couleur kaki soutenu, qui tranchent agréablement l'ensemble. Un petit jardin " zen " a été aménagé sur la façade... latérale. On y accède via la cuisine et la terrasse. Le point fort ? Le pas japonais, un escalier réalisé avec des marches de granit chinois. Très espacées, elles descendent en courbes souples et ondoyantes, puis se perdent dans la pelouse. Cette maison, à la fois très simple et sophistiquée, offre à ses habitants un art de vivre unique : le sentiment d'être en symbiose parfaite avec la nature, tout en bénéficiant d'un confort moderne high-tech, le plus pointu. Barbara Witkowska Photos: Laurent Brandajs