Les romans à l'eau de rose seraient-ils la nouvelle référence des créateurs ? Quand le pape de la night Roberto Cavalli oublie les strass pour des mousselines diaphanes, le ton est donné... Exit les guerrières caparaçonnées dans des maxivolumes, la mode du printemps-été 2008 se veut légère et insouciante. Comme une échappatoire aux tensions environnantes, on puise dans l'imagerie festive des années 1970, le romantisme prépubère à la David Hamilton ou les contes de fées qui tutoient un style saturé très cirque Bouglione. Mais la déferlante de couleurs macaron n'excite pas toujours l'appétit et on frôle l'indigestion devant les roses Barbara Cartland de Viktor & Rolf, dont la créativité est quelque peu en berne, et chez Vuitton, où Marc Jacobs semblait s'autoparodier avec une mode carnavalesque bâclée et une telle démonstration de sacs à main que chacun des passages faisait oublier le précédent.
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Les romans à l'eau de rose seraient-ils la nouvelle référence des créateurs ? Quand le pape de la night Roberto Cavalli oublie les strass pour des mousselines diaphanes, le ton est donné... Exit les guerrières caparaçonnées dans des maxivolumes, la mode du printemps-été 2008 se veut légère et insouciante. Comme une échappatoire aux tensions environnantes, on puise dans l'imagerie festive des années 1970, le romantisme prépubère à la David Hamilton ou les contes de fées qui tutoient un style saturé très cirque Bouglione. Mais la déferlante de couleurs macaron n'excite pas toujours l'appétit et on frôle l'indigestion devant les roses Barbara Cartland de Viktor & Rolf, dont la créativité est quelque peu en berne, et chez Vuitton, où Marc Jacobs semblait s'autoparodier avec une mode carnavalesque bâclée et une telle démonstration de sacs à main que chacun des passages faisait oublier le précédent. Les plus convaincants étant ceux qui contournent la nostalgie pour donner à cette envie de légèreté des accents contemporains, comme Martine Sitbon (Rue du Mail), qui reprend avec aisance son territoire de mode, celui d'un sport couture graphique n'ayant pour seules références que les siennes, ou Nicolas Ghesquière (Balenciaga), qui muscle les imprimés floraux par le radicalisme des volumes. Dries Van Noten réussit le tour de force d'accumuler les imprimés en évitant le folklore, Sonia Rykiel combine avec éclat humour et sensualité en épurant la ligne, quand le glamour arc-en-ciel de Donatella Versace arrive à faire oublier la maigreur dérangeante de certains mannequins. Si on reste dubitatif devant ses collages d'étoiles, Stefano Pilati frise la perfection chez Yves Saint Laurent avec un blazer marine oversized et un pantalon blanc. Un exercice de réinterprétation des classiques remporté par Alber Elbaz, qui a raflé tous les applaudissements chez Lanvin. De Dries Van Noten à Stella McCartney, en passant par Roberto Cavalli, la tendance flower power a déferlé sur les podiums. Bouquets de violettes (Nina Ricci), pétales d'organza (Paule Ka), roses en volume (Vuitton) ou jardin exotique (Kenzo, Marni), c'est au choix ! Sans oublier les Dolce & Gabbana, qui montraient le making of des robes peintes à la main de motifs floraux sur des écrans géants. Et quand Nicolas Ghesquière en fait le leitmotiv de sa collection avec des dessins puisés en partie dans les archives de la maison Balenciaga, la messe est dite. Longue et légère, elle s'annonce comme un must de l'été prochain. Repérée à Milan (tuniques à l'élégance antique chez Alberta Ferretti, robes en lin chez Bottega Veneta), la tendance se poursuit à Paris. A l'acmé du sujet, Sonia Rykiel livre un époustouflant final avec des vestales nimbées de mousselines. L'influence seventies pointe aussi (Isabel Marant, Stella McCartney). A rebours de cette ode au flou romantique, la robe-bustier fait un come-back, micro chez Balmain, ou façon origami chez Dice Kayek. Déjà un must cet hiver, la pochette sort en version agrandie (Castelbajac, Fendi, Versace, Just Cavalli), en toile sérigraphiée de blagues new-yorkaises (par l'artiste Richard Prince chez Vuitton), ou pliée façon cocotte en papier chic (en croco chez Chloé). Autre option pour le bagage urbain : la besace, arrondie chez Versace, joliment affaissée (sac Goa de Tod's, en croco souple sur le Lounge Belle Vivier de Roger Vivier). Point commun dans la plupart des cas : des teintes souvent pop, tendance sirops de fruits (Celine ou Hogan). Cette bichromie poétique offre un appréciable répit dans la déferlante du tout-couleur attendu la saison prochaine. Le choc noir bitume contre blanc fumé parcourt la collection Givenchy, où Riccardo Tisci livre des amazones ténébreuses. Stefano Pilati, chez Yves Saint Laurent, célèbre le retour des classiques dans l'épure du contraste (noir et blanc, voire marine et blanc) sur d'impeccables blazers et pantalons. L'ombre et la lumière se frôlent encore entre jupe crayon et blouse (Lanvin), bloomer bouffant et tunique (Chanel) et même une robe bicolore comme coupée en deux (Viktor & Rolf). D'un côté, les transparences hamiltoniennes de mousselines et de tulles pastel pour jeunes filles en fleurs, de l'autre, un esprit sport chic, avec des parkas, des robes et même des pantalons dans des tissus poids plume irisés, ou les blouses d'infirmière SM de Vuitton, qui dévoilaient des robes-bustiers fifties. De Rue du Mail à MaxMara, en passant par Chloé, Celine ou Dolce & Gabbana, nombreux sont les créateurs à avoir succombé à cet appel d'air. Une tendance adaptable au quotidien en jouant les superpositions, qui densifient les effets de couleurs et de matières, comme chez Jil Sander. Besoin de vitamines pour chasser les idées noires ? Pas de problème, les créateurs vont vous abreuver d'orange et de citron du matin au soir. Des pastels tendres aux couleurs fluo, toutes les déclinaisons sont passées en revue. Difficile à envisager en total look en dehors des podiums, le jaune tempère son éclat avec du noir ou du blanc, comme chez Gucci ou Kris Van Assche. Notre modèle préféré ? La salopette en maille trompe l'£il jaune poussin de Sonia Rykiel, cool et décalée à souhait (voir photo en page 700). Il était une fois des fées voilées d'organza couleur de brume et des beautés vénéneuses aux lèvres sombres... Des rousses préraphaélites nimbées de tulle (Nina Ricci) aux poupées grimées devant un mur d'étoiles (Louis Vuitton), rarement les créateurs n'auront autant revisité l'imaginaire des contes. Miuccia Prada en tête, avec une interprétation grinçante d'Alice au pays des merveilles. Elle poursuivait l'histoire chez Miu Miu, où la pulpeuse Lara Stone ouvrait le défilé en Petit Chaperon rouge sexy. Et quand Alexander McQueen fantasme des femmes-oiseaux auréolées de plumes, on ne veut plus refermer son livre... Chez Balmain, l'inspiration Native American, et ses influences cherokee, fait se côtoyer franges et plumes dans une ode à la liberté des grands espaces. Les franges regorgent en version robe, poncho pailleté ou pantalon de daim noir. Giorgio Armani traite la frange sur un mode moins wild, mais plutôt oriental, avec des robes red carpet à l'esprit gipsy et de grands foulards frangés argentés. Les plus timorées, enfin, préféreront la frange... de sac, comme chez Barbara Bui et ses besaces zébrées-frangées.Il peut être retroussé ou ultralong... pourvu qu'il soit extralarge ! Chez Yves Saint Laurent, il se joue du jeu masculin-féminin et se porte un peu court, taille haute, avec une chemise ou sous une veste croisée. Ailleurs, il lorgne vers le carrément pattes d'ef (à motifs cachemire chez Balmain ou imprimé de bulles de BD sauce indienne chez Manish Arora). Pour un chic très Formentera, il se conçoit immaculé(Barbara Bui) ou camel (A. F. Vandevorst).Quand la mode puise ses références dans les seventies, c'est un style safari à la Veruschka (mannequin culte de l'époque) qui refait surface. Shorts et sahariennes en soie kaki chez Versace, imprimés animaliers chez Barbara Bui, treillis et vestes de camouflage chez Isabel Marant... L'expédition est lancée. Scotché au dernier opus de Pirates des Caraïbes pour sa marque, Jean Paul Gaultier convoque l'imagerie de l'Inde coloniale chez Hermès. Chemises et jodhpurs sable ou voiles de maharani aux couleurs d'épices réveillent les envies d'ailleurs.Ce ne sont plus des chaussures, mais des sculptures qu'on a vues aux pieds des mannequins. Incrustés d'un double C doré chez Chanel, capturés dans une sorte de cage métallique chez Fendi, en forme d'ailes bizarroïdes chez Nina Ricci, graphiques et multicolores chez Sergio Rossi ou Chloé, métalliques et strassés chez Dior, socles arty chez Paule Ka, les talons se prêtent aux métamorphoses les plus surprenantes. La palme de la fantaisie revenant à Miuccia Prada, qui proposait autant de modèles que de passages dans son défilé (soit une quarantaine) dans une combinaison infinie de couleurs. Les adeptes du plat pourront se consoler grâce à la Gigi de Roger Vivier, avec foulard ou cuir verni drapé dans la boucle maison. Bientôt culte...Une fois encore, c'est à Nicolas Ghesquière (Balenciaga) que revient cette nouvelle addiction fashion, avec ses chèches frangés de l'hiver, qu'on n'a pas arrêté de voir en version originale ou en copie dans les rangs des défilés. Christian Lacroix le drape sur la tête à l'africaine, Jean Paul Gaultier revisite le turban à l'indienne chez Hermès, Giorgio Armani en fait des jupes... Et Isabel Marant va jusqu'à décliner le motif à carreaux du keffieh sur la quasi-totalité de sa collection.On ne peut pas dire qu'il chôme, Kris Van Assche, ces derniers temps. Directeur artistique de Dior Homme, le voici qui présente une première collection femme à son nom. On retrouve les influences latines de sa mode masculine, aux antipodes des fleurettes mièvres de la saison. " J'ai commencé par les pièces homme que j'aimais, en changeant les volumes ", explique le créateur. Robe-marcel au dos vrillé, costume ample ou détails de broderies mexicaines sont autant d'interprétations d'une Frida Kahlo " au style épuré et urbain ". Abonnée au calendrier de la haute couture depuis plusieurs années, Anne Valérie Hash a choisi celui du prêt-à-porter, plus en phase avec sa mode. Elle en a profité pour fêter la sortie de son livre Moments in Time. l Le duo japonais ecofriendly Commuun a livré un premier défilé remarqué, cousu d'impeccables robes minimales en coton, soie et jersey biologiques, ou même en papier craquelé. Green attitude oblige, les murs végétaux (vus chez Kenzo et Paul & Joe) deviendraient-ils le nouveau gimmick des podiums ? La plus légitime pour nous faire la leçon de choses vertes reste Stella McCartney (zéro cuir et une ligne de cosmétos bio), qui offrait un somptueux tapis de verdure vertical signé Patrick Blanc. Issey Miyake vantait le carbon neutral, tandis que Marithé et François Girbaud lançaient un appel à sauver la planète et ses ressources en eau, demandant à la mode d'éviter les bains d'usure ultrapolluants servant à rendre les jeans stone wahed.Dossier réalisé par Katell Pouliquen et Anne-Laure Quilleriet; A.-L. Q.