Acet âge-là, on rêve de quoi ? D'être une rock-star. Un acteur. Un sportif de haut niveau, voire. On aimerait rencontrer " en vrai ", Alex Kapranos des Franz Ferdinand, serrer la pince de Pedro Winter, emblème de la night électro parisienne. Maxime Demuynck, lui, a le c£ur qui bat pour " les vignerons mythiques ", les yeux qui pétillent quand il parle de riesling " d'une évolution aromatique fabuleuse, magique " et s'emballe pour les vieux champagnes de terroir comme on s'amourache d'écrivains confidentiels, dénichés dans un entrefilet des Inrocks.
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Acet âge-là, on rêve de quoi ? D'être une rock-star. Un acteur. Un sportif de haut niveau, voire. On aimerait rencontrer " en vrai ", Alex Kapranos des Franz Ferdinand, serrer la pince de Pedro Winter, emblème de la night électro parisienne. Maxime Demuynck, lui, a le c£ur qui bat pour " les vignerons mythiques ", les yeux qui pétillent quand il parle de riesling " d'une évolution aromatique fabuleuse, magique " et s'emballe pour les vieux champagnes de terroir comme on s'amourache d'écrivains confidentiels, dénichés dans un entrefilet des Inrocks. " Moi, un ovni ? Faut pas exagérer. " C'est vrai. Mais quand même : en général, le sommelier de la table étoilée où vous espérez bien éblouir votre femme ou bluffer un gros client ne ressemble pas à un lycéen irlandais sapé preppy. Frais émoulu de l'école hôtelière de Namur, Maxim Demuynck commence à bosser fissa aux côtés du chef Sang-Hoon Degeimbre. Qui lui fait très rapidement confiance, après deux stages à peine. Il a 17 ansà " Les débuts ont parfois été un peu difficiles, nous raconte-t-il, le col déboutonné, entre deux services. Ben oui, j'étais jeunot de chez jeunot. Acquérir la confiance des gens n'est jamais évident. Ça a été un travail de longue haleine, mais maintenant, j'ai carte blanche, les clients ne regardent même plus la carte. " Plus fort encore : il dévergonde les vieux fidèles du dieu bordeaux, en leur faisant goûter à l'aveugle de succulents jus tinto, red ou rosso selon l'humeur. " Je m'amuse aussi à faire découvrir des merveilles produites dans de petites appellations de réputation médiocre. Le vin doit rester ludique. " De quoi enthousiasmer un Eric Boschman, Rémy Brica de l'£nophilie belge, qui dédramatise le jus de la treille depuis vingt ans déjà : " Maxim a un potentiel énorme. C'est un mec qui goûte bien, pas con, qui a compris l'aspect cérébral du vin et qui a un côté décalé qui lui permet de ne pas se prendre la tête. "Pour comprendre pourquoi Maxim dit aujourd'hui des choses du genre : " On ne s'ennuie pas avec le riesling ", " le vin, c'est le voyage, l'évasion " ou " j'ai planté de la vigne dans mon jardin, c'est très joli ", il faut revenir huit ans en arrière, un jeudi, 20 h 50, allumer le téléviseur, zapper sur France 2 et tomber sur un Envoyé Spécial consacré au grand sommelier français Eric Bommard. " Il a eu une révélation. Comme s'il avait vu Jésus. Jusque-là il n'avait pourtant marqué aucun intérêt pour ce que je faisais ", dit Michel son père, lui-même sommelier reconnu (L'Essentiel, à Temploux). Ce qui aide évidemment : entre l'ado tout à coup " mordu, à fond dedans ", et " Papa ", comme il l'appelle en interview, l'accord est parfait. Maxim suit son paternel dans les grandes maisons champenoises, " Krugg, Bollinger, le top ", obtient une autorisation de l'école pour assister, le lundi, avec lui, aux dégustations professionnelles. Résultat, à 15 ans, il en connaît plus que le prof, qui s'avoue " mal à l'aise, Monsieur Demuynck, vous comprenez, il me met en porte-à-faux par rapport au reste de la classe ". Résultat, à 18 ans, il bat son père lors d'un concours de vins portugais, où il termine 1er devant une assemblée scotchée. Résultat : à 23 ans, le GaultMillau lui décerne la palme de meilleur sommelier de Belgique. " Il a une vraie possibilité d'avenir, assure Eric Boschman. Il va gagner en épaisseur. S'il prend le temps de voyager. Dans ce métier, on ne peut pas progresser assis dans un fauteuil. " Maxim en rêve, d'aller salir d'avantage ses bottes dans les vignes. Mais il adore aussi les souiller dans son petit jardin secret. " Au départ, j'étais obnubilé par le vin. Là, je viens de me marier, j'ai acheté une maison et j'adore cultiver mes plantes aromatiques. Il n'y a pas que le vin dans la vie. " C'est vrai, il y a aussi les amis (son meilleur pote est restaurateur), l'amour (sa femme travaille en salle à L'Air du temps) et les voyages (" Uniquement dans un endroit où on produit du vin et où on mange bien ", sourit cette dernière). A part ça, il aime promener son chien. Et préférerait servir en salle, " en jeans, à pieds nus dans mes docksides ". 23 ans, on vous disait. Baudouin Galler