L'histoire s'est terminée, il y a quelques jours à peine, par une demande en mariage formulée devant 4 000 personnes. Le scénario hollywoodien par excellence. Jugez plutôt. Dans le rôle principal, Kyle MacDonald, un Canadien de 26 ans vivant de petits boulots précaires. Scène 1, Montréal, intérieur jour : Kyle est amoureux et rêve d'offrir une maison à sa belle. Mais il n'a - évidemment - pas d'argent. Il cogite. Avec passion. Scène 2, même décor, gros plan sur un objet minuscule que le héros tient négligemment en main. L'heure de la révélation. Voix off (celle de Kyle) : " Et si, de troc en troc, je parvenais à échanger ce petit trombone rouge contre un logement pour ma blonde et moi ? " Rires dans la salle. Scène 3, ambiance informatique. La caméra zoome sur les pixels...

L'histoire s'est terminée, il y a quelques jours à peine, par une demande en mariage formulée devant 4 000 personnes. Le scénario hollywoodien par excellence. Jugez plutôt. Dans le rôle principal, Kyle MacDonald, un Canadien de 26 ans vivant de petits boulots précaires. Scène 1, Montréal, intérieur jour : Kyle est amoureux et rêve d'offrir une maison à sa belle. Mais il n'a - évidemment - pas d'argent. Il cogite. Avec passion. Scène 2, même décor, gros plan sur un objet minuscule que le héros tient négligemment en main. L'heure de la révélation. Voix off (celle de Kyle) : " Et si, de troc en troc, je parvenais à échanger ce petit trombone rouge contre un logement pour ma blonde et moi ? " Rires dans la salle. Scène 3, ambiance informatique. La caméra zoome sur les pixels d'un blog en construction. Kyle inaugure fièrement son http://oneredpaperclip.blogspot.com, du nom de ce fameux trombone rouge qu'il s'est mis en tête d'échanger contre n'importe quel autre objet de valeur supérieure. Tel est le début d'une histoire singulière qui durera plus d'un an. Une histoire merveilleuse, insensée et 100 % moderne. Car Kyle est évidemment allé au bout de son aventure rocambolesque et a fini par décrocher la maison de ses rêves sans débourser le moindre dollar canadien. Le 14 juillet 2005, soit deux jours à peine après son tout premier appel au troc, le jeune homme échangeait en effet son petit trombone rouge contre un stylo en forme de poisson. Qu'il échangeait ensuite, quelques heures plus tard, contre une poignée de porte en forme de visage. Vinrent ensuite un réchaud de camping, un groupe électrogène et un " party kit " comprenant un fût de bière et une enseigne lumineuse Budweiser. Le buzz était lancé. La machine Internet s'emballait. Séduit par la démarche, un célèbre humoriste québécois lui proposa alors une motoneige que Kyle troqua ensuite contre une semaine de sports d'hiver, avant d'échanger d'autres " objets " saugrenus comme, par exemple, ce " bon pour une après-midi avec le chanteur Alice Cooper ", jusqu'à l'avant-dernière proposition tout aussi étonnante : un rôle dans un film produit par un studio hollywoodien. En soi, le pari absurde du petit trombone rouge était déjà réussi, mais le jeune héros n'avait toujours pas concrétisé son rêve : offrir un vrai logement à son amoureuse. Le v£u fut finalement exaucé lorsque la ville canadienne de Kipling, dans la province du Saskatchewan, vint clôturer les transactions en proposant une maison à Kyle en échange de ce rôle cinématographique pour l'un de ses habitants. Troc ultime qui se déroula officiellement au début du mois de septembre au cours d'une gigantesque fête de quartier rehaussée par la présence de 4 000 invités venus du monde entier ( www.townofkipling.ca) ! Le moment idéal pour formuler une demande en mariage... Inédite, cette histoire humoristico-romanesque n'est pas sans rappeler une autre aventure extraordinaire, celle du Britannique Alex Tew qui réussit le tour de force de devenir rapidement millionnaire avec les pixels d'une seule page Internet ( lire Weekend Le Vif/L'Express du 13 janvier 2006). Autrement dit avec rien, du vent, du virtuel ( www.milliondollarhomepage.com). Porté par la même audace et le même bouche-à-oreille informatique, Kyle MacDonald se distingue toutefois par la beauté de son geste, fondamentalement gratuit. Car contrairement à Alex Tew qui a bâti sa fortune sur un acte strictement commercial, le jeune Canadien a reçu sa maison, quant à lui, sur la base d'un acte altruiste. Il n'a jamais rien vendu et s'est contenté simplement de troquer encore et encore, instaurant, à chaque nouvel échange, un rapport de confiance et, parfois même, d'amitié. Comme si le rêve américain pouvait aujourd'hui se construire naturellement sur le troc. Sans argent, ni tapage agressif. Sans marketing, mais avec le culot et la bénédiction de la blogosphère. Baiser de fin. Coupez ! Frédéric Brébant