Si l'on s'en tient à sa définition qui, grosso modo, renvoie à l'idée de " non essentiel ", on peut dire qu'il fait mentir la sémantique. Car, oui, l'accessoire est indispensable, et à de nombreux titres. Pour faire vivre la mode, en premier chef : davantage que les vêtements, on sait que ce sont les souliers et les sacs - en tête de liste, les fameux it bags -, qui génèrent de plantureux bénéfices dans le secteur du luxe. Quand ce n'est pas ce que l'on appelle trop humblement la " petite maroquinerie ".
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Si l'on s'en tient à sa définition qui, grosso modo, renvoie à l'idée de " non essentiel ", on peut dire qu'il fait mentir la sémantique. Car, oui, l'accessoire est indispensable, et à de nombreux titres. Pour faire vivre la mode, en premier chef : davantage que les vêtements, on sait que ce sont les souliers et les sacs - en tête de liste, les fameux it bags -, qui génèrent de plantureux bénéfices dans le secteur du luxe. Quand ce n'est pas ce que l'on appelle trop humblement la " petite maroquinerie ". Mais ce n'est pas là leur seule prérogative. A l'ère de la communication digitale, des sandales ou une pochette présentent également l'immense avantage d'être photo- géniques. Et adaptées au format carré d'Instagram. Résultat : au moment d'écrire ces lignes, 3 825 942 occurrences sur l'appli pour les premières, 5 647 431 pour la seconde. De quoi créer le buzz autour d'une marque, même si l'objet de toutes les attentions est singulièrement... laid. C'est en effet presque une tradition, désormais : chaque saison voit sanctifier sa chaussure ou sa sacoche kitsch, excentrique ou franchement importable. Récemment, Hood by Air avait lancé des " doubles santiags ", soit une version sans talon de la célèbre botte, dont on aurait enchâssé tête-bêche deux empeignes. Et on se rappelle des clapettes de piscine, avec option fourrure ou chaussette, devenues must-haves sous la patte de grandes maisons, parmi lesquelles Saint Laurent. Ou des pantoufles d'hôtel brodées d'or de Dolce & Gabbana. Ou encore du cabas bleu imaginé par Demna Gvasalia pour Balenciaga sur le modèle de celui d'Ikea - 60 cents chez le géant suédois, 1 695 euros auprès de la griffe parisienne. Champion du genre, le Géorgien formé à l'Académie d'Anvers réitère l'exploit ce printemps, avec un spécimen déjà sold out : mise en vente il y a quelques semaines, son hybridation de la Crocs, ce sabot en plastique d'un goût douteux, et de la Buffalo, basket star des nineties, était en rupture de stock en 48 heures, malgré un prix prohibitif. " C'est moche et c'est pour ça qu'on aime ", clamait sans complexe celui qui s'inscrit dans une démarche identique pour sa propre ligne, Vetements. C'est que ces audaces conceptuelles mettent en lumière une fonction supplémentaire de l'accessoire : celle de l'affirmation de soi. A la fois pour les créateurs, qui trouvent là un terrain de jeu où s'émanciper des codes de la fashion, mais aussi pour leur clientèle. Une enquête menée par le site d'achat Sarenza révèle ainsi que 59 % des sondés pensent que le choix de leurs baskets, ballerines ou escarpins " reflète leur personnalité et leur rapport à la vie ". Un joli pied de nez aux conventions (ou pas).