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En pratique page 46.L a découverte des monts Huangshan démarre à 2 h 30 de bus de Shanghai. A Hangzhou plus précisément, une petite ville moderne ne comptant que 1 500 000 habitants, presque un village au standard des agglomérations côtières du sud de la Chine. Hangzhou, dans le delta du Yangzi et lovée sur les bords du lac de l'Ouest, est une ancienne capitale impériale. Depuis toujours un des musts du tourisme chinois, elle a su préserver intacts les témoins de son riche passé et les charmes de ses merveilleux espaces verts. A ne pas manquer, le temple Lingyinsi ou " temple de la retraite des âmes " fondé en 326. Reconstruit 16 fois (la dernière remonte à 1950), on y trouve les reliques de son fondateur, le moine Huili. Sous la dynastie des Tang (618-907), il s'agissait du plus grand lieu de culte du bas Yangzi, un des dix temples de la secte zen en Chine. Aujourd'hui, au printemps, il continue d'accueillir de nombreux pèlerins... Les amateurs de thé peuvent également s'enivrer des arômes subtils de bois vert et de châtaigne de la variété Longjing produite ici. Un musée, entièrement rénové en 2004, présente de façon très complète tout l'art de vivre lié à ce breuvage. Derrière le bâtiment, un grand jardin est agrémenté de salons de thé, répliques des maisons de thé des différentes régions du pays. En quittant Hangzhou, vers l'intérieur des terres, les premières collines s'ornent de plantations de théiers taillés comme de véritables bonsaïs. Peu à peu, ils font place à des massifs de granit s'accentuant peu à peu pour atteindre le célèbre site des Huangshan aux pics étranges parsemés de pins tortueux et centenaires. Depuis les Tang, moines, ermites, peintres, poètes, géographes et simples voyageurs ont trouvé ici l'essence de l'âme chinoise et l'inspiration même de la vie. Ce lieu unique est inscrit, depuis 1990, par l'Unesco, sur la liste du patrimoine mondial naturel. Aujourd'hui, les monts Huangshan sont toujours hantés par peintres et lettrés, amants heureux et malheureux et tous ceux qui aiment la poésie et les mystères. Mais ils ne sont plus vraiment cette merveille inaccessible que l'on atteignait jadis au terme d'un pénible voyage. Ils sont dorénavant reliés à Hangzhou (en trois heures à peine contre plus de six dans le passé) par une toute nouvelle autoroute à quatre bandes. Un téléphérique abrège même les premiers paliers de son ascension sans trop entamer son charme. Beaucoup de visiteurs choisissent pourtant le plus lent chemin qui est fait, depuis le village de Tangkou, de milliers de marches taillées dans la roche, et qui seul permet une vraie communion avec ces montagnes célestes. Les Chinois ont donné à ces nombreux sommets des noms évocateurs. Ainsi de marche en marche, montant, redescendant puis remontant, on peut méditer devant le pic du " lion ", de " la fleur de lotus " (culminant à 1864 m) ou devant " celui où l'on commence à croire " qui surgissent souvent d'une mer de nuages. Car les plus chanceux peuvent admirer les monts émergeant des brumes et noyés de vapeur au lever du soleil. Sous ses rayons, le paysage perd lentement une part de ses mystères mais l'infinie palette de vert et de gris réussit à déployer d'autres harmonies de couleurs. Ici, on peut prier, peindre ou échanger des serments d'amour éternels. En attestent ainsi des milliers de cadenas symboliques, neufs ou rouillés par les intempéries, alourdissant des chaînes placées ici et là. S'il est possible de visiter le site en un jour, il est cependant plus plaisant d'y consacrer deux ou trois jours. Plusieurs hôtels, dont trois assez luxueux, ont été construits près des sommets grâce à de courageux coolies dont les palanches pesaient parfois jusqu'à 85 kilos. Les coolies s'emploient aujourd'hui à ravitailler quotidiennement hôtels et petites échoppes en linge, victuailles et combustibles. Lorsqu'on quitte le parc protégé des Huangshan, les reliefs qui l'entourent perdent vite leur aspect sauvage. Dans le Wannan, comme en bien d'autres régions de Chine, ce sont les hommes qui ont sculpté les paysages, alignant à flanc de collines, quelques rizières mais surtout des théiers. Le thé, en effet, assure la prospérité des marchands depuis l'époque Ming. L'excellente variété locale de thé vert mais aussi les encres et pierres de lettrés ainsi que le bois ouvragé sont autant de produits de luxe de l'artisanat local qui ont généré autrefois d'immenses fortunes. Dans l'ancienne hiérarchie confucéenne, les marchands ne jouissaient malheureusement que de peu de respect. L'argent amassé servait alors à l'éducation de leurs fils lesquels, en réussissant les examens impériaux, accédaient à la bureaucratie. Par le labeur des pères et les études des fils, des clans entiers de la région ont ainsi en quelque sorte " acheté " une noblesse, la faveur impériale leur permettant d'ériger un " paifeng ", une arche en pierre commémorative, en l'honneur des lauréats et de leurs ancêtres. Plusieurs de celles-ci sont encore visibles dans les très beaux villages qui entourent Huangshan. A Tangyue, par exemple, le clan des Bao en a dressées sept au fil des siècles depuis l'époque Yuan (1206-1368). Véritables trésors du patrimoine, les contés de Shexian et Yixian regorgent également d'étonnants temples dédiés aux ancêtres des grandes familles de marchands ou de riches demeures miraculeusement préservées ou restaurées des outrages du temps. L'architecture typique de la région du bas-Yangzi semble ici trouver son plus bel accomplissement. Les maisons de brique enduite de chaux blanche, avec leurs toits en petites tuiles grises, sont agrémentées, sur le fronton, de fresques monochromes représentant fleurs, oiseaux ou plus simplement de paysages. A l'origine destinée à décorer des maisons bourgeoises, ces peintures toujours réalisées par les artistes locaux se retrouvent également sur des maisons plus modestes. A recommander, la visite de Qiankou, un ensemble de demeures déménagées pièce par pièce dans un site charmant. Le hameau de Chengkan, lui, possède le plus beau temple des ancêtres. Et, plus loin, à Hanping, les villageois ont reconstitué le décor de " Judou ", un film réalisé par Zhang Yimou contant l'histoire d'une famille de teinturiers de cette province de l'Anhui. Sophie Dauwe et Jean-Jacques Serol