Il faut le voir, Paul Smith, ôter votre manteau, palper l'emmanchure, et - moue satisfaite - lâcher un " good ", velouté, taillé dans le plus pur des accents british. Une attitude qui en dit déjà beaucoup sur le personnage. Avant même qu'il n'ait pipé mot : Paul Smith est d'une politesse exquise (qui vous débarrasse encore de votre veste hors des restaurants étoilés ?) et sait reconnaître d'un geste, d'un regard, un vêtement consciencieusement piqué (le fruit de 35 ans de métier). C'était en janvier dernier, la veille de son défilé de prêt-à-porter masculin pour l'automne-hiver 09-10. Dans un petit salon de ses bureaux parisiens, rive gauche, Paul Smith nous offre le café pour commenter le " devoir " qu'on lui a commandé : croquer six basiques de la garde-robe masculine dans le medium qui l'amuse. Il a opté pour les collages. Chacun d'eux s'inspire de sa collection printemps-été 2009.
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Il faut le voir, Paul Smith, ôter votre manteau, palper l'emmanchure, et - moue satisfaite - lâcher un " good ", velouté, taillé dans le plus pur des accents british. Une attitude qui en dit déjà beaucoup sur le personnage. Avant même qu'il n'ait pipé mot : Paul Smith est d'une politesse exquise (qui vous débarrasse encore de votre veste hors des restaurants étoilés ?) et sait reconnaître d'un geste, d'un regard, un vêtement consciencieusement piqué (le fruit de 35 ans de métier). C'était en janvier dernier, la veille de son défilé de prêt-à-porter masculin pour l'automne-hiver 09-10. Dans un petit salon de ses bureaux parisiens, rive gauche, Paul Smith nous offre le café pour commenter le " devoir " qu'on lui a commandé : croquer six basiques de la garde-robe masculine dans le medium qui l'amuse. Il a opté pour les collages. Chacun d'eux s'inspire de sa collection printemps-été 2009. "J'ai aussi conçu ma dernière collection en hommage aux sports traditionnels. C'est le sac typique pour aller à la gym. Sur la question du sac pour homme en général, je pense que son apparition dans la rue est indéniablement liée à la féminisation du vestiaire masculin. Qui a aussi à voir avec l'énorme influence de la culture gay sur la mode. Je n'ai aucun problème avec ça. Je le constate, c'est tout. Ça fait plus de trente ans que j'ai lancé ma marque, j'ai appris à comprendre et sentir ce que les gens voulaient porter. J'ajouterai en outre que tout ce que je montre sur les podiums est portable. C'est assez unique en réalité. De nombreux designers font défiler les vêtements qui ne sont jamais produits. Parce qu'ils sont trop extrêmes ou trop chers. Pourquoi font-ils cela ? Parce qu'ils veulent être sous les lumières lors des fashion weeks. Ils assimilent leur défilé à une performance artistique. Selon moi, le défilé n'est qu'une étape du processus pour un couturier. Je les fais sérieusement et j'aime ça, mais ce n'est pas le centre de tout. Il faut dire que je suis à la fois couturier et directeur de la production. Ce qui me fait certainement garder les pieds sur terre. ""Le costume est redevenu populaire aujourd'hui. Y compris auprès des jeunes, qui se le réapproprient. En partie grâce au look des groupes rock du moment - je vends des costumes aux Franz Ferdinand, aux Razorlight, aux Kaiser Chiefs. Cette pièce phare du vestiaire masculin a énormément changé. Elle n'est plus forcément associée au monde du travail, aux mariages et aux enterrements. La silhouette (ci-contre) évoque la culture rock en Angleterre dans les années 1960-1970. A l'époque, de nombreux groupes étaient en réalité composés de gosses de la haute société. Ils se sapaient comme des rebelles un peu fous. Mais, en même temps, ils gardaient une attirance pour les vêtements très british. Même les Pink Floyd, les Led Zeppelin, Mick Jagger des Rolling Stones. De qui je m'inspire plus particulièrement pour cette collection. Le point de départ est une photo de lui à un match de cricket où tout le monde est coincé dans son complet gris. Lui déboule rock'n'roll, avec une chemise ouverte sous un costume à rayures, mais coupé dans la plus pure des traditions british, à la manière de Savile Raw. Je trouve ce mariage de deux extrêmes très élégant. ""On peut très bien porter un jeans de manière très classe avec une belle chemise. Aujourd'hui, par exemple, je porte un jeans avec une simple veste. C'était inimaginable il n'y a pas si longtemps. Quand vous pensez au formalisme du début des années 1950. Tout le monde, y compris les enfants, portait tout le temps le costume, c'est fou. Après l'horreur de la Seconde Guerre mondiale, les gens ont commencé à s'habiller plus casual, plus relax. C'était révolutionnaire. Le jeans représente cette révolution. ""J'adore les chapeaux. C'est une solution simple pour être élégant. Les accessoires sont en général d'une aide précieuse pour apparaître stylé, et ceci d'autant plus aujourd'hui vu la situation économique. Si vous n'avez pas beaucoup d'argent, ce n'est pas nécessaire d'acheter une nouvelle veste, un nouveau pantalon, ou un costume. Vous pouvez très bien trouver votre bonheur avec une belle écharpe, des chaussettes de couleur, un chapeauà C'est une manière intelligente et pas chère de soigner son look. Le problème c'est que, personnellement, j'ai vraiment l'air stupide avec un chapeauà ""La chaussure de bowling était très en vogue aux Etats-Unis dans les années 1960. On les importait en Europe. Beaucoup de rocks stars aimaient les porter. C'était plutôt exclusif. A l'époque, le panel de chaussures disponibles était très limité. Maintenant, vous avez des centaines de styles différents. Il faut bien se rendre compte de cela. "Propos recueillis par Baudouin Galler