Il s'est assis à la table de Sonia Rykiel, le serveur vêtu de noir, tablier blanc, l'a appelé par son prénom, il a ses habitudes ici, il a toujours aimé le Flore. C'est l'endroit idéal, un peu mythique certes, pour parler de son travail, d'autant plus qu'il a préféré s'extraire un moment de son studio dans le IIIe arrondissement de Paris où se prépare sa deuxième collection, réfléchir tout haut à son " projet ", sa marque qu'il a relancée et présentée lors de la Fashion Week en septembre dernier. Un printemps-été 2017 à son nom, le retour, 25 silhouettes défilant dans l'intimité, avec en guise de décor un cadre de métal noir suspendu au plafond, qui permet de se concentrer sur ce qui importe, ses vêtements. Olivier Theyskens a eu quatre vies, déjà : les débuts fulgurants du jeune prodige (1997-2001), la maison de couture révérée surtout pour ses parfums qu'il faut faire renaître de ses cendres (Rochas 2002-2006), une autre vénérable qui entend changer de direction (Nina Ricci 2006-2009) et le mid-market américain (Theory 2010-2014). Le voici redevenu parisien et indépendant, avec une saison placée sous le signe de la fraîcheur et de la rigueur. Il a changé, l'existence l'a façonné, et cela lui va bien. Déjà quand il était étudiant à La Cambre mode(s), il avait préféré quitter l'école, choisissant de se frotter à la vraie vie plutôt que de s'y essayer pour du semblant. Avec une grande confiance en lui, un peu sur un coup de tête mais réfléchi tout de même. A l'époque, il avait attendu avant de présenter son travail, à Paris. Et puis, il a patienté encore la saison suivante, l'été 99, pour produire ses pièces, refréner les ardeurs des acheteurs qui désiraient du Theyskens dans leur vitrine, parce qu'il estimait ne pas avoir trouvé les bons producteurs. De même, s'il a décidé de se lancer à nouveau dans l'arène, c'est parce qu'il considère que c'est " le bon moment ". Il est permis de hausser un sourcil interrogateur, à l'heure où les maisons se cherchent pour inventer un nouveau schéma économique, passant par le see now buy now, la communication urbi et orbi et l'utilisation à plus ou moins bon escient d'influenceurs followés et likés, autres ...