Mocassin moqué, mocassin outragé mais mocassin enfin libéré ! Ça y est, il y est arrivé. À faire fi des quolibets, à nous convaincre que non, il n'est pas trop bourge, ni trop masculin, ni trop Marie-Chantal à la sortie de la messe. Ni même trop fashion statement. Mais ce n'est pas tant lui qui cultive l'art de la métamorphose - on ne peut pas dire qu'il soit tellement " réinventé " - que nous, qui le voyons soudain sous un jour favorable. Le changement avait bien été amorcé par l'actrice américaine Chloë Sevigny, qui, tout au long du début des années 2000, sortait régulièrement ses mocas plats avec force socquettes et minishorts en tweedà mais c'était franchement trop pour nous. Alors quand Alexa Chung, la brit it girl aux looks certes un peu jeunots mais...

Mocassin moqué, mocassin outragé mais mocassin enfin libéré ! Ça y est, il y est arrivé. À faire fi des quolibets, à nous convaincre que non, il n'est pas trop bourge, ni trop masculin, ni trop Marie-Chantal à la sortie de la messe. Ni même trop fashion statement. Mais ce n'est pas tant lui qui cultive l'art de la métamorphose - on ne peut pas dire qu'il soit tellement " réinventé " - que nous, qui le voyons soudain sous un jour favorable. Le changement avait bien été amorcé par l'actrice américaine Chloë Sevigny, qui, tout au long du début des années 2000, sortait régulièrement ses mocas plats avec force socquettes et minishorts en tweedà mais c'était franchement trop pour nous. Alors quand Alexa Chung, la brit it girl aux looks certes un peu jeunots mais vraiment convaincants, s'est entichée des penny loafers, là, on a commencé à sérieusement s'interroger. Vais-je craquer ? Vais-je ressortir ma paire de Sebago ou de Weston qui traîne dans le même carton que mes 501, mes pulls Benetton en V et mes sacs à dos Chapelier ? Eh bien oui ! Parce que nous avons beau adorer nos ballerines, il nous faut un peu de sang neuf. Et quoi de plus excitant alors que d'exhumer ce qui fut un pilier de notre vestiaire ? Rien d'étonnant, finalement, puisque le mocassin revient par cycles. Des minettes en kilt et shetland du temps du Drugstore aux filles bandana des années 90 en passant par les années " Madame " en blouse de soie et talons carrés. Alors, comme la mode n'a de cesse de bégayer, elle nous le ressert. La différence cette saison, c'est qu'il est partout, et sous toutes ses coutures. Car il y a des nuances. La grande famille du mocassin est composée de trois branches principales. Le canal historique est représenté par le penny loafer, soit " mocassin pièce ", lancé aux États-Unis par la marque Bass en 1942. C'est le plus culte, le père de tous les mocassins plats que nous connaissons (Sebago, Westonà), synonyme d'une netteté très wasp, incarnée aussi bien par les Kennedy que par Grace Kelly et, aujourd'hui, par les actrices Kirsten Dunst et Michelle Williams. Dans les années 50 et 60, il fallait le porter pieds nus avec des chinos beiges roulottés pour bien dégager les chevilles. Aujourd'hui ? Tout pareil ! Cette saison, il est partout chez lui : de Marc Jacobs jusqu'à Jonak et Zara en passant bien sûr par APC, coutumier du mocassin. Il est porté par les branchés, les preppy et, finalement, un peu tout le monde. Dérivé du penny loafer, mais poussé un cran plus loin, le mocassin plat età orné : à mors, frangé, à glands, à bout fleuri, voire tout à la fois. Avouons là que ça n'est pas un soulier facile ! Réservé donc à la femme dandy-chic qui saura bien comment s'en acquitter. Troisième branche, le mocassin perché. Mais pas sur n'importe quel talon. Il est carré et mesure un bon 12 centimètres. Et signe le retour d'une allure seventies, néobourgeoise sexy, très Faye Dunaway dans Network, faite de capes, de teintes brique et camel - tiens tiens, elles aussi sont omniprésentes cette saison. Et là, nul doute, il y a comme un petit phénomène : Prada, Céline et Balenciaga ont chacun dans leur collection automne 2010 au moins un modèle totalement carré rappelant parfaitement les années 70. Qu'on appelle ici et là " new loafers ". Chez Prada, il est en cuir verni crème ou bleu turquoise. Chez Céline, en veau velours et talon de bois. Enfin, chez Balenciaga, en croco, avec un spectaculaire talon-sculpture. Obscurs et magnifiques objets de désir. Récupérés illico par les petites marques, en version plus sage, façon croco chez Mellow Yellow, en cuir verni et gland chez Pare Gabiaà Qui va les porter ? Nous toutes ! Et c'est là que l'avènement du mocassin 2010 signe sa différence : il a dégainé toutes ses armes d'un coup. Il ne nous reste plus qu'à nous avouer délicieusement vaincues ! Par Elvira Masson