" Tous mes amis ont essayé de me dissuader d'acheter cet appartement, s'amuse d'emblée Violaine Damien. Il est vrai qu'un immeuble typique des années 1960 n'avait rien, a priori, pour me séduire. Cela dit, quand je l'ai acheté, il y a un an, j'avais besoin d'air et d'horizon. Pouvait-on rêver mieux, en voyant cet espace généreux, situé sur les hauteurs et baigné par des flots de lumière ? En franchissant le seuil, j'avais déjà dans l'oeil la pièce telle qu'elle est aujourd'hui. " L'endroit ne manque, il est vrai, pas d'atouts. Il est ouvert, chaleureux et convivial. On y circule avec la plus absolue liberté d'une zone à l'autre. Et puis, il y a ces immenses baies vitrées, qui offrent des panoramas exceptionnels sur Bruxelles.
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" Tous mes amis ont essayé de me dissuader d'acheter cet appartement, s'amuse d'emblée Violaine Damien. Il est vrai qu'un immeuble typique des années 1960 n'avait rien, a priori, pour me séduire. Cela dit, quand je l'ai acheté, il y a un an, j'avais besoin d'air et d'horizon. Pouvait-on rêver mieux, en voyant cet espace généreux, situé sur les hauteurs et baigné par des flots de lumière ? En franchissant le seuil, j'avais déjà dans l'oeil la pièce telle qu'elle est aujourd'hui. " L'endroit ne manque, il est vrai, pas d'atouts. Il est ouvert, chaleureux et convivial. On y circule avec la plus absolue liberté d'une zone à l'autre. Et puis, il y a ces immenses baies vitrées, qui offrent des panoramas exceptionnels sur Bruxelles.Quand on pénètre chez Violaine Damien, on s'attend à trouver, d'une manière ou d'une autre, une atmosphère éclectique, chatoyante, mêlant différents styles, si caractéristique de la boutique qu'elle dirige avec sa soeur. Graphie-Sud est bien connue de tous les Bruxellois qui viennent y chercher (même le dimanche matin !), un objet de déco sympa, un cadeau insolite, un tee-shirt original ou une paire de chaussures branchées. " On a commencé en 1968, se souvient Violaine Damien. A l'époque, la boutique s'appelait Graphie et était située dans la galerie Agora, lieu de promenade incontournable de toutes les fashion victims des années 1970. Nous avons été, en quelque sorte, les précurseurs de ces concept-stores, tellement à la mode aujourd'hui. Nous proposions des vêtements, des cadeaux, des tissus scandinaves aux motifs graphiques et colorés et des luminaires. Sans oublier les célèbres sabots mauves. On en vendait 40 paires par jour ! Au fil des ans, l'ambiance dans la galerie Agora a complètement changé et nous avons préféré, en 1990, déménager à la place Brugmann, tout en gardant le même concept ." Le même concept donc, de mélange, se décline dans l'appartement de Violaine Damien. Rien ici n'est fait pour épater la galerie, mais tout est prévu pour vivre une vie gaie, chaleureuse, accueillante et pleine de fantaisie. Une vie qui reflète admirablement la personnalité de la maîtresse des lieux. Elle mélange les couleurs suivant ses propres modèles, en s'inspirant de la palette des peintres. Le conventionnel n'est vraiment pas son genre. Elle aime les mises en scène et les associations d'objets qui racontent une histoire. La saga qui court en filigrane à travers tout l'appartement, c'est celle de la mer. " J'ai une passion pour la mer en général et pour la mer du Nord en particulier, confie Violaine. J'adore les départs et les arrivées, sources de grandes émotions. Quand j'ai vu cet appartement pour la première fois, il m'a fait penser tout de suite à la mer. Je l'ai laissé dans son état initial. En revanche, j'ai fait placer dans le salon qui a la forme d'un pentagone, un plancher en diagonale. Il évoque pour moi le pont d'un paquebot. " Chez Violaine Damien, chaque détail compte, rien n'est ni gratuit, ni anecdotique. Dans le hall d'entrée, elle s'attarde devant un tableau, portrait d'un homme qui lit son journal. " Il fait, à sa façon, le tour du monde, il se repose, commente Violaine. Ce tableau m'apporte beaucoup de sérénité. Il accueille aussi mes visiteurs. " Dans le salon, peu de " vrais " meubles. Deux canapés de Capellini, recouverts de lin et de coton et deux fauteuils en toile de jeans invitent à la contemplation de nombreux objets insolites. Chinés avec amour, ils sont parfaitement en phase avec les goûts de la maîtresse des lieux. " Ces deux grandes croix de cheminée de paquebots, je les ai trouvées sur un chantier naval de Calais. J'aime aussi me promener le long des canaux, j'aime regarder passer les péniches, m'arrêter devant les écluses. A chaque écluse, il y a des lumières rouges et vertes. J'ai voulu reproduire cette ambiance chez moi. " Ici et là, différentes collections thématiques attirent l'attention. Le coin " oriental " réunit une série de lanternes marocaines, une photo d'un café au Caire et aussi des vitraux anciens d'origine française. Trois lampes galets, objets cultes des années 1970, éclairent le coin " vert ". Il mêle des plantes, bien entendu, mais aussi des nains de jardin, ainsi que des colonnes et des pots, réalisés avec des carrelages cassés. Il y a aussi une collection de poupées japonaises et allemandes, datant du XIXe siècle, et une collection d'ex-voto. " Tout le monde croit que je voyage beaucoup, sourit Violaine. Je voyage seulement dans ma tête. Tous les objets, je les ai chinés aux puces. Je voyage aussi à travers mes bouquins. Quand je regarde un beau livre, c'est bien, c'est suffisant. D'ailleurs, il y a toujours un livre ouvert chez moi. Tous les jours, je change de livre, pour regarder la photo que j'aime bien. " Une ambiance agréablement passéiste caractérise la salle à manger. Une table italienne s'entoure de chaises de conférence des années 1945. On dîne en compagnie de trois belles aristocrates espagnoles, peintes en 1947, par un certain Asarta, portraitiste âgé, à l'époque, de 92 ans ! La chambre de Violaine se définit comme " monacale avec des touches spirituelles ". Le garde-manger ancien sert de support à une collection d'objets, provenant des églises portugaises. Chacun a son histoire, tous sont empreints d'une symbolique profonde. Le lustre, plein de poésie, a été réalisé par Alain Capoen. "C'est un poète rêveur, indique Violaine Damien. Il a noué quelques branches et les a agrémentées de plumes. C'est un luminaire mouvant, il bouge tout le temps, raconte des histoires. Quand j'achète un objet, il doit provoquer une émotion. Récemment, j'ai opéré une grande sélection dans mes collections. Avant, j'existais à travers mes objets, aujourd'hui, c'est le contraire. Les objets existent à travers moi. "Barbara Witkowska Photos : Mireille Crasson