Ce n'est pas parce qu'ils ne se quittent plus depuis quinze ans qu'ils sont d'accord sur tout. Demandez à Tommaso Aquilano et Roberto Rimondi quel créateur ils admirent, et ils ne pourront s'empêcher de débattre du sujet pendant un bon quart d'heure. Dries Van Noten, Hedi Slimane, Alexander McQueen ? Echange d'arguments et conclusion, finalement validée par le tandem : l'important est d'être un visionnaire. " Nous sommes comme une seule et même personne, avec deux identités, détaille Tommaso, lunettes à grosse monture coincées sur son nez. Aujourd'hui, il est très difficile de penser l'un sans l'autre. "
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Ce n'est pas parce qu'ils ne se quittent plus depuis quinze ans qu'ils sont d'accord sur tout. Demandez à Tommaso Aquilano et Roberto Rimondi quel créateur ils admirent, et ils ne pourront s'empêcher de débattre du sujet pendant un bon quart d'heure. Dries Van Noten, Hedi Slimane, Alexander McQueen ? Echange d'arguments et conclusion, finalement validée par le tandem : l'important est d'être un visionnaire. " Nous sommes comme une seule et même personne, avec deux identités, détaille Tommaso, lunettes à grosse monture coincées sur son nez. Aujourd'hui, il est très difficile de penser l'un sans l'autre. " Ces deux-là se rencontrent en 1998, dans le bureau de style de MaxMara. Rapidement, ils se découvrent complémentaires. Un véritable coup de foudre pour leur travail respectif, qui les motive à créer à quatre mains. " Il arrive souvent que l'un complète le croquis de l'autre, pour arriver à un mélange parfait de nos deux styles ", constatent les complices. Tommaso apporte sa touche créative, tandis que Roberto excelle dans l'approche technique et l'organisation des collections. Après une première tentative en 2005 - sous le label 62 67 -, le binôme lance sa propre griffe en 2010, sobrement baptisée Aquilano. Rimondi. " Nous avons commencé à construire notre histoire en plein contexte de crise, racontent les Italiens. Contrairement aux apparences, c'est finalement la meilleure période pour créer. Les consommateurs attendent quelque chose de nouveau, de joyeux. Même si les risques sont très présents, c'est le moment ou jamais pour expérimenter. " En marge de ce projet, les créateurs signent pendant plusieurs saisons les collections de la griffe Malo, spécialisée dans le cachemire. Puis prennent un temps la tête de la création de Gianfranco Ferré, où leur talent est immédiatement loué, que ce soit pour leur sens architectural de la coupe, leur vision couture et leur capacité à revisiter les codes de cette mythique maison italienne. " Cette expérience a été d'autant plus enrichissante pour nous que l'ambiance qui y régnait était difficile, avec un héritage lourd à porter. Il n'en faut pas plus pour annihiler la personnalité et la créativité d'un styliste. Ce dernier a besoin de vivre dans le présent, et non dans le passé. " Résultat, quand Diego Della Valle, le patron du groupe Tod's, leur propose en 2011 de prendre la tête de la direction artistique de la griffe Fay, Tommaso Aquilano et Roberto Rimondi n'hésitent pas un instant. Fondé au début des années 80, ce label leur semble à la fois particulièrement frais, optimiste et en prise avec la réalité. Que ce soit avec des collections aux accents sixties, à l'esprit preppy ou, pour ce printemps-été 2014, aux influences cartoon, le duo tente d'apporter à la marque une perspective plus contemporaine. Le défi ? Séduire non seulement la mère, en recherche de vêtements fonctionnels - l'ADN original de la marque -, mais aussi sa fille, qui souhaite par-dessus tout affirmer sa personnalité. Pour ce faire, les créateurs gardent les yeux ouverts sur le monde qui les entoure, en scrutant aussi bien le public d'un concert de Lady Gaga ou de One Direction, que les tendances émergentes au Japon ou, pourquoi pas, les costumes d'un vieux film italien des années 50. " Il s'agit d'abord d'interpréter le désir des gens, de saisir ce qu'ils souhaitent pour le futur ", concluent-ils, bien conscients que la mode ne peut se réduire à un art décoratif, mais doit se positionner comme le résultat d'un fragile équilibre entre créativité et envies du marché. PAR CATHERINE PLEECK" Nous sommes comme une seule et même personne, avec deux identités. "