L e fait est (encore) peu connu, mais mérite d'être relevé. Saviez-vous que le monastère de Santo Toribio, perdu au c£ur de la contrée de Liébana, dans un paysage d'une beauté à couper le souffle, peut s'enorgueillir de posséder une relique d'une valeur inestimable ? Elle est constituée par le Lignum Crucis, le plus grand morceau de la croix du Christ au monde. Comment est-il arrivé dans ce coin perdu du nord de l'Espagne ?
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L e fait est (encore) peu connu, mais mérite d'être relevé. Saviez-vous que le monastère de Santo Toribio, perdu au c£ur de la contrée de Liébana, dans un paysage d'une beauté à couper le souffle, peut s'enorgueillir de posséder une relique d'une valeur inestimable ? Elle est constituée par le Lignum Crucis, le plus grand morceau de la croix du Christ au monde. Comment est-il arrivé dans ce coin perdu du nord de l'Espagne ? L'histoire débute avec un groupe de chrétiens qui, au ve siècle, avait effectué un pèlerinage en Terre sainte pour sauver de la destruction arabe la croix du Christ, alors préservée au Saint-Sépulcre à Jérusalem. Il avait réussi à ramener non seulement un morceau de la croix de dimensions importantes, mais aussi le corps de saint Toribio, évêque d'Astorga et martyre chrétien. Ces reliques précieuses furent déposées à Astorga, précisément dans la province de Léon, voisine de la Cantabrie. Dès 711, les Arabes envahissent le sud de l'Espagne. Pour mettre à l'abri ce trésor sacré, les fidèles le transportent dans la région de Liébana, dans ce petit monastère de bénédictins, rebaptisé aussitôt Santo Toribio. Durant le Moyen Age, le Lignum Crucis est confiné dans la plus grande confidentialité. Seuls quelques initiés viennent en pèlerinage pour se recueillir devant les saintes reliques. Ce n'est qu'à partir du début du xvie siècle, que le monastère de Saint-Toribio sera davantage " médiatisé ". En 1512, le pape Jules II prononce la bulle qui consacre le jubilé d'une semaine en faveur de tous ceux qui arriveraient au monastère l'année où la fête de saint Toribio (le 16 avril) tombe un dimanche. En 1967, le pape Paul VI, étend à une année la durée du jubilé. Etant donné la célébration de Pâques, le jubilé 2006-2007 a commencé, exceptionnellement, une semaine plus tard. C'est donc le 23 avril passé que s'est ouverte solennellement la Porte du Pardon, permettant ainsi aux pèlerins venus des quatre coins du monde, d'obtenir l'indulgence générale et plénière pour la rémission de leurs péchés. Avec, à la clé, la grande faveur de pouvoir toucher un tout petit morceau du Lignum Crucis. Certains n'hésitent pas à y poser leurs lèvres... Le monastère de Saint-Toribio partage ainsi le privilège de l'Année sainte avec trois villes : Jérusalem, Rome et Saint-Jacques-de-Compostelle. L'église actuelle a été construite au xiiie siècle, mêlant roman et gothique, la chapelle abritant le Lignum Crucis est baroque, tandis que le monastère, impressionnant par sa taille, a été entièrement reconstruit dans les années 1950. Il est habité aujourd'hui par cinq moines franciscains qui dédient leurs journées à la prière et il ne se visite pas. L'endroit, discret et plutôt modeste, n'est pas auréolé d'un grand " apparat ". Cela dit, l'émotion ressentie à Santo Toribio est d'une grande intensité. Mais une question reste sur toutes les lèvres : le Lignum Crucis est-il authentique ? Des analyses scientifiques très poussées, réalisées à Madrid, ont confirmé que le morceau de bois appartient à une espèce de cyprès poussant uniquement en Palestine et qu'il est âgé d'environ 2 000 ans. La foi, comme toujours, fait le reste. Pour prendre un grand bol d'air, on poussera jusqu'au Parc naturel des picos de Europa (pics d'Europe), tout proche. Les massifs sont les plus escarpés d'Espagne et certains cols s'élèvent à 2 600 mètres. Quatre fleuves traversent ces masses colossales et dévalent dans des gorges de toute beauté. Sur la route, les yeux se régalent du spectacle magnifique offert par des forêts de chênes, de chênes-lièges et de hêtres. Plus tard, on choisira avec le guide un itinéraire pittoresque pour une balade à pied. Avec un peu de chance, on tombera sur un troupeau de chamois, on apercevra un vautour ou un aigle. Ou même, on surprendra un ours brun ou un coq de bruyère, espèces de la faune les plus menacées qui ont trouvé refuge dans ce parc national. Puis on fera un détour par Santillana del Mar. Un lieu imparable. Ancienne capitale des Asturies, berceau d'un grand nombre de familles nobles espagnoles (comme les Calderon de la Barca, les Salazar ou les Peredo), elle est, sans aucun doute, celle qui a su le mieux préserver sa structure et son caractère ancien. Dans " La Nausée ", Jean-Paul Sartre n'hésite d'ailleurs pas à faire dire, à l'un des ses personnages que Santillana del Mar est " le plus beau village d'Espagne ". Sans aucun doute. Ajoutons, aussi, son cachet authentique. Imaginez un bourg tout en longueur, une rue avec, au bout, la collégiale, deux places et quelques ruelles qui, depuis l'époque de Charles Quint n'ont subi aucun dommage, ni aucune velléité de " modernités " (hormis quelques souvenirs et tee-shirts, vendus toutefois dans des boutiques d'un autre âge). Dès l'arrivée, on est envahi par cet " autre temps ", suspendu, silencieux et immobile. Le carrefour où l'on s'arrête, offre à la vue un grand couvent muré et le très beau palais des Peredo-Barrera, frappé, au premier étage, d'un énorme écusson de pierre. De part et d'autre de la rue, faite de pavés ronds patinés par le temps, se déroulent dans une superbe perspective deux alignements de très vieilles maisons. Certaines façades s'habillent de dalles de granit, avec un blason surdimensionné entre les fenêtres du premier étage. Les autres sont peintes en blanc, au-dessus d'un rez-de-chaussée de pierre nue, leurs balcons débordants de plantes et de fleurs qui dégringolent en grappes entre les barreaux. Santillana del Mar était une cité religieuse et seigneuriale. Son histoire s'est tissée à coups de longs conflits entre les abbés et une noblesse avide. Elle a bâti tous ces splendides palais chargés d'armoiries, aujourd'hui habités par des êtres secrets que l'on n'aperçoit jamais. On ne se lasse pas de flâner dans cette ville hors du temps où l'on contemple d'immenses écus de pierres ornant les façades. Leurs devises orgueilleuses (" Une belle mort honore toute une vie " ou encore " Donne la vie pour l'honneur et l'honneur pour l'âme ") ont perdu de leur impact auprès des citadins d'aujourd'hui. Ils reflètent toutefois cette idée de la mort souveraine qui imprègne toujours l'âme espagnole. Enfin, voici Santander ! Dès l'entrée dans le chef-lieu de la Cantabrie, le regard est ébloui par la mer azur, la beauté de la baie sur le golfe de Gascogne, la générosité des avenues et des jardins, la clarté de ses grandes plages. Dans le passé, Santander a connu des hauts et des bas : tantôt prospère grâce à son port, tantôt oubliée et évincée par ses concurrents. Deux catastrophes ont laissé des traces indélébiles dans le c£ur de ses habitants. En novembre 1893, un bateau venant de Bilbao, chargé de dynamite, explose brutalement, causant la mort de 2 500 personnes. En février 1941, un incendie violent se déclare dans le centre-ville. " Boosté " par les vents soufflant à 130 km/heure, il pulvérise 400 maisons historiques et endommage sérieusement la cathédrale. Relevée de ses cendres, reconstruite avec panache, verte, exubérante et extravertie, la capitale de la Cantabrie présente une fière allure. En y flânant, on découvre toujours des beautés nouvelles. Le chef-d'£uvre ? La péninsule de la Magdalena qui sépare l'océan de la baie de Santander. Le roi Alphonse xiii adorait Santander, y venait au début du xxe siècle pour les bains de mer, la voile et la chasse. Flatté par cette présence régulière, le maire de Santander offrit au roi cette presqu'île pittoresque, tandis que les habitants se cotisaient pour lui construire, entre 1908 et 1912, la palais de la Magdalena. Jusqu'en 1931, année de la proclamation de la république, la famille royale y venait tous les ans. Plus tard, converti en la prestigieuse Université internationale Menéndez Pelayo, le palais peut être aujourd'hui visité. Ses salons, avec leur opulente floraison de rinceaux, de lustres, de stucs et de boiseries, conservent un charme qui séduit toujours les visiteurs. Barbara Witkowska