Sans doute Giorgio Armani n'a-t-il même pas vraiment senti le temps passer, tous ceux qui ont eu un jour la chance de le rencontrer vous le diront, la nostalgie, cela n'a jamais été son truc. Quand il parle d'hier, il n'y a pas de place pour les pauses. Ce qu'il préfère, c'est raconter comment il a été " happé " par ce travail, " jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année et finalement dizaines d'années après dizaines d'années, sans agenda caché ". Et cela fait déjà quarante ans que ça dure. Une sacrée tranche de vie, la moitié de la sienne, qui valait bien un petit coup d'oeil dans le rétroviseur. Alors tant qu'à faire, le créateur italien a décidé de voir grand. Très grand, même, en offrant à la ville de Milan bien plus qu'un simple musée. Et à ses 500 invités privilégiés un défilé hommage de 144 silhouettes tout simplement vertigineux.
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Sans doute Giorgio Armani n'a-t-il même pas vraiment senti le temps passer, tous ceux qui ont eu un jour la chance de le rencontrer vous le diront, la nostalgie, cela n'a jamais été son truc. Quand il parle d'hier, il n'y a pas de place pour les pauses. Ce qu'il préfère, c'est raconter comment il a été " happé " par ce travail, " jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année et finalement dizaines d'années après dizaines d'années, sans agenda caché ". Et cela fait déjà quarante ans que ça dure. Une sacrée tranche de vie, la moitié de la sienne, qui valait bien un petit coup d'oeil dans le rétroviseur. Alors tant qu'à faire, le créateur italien a décidé de voir grand. Très grand, même, en offrant à la ville de Milan bien plus qu'un simple musée. Et à ses 500 invités privilégiés un défilé hommage de 144 silhouettes tout simplement vertigineux. La complicité qui s'est tissée entre le créateur et Hollywood ne datant pas d'hier, les curieux agglutinés en masse aux abords de la Via Bergognone, ceinturée par un service de sécurité sur les dents, s'attendaient à voir passer en rafale une A-list de stars digne de la montée des marches à Cannes. Ils n'ont pas été déçus... En total look maison, cela va de soi, Chris Pine, qui est aussi le visage des parfums Armani Code, sera l'un des premiers à franchir le portail de verre de l'Armani/Silos, suivi de près par Pierce Brosnan, Glenn Close, Hilary Swank et Tina Turner, puis les belles Italiennes Claudia Cardinale et Sophia Loren. Isabelle Huppert fait ensuite son entrée accompagnée par Cate Blanchett - les deux femmes ont partagé à Sydney l'affiche de la pièce de Jean Genet Les Bonnes -, toujours aussi éblouissante dans son tailleur crème rehaussé d'une ceinture obi noire. La relève est bien là aussi : la ravissante Sarah Gadon, nouvelle égérie du make-up de la marque, semble en tout cas ravie d'être de la partie. Il est vrai que notre hôte du jour, aidé dans sa tâche par sa nièce Roberta, a toujours eu le flair pour repérer et soutenir les jeunes talents, ce n'est pas Leornardo DiCaprio qui dirait le contraire... Tout au bout de la rue, une clameur retentit, confirmant justement la rumeur de sa venue qui courait dans Milan depuis quelques jours. Les cheveux plaqués et le sourire figé dans une barbe à la shogun - la faute semble-t-il à son personnage de trappeur dans The Revenant, le nouveau film du réalisateur dernièrement oscarisé Alejandro Gonzalez Iñarritu -, ce qu'il reste de l'ombre de Gatsby s'engouffrera à son tour dans le bâtiment pour prendre la pose aux côtés d'Il Maestro. La visite des lieux peut enfin commencer. Installé dans un grenier de stockage de denrées alimentaires construit en 1950 et longtemps propriété du groupe Nestlé - une rénovation estimée à plus de 50 millions d'euros -, le nouvel espace d'exposition inauguré le 30 avril dernier, à quelques heures de l'ouverture de l'Expo Milano 2015 dont Giorgio Armani est d'ailleurs l'ambassadeur spécial en charge de la mode, s'étend sur plus de 4 500 m2. Une rénovation soignée, imaginée et supervisée jusque dans les coins par le maître des lieux en personne : la veille de l'événement, à plus de minuit, boudant le dîner de gala qu'il offrait à ses guests super VIP, on pouvait le voir encore arpenter les allées de " son " musée, reboutonner ici une veste sur l'un des mannequins, lisser là-bas le velours d'une robe du soir... Un lieu tout à l'image de sa mode : sobre, élégante - ses non-couleurs préférées, le gris, le noir, le greige, le nude y règnent en maître - mais aussi rationnelle car pensée pour être portée et " rendre les femmes toujours plus belles ". L'architecture extérieure, tout en respectant la forme initiale des anciens silos qui donneront d'ailleurs leur nom à ce nouveau musée, évoque celle d'une ruche couronnée au sommet par un ruban de fenêtres pour apporter encore plus de lumière. A l'intérieur, l'espace s'ouvre sur quatre étages reliés par un escalier central qui organise le parcours du visiteur à travers l'exposition tout en l'attirant vers une ouverture verticale - candidats aux vertiges, passez votre chemin... - qui permet d'apprécier la hauteur et les dimensions hors normes de cet édifice agencé à la manière d'une basilique. " Le quarantième anniversaire de ma maison est un moment unique dans ma carrière et dans ma vie, souligne Giorgio Armani. Une source de fierté et d'enthousiasme aussi, que je voulais partager avec ma ville, Milan, en lui offrant un lieu, l'Armani/Silos, dans lequel j'ai pu réunir et réinterpréter le meilleur de mes rêves et de mon travail. " " PASSIONNÉ ET SEREIN " Refusant la facilité d'une scénographie chronologique, le styliste devenu patron d'empire a rassemblé plus de 600 silhouettes - repérée parmi elles, la veste désormais culte portée par Richard Gere dans American Gigolo (1980), première collaboration d'Armani avec le cinéma - et pas moins de 200 accessoires tous issus de sa ligne éponyme, élaborés de 1980 à aujourd'hui. En guise de fil conducteur, on retrouve les thèmes qui nourrissent et inspirent son oeuvre depuis ses débuts : les vêtements de jour au rez-de- chaussée, une certaine idée de l'exotisme au premier étage, la couleur au second et la lumière aux deux derniers niveaux. Loin de rester figée, cette installation, qui s'ouvre sur une petite robe en velours noire à l'effigie de Giorgio Armani, s'enrichira tous les six mois de pièces choisies dans les nouvelles collections. " Aménager cet endroit, décider quelles tenues, quels objets exposer, réfléchir à la meilleure manière de les mettre en scène, tout cela m'a aidé à poser un regard à la fois passionné et serein sur mes 40 ans de carrière, poursuit Giorgio Armani. La mode, qui donne l'impression de vivre éternellement dans le présent, se doit aussi de prendre le temps de réfléchir sur elle-même, sur ses origines pour pouvoir faire face à son futur. Car elle accompagne et le plus souvent même anticipe un certain nombre de changements sociétaux majeurs. Se souvenir de ce à quoi on ressemblait par le passé ne peut que nous aider à imaginer ce que nous pourrions devenir dans l'avenir. " Dans le même ordre d'idées, l'Armani/Silos abritera également un catalogue exhaustif d'archives numérisées regroupant des croquis, des dessins techniques et de la documentation visant toutes les gammes de la maison. Cette source inestimable d'informations sera mise gratuitement à la disposition des étudiants et des fans de la marque qui souhaitent se plonger plus intimement dans l'univers du créateur en attendant la parution, durant la Fashion Week de septembre prochain, d'une autobiographie et l'extension probable de ce nouveau temple de la mode, afin que puissent être exposées les sublimes robes du soir de la ligne haute couture Armani Privé, lancée il y a dix ans déjà. Un premier anniversaire à deux chiffres qui méritait bien un petit coup de projecteur. Il ne suffisait pour cela que de traverser la rue pour prendre place dans l'Armani Teatro construit par l'architecte japonais Tadao Ando. Le temps d'un défilé hors normes, Giorgio Armani ne s'est rien refusé : onze thèmes et autant de projections époustouflantes sur les murs pour planter chaque fois un nouveau décor, 80 top models pour 144 silhouettes, un front row à faire tourner la tête du plus aguerri des paparazzis et une " after " ultraglamour à l'italienne. " Backstage, nous avions tous conscience de vivre quelque chose d'exceptionnel, nous confiait Linda Cantello, make-up artist internationale pour Giorgio Armany Beauty. La pression était maximale mais ce n'était pas du tout la même que pour un défilé pendant lequel sont présentées les nouvelles collections. Tout le monde voulait faire de son mieux pour que tout soit parfait. J'ai rarement vu autant d'émotion. " Ce n'est pas tous les jours que s'écrit et se tourne un peu aussi sous vos yeux une page de l'histoire si volatile de la mode. Happé par une standing ovation de fin de show emmenée par une Tina Turner déjà prompte à montrer son enthousiasme pendant tout le défilé, le héros du jour est sorti des coulisses, l'oeil vif argent encore plus bleu que d'ordinaire. Un sourire de plaisir et de fierté aux lèvres. Complimenti, signore Armani... Armani/Silos est ouvert les mardi, mercredi, vendredi et dimanche, de 11 à 20 heures et les jeudi et samedi de 11 à 22 heures. Un timbre spécial à l'effigie du bâtiment vient également d'être imprimé à 800 000 exemplaires. www.armanisilos.com PAR ISABELLE WILLOTUne mode pensée pour être portée et " rendre les femmes toujours plus belles ".