En 1967, en pleine ère pop, naissait la première chaise en ABS moulée par injection : l'Universale, de Joe Colombo. L'année suivante venait la Panton Chair, de Verner Panton, premier siège moulé par injection en un seul matériau et en un seul bloc. Deux révolutions technologiques. Mais on reprochait encore au plastique de se rayer en moins de temps qu'il n'en faut pour s'asseoir, d'être désagréable au toucher (" ça colle aux fesses ! "), de se décolorer et de devenir cassant en vieillissant... bref, o...

En 1967, en pleine ère pop, naissait la première chaise en ABS moulée par injection : l'Universale, de Joe Colombo. L'année suivante venait la Panton Chair, de Verner Panton, premier siège moulé par injection en un seul matériau et en un seul bloc. Deux révolutions technologiques. Mais on reprochait encore au plastique de se rayer en moins de temps qu'il n'en faut pour s'asseoir, d'être désagréable au toucher (" ça colle aux fesses ! "), de se décolorer et de devenir cassant en vieillissant... bref, on ne lui prédisait pas un grand avenir, en tout cas dans le mobilier. Erreur ! En quarante ans, la famille des plastiques s'est élargie (polyuréthanne, polycarbonate, PMMA, etc.) générant de nouvelles techniques de façon-nage et se découvrant de nouvelles propriétés. L'Universale et la Panton Chair sont toujours au catalogue... mais en polypropylène, plus léger, plus fin, plus solide. Aujourd'hui, tout est permis : formes folles (courbes câlines à caresser, sinusoïdes sensuelles ou angles abrupts) et couleurs innombrables (de la transparence apaisante à l'acidulé tonique)... " En outre, explique Jan Couacaud (XO), les plastiques résistent de mieux en mieux à la lumière, l'injection au gaz permet d'obtenir une structure tubulaire plus solide qu'une structure pleine (Air Chair chez Magis), le rotomoulage confère une finition légèrement granuleuse peu sensible aux rayures (canapé Bubble chez Kartell, tabouret The Tooth chez XO). " On combine les procédés : injection et soufflage (tabouret Boem, Kartell), on utilise des plastiques différents dans un même produit en variant leurs épaisseurs (toute nouvelle chaise de bar Spoon, Kartell). " Il suffit d'un seul moule (investissement moyen : de 400 000 à 500 000 euros) pour produire des milliers de sièges en série, explique Claudio Luti, PDG de Kartell. Un modèle devient rentable à partir de 50 000 pièces. " De ses usines sortent chaque année 150 000 chaises Maui de Vico Magistretti, autant de Louis Ghost, 100 000 La Marie, 90 000 Eros (toutes les trois signées Starck). 25 projets sont actuellement en tests, et une petite dizaine de nouveautés ont été dévoilées au Salon International du Meuble de Milan, en avril dernier, dont la moitié de sièges. Le fauteuil Mademoiselle, qui fut présenté lors de l'édition 2003, lui, combinait, pour la première fois, le polycarbonate pour sa structure transparente et le polyuréthanne pour l'assise... éventuellement recouverte de tissu. Ou comment séduire les modernes sans effrayer les anciens. Béatrice Brasseuravec Clémence Leboulanger