Guide pratique en page 142.
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Guide pratique en page 142.L es feux d'artifice s'estompent sur la Rambla. Lille 2004 s'achève. Il y aura bien l'avant et l'après... Mais l'après est très loin de la chronique annoncée d'une retombée de soufflé ! Plutôt la confirmation hors caméras que Lille s'est définitivement époussetée des scories industrielles des siècles derniers. Sans renier son passé, bien au contraire. Usines de briques rouges et traditions méditerranéennes sont à la pointe de la hype chez les trentenaires, qui considèrent que Lille 2004 a simplement été la cerise sur le gâteau d'une ville qui se métamorphose à vue d'£il depuis plus de dix ans. Aujourd'hui, Lille est rayonnante, loin des clichés grincheux, même si la météo n'a pas encore troqué son baromètre contre celui des Maldives. Simplement, c'est une ville facile à vivre, à l'architecture séduisante, aux petits cafés trendy et aux lofts design. Une cité estudiantine (plus de 100 000 à ce jour !) où la plupart des jeunes diplômés cherchent leur premier emploi, afin de continuer à égrener les bars dès le jeudi soir. Le Lille 2005 est palpable dès la sortie des gares de Flandres ou Euralille. Sur l'esplanade, les " Tulipes de Shangri-La " à pois colorés, signées en 2004 par Yayoi Kusama, font office d'hôtesses couture, indiquant le centre-ville. Où vous êtes déjà ! " C'est juste à dix minutes à pied ", résonne ici comme un leitmotiv de bienvenue. Mais avant de vous lancer, embrassez le complexe urbain signé Jean Nouvel, Euralille, du pont suspendu qui relie la gare au centre commercial. La tour du Crédit Lyonnais a été imaginée par Christian de Porzamparc et Vasconi a dessiné la tour Lille-Europe. Une ville dans la ville, conçue par les architectes les plus en vogue et imaginée par l'incontournable Néerlandais Rem Koolhaas. Alors que ce complexe vient à peine de fêter ses dix ans, de nouveaux projets vont s'ériger sur les friches industrielles, dans la continuité d'Euralille. A peine arrivé et déjà projeté dans Lille 2010 ! Pour retrouver la Grand-Place, il suffit d'emprunter la Rambla, sorte de voie élargie réalisée l'année dernière et qui relie la gare au quai de Vault. Ce relooking urbain est un clin d'£il à l'architecture baroque et colorée de Lille aux xvie et xviie siècles alors qu'elle était sous influence... espagnole ! A l'image de cette Vieille Bourse joufflue qui est le point d'orgue de la Grand-Place et des maisons cossues qui font le charme du Vieux Lille. Enfin, de bars en expos, Lille qui fait nuit blanche depuis un an est désormais surnommée " La Barcelone du Nord ". Il suffit d'une virée shopping pour voir que le Vieux Lille n'a rien à envier aux capitales du Sud. Design, arty ou chic : chaque quartier a son identité. Rien de plus simple pour retrouver son clan. Rue Esquermoise, c'est la rue du design ; les enseignes se succèdent, des plus accessibles aux plus pointues. Habitat a rouvert il y a six mois, Kartell s'est installé il y a peu... Côté sape, la rue de la Monnaie et celle de la Grande-Chaussée collectionnent les monogrammes de luxe. Rue Basse et rue des Chats-Bossus, les prix courbent l'échine, quoique... La rue de la Clef cultive la " London attitude " avec ses disquaires, son streetwear et ses vitrines taggées. Les jeunes créateurs et les artistes plébiscitent le quartier de la Treille, rue des Trois-Mollettes, rue des Vieux-Murs ou encore la place aux Oignons, squattés le week-end par des expos de plein air... Et là encore ça bouge. L'arrivée de la Part de l'Autre, en juin, rue des Trois-Mollettes, a été précédée par deux galeries d'art. Le lieu est une pépinière de talents locaux sélectionnés par les s£urs Blin. Le bijoutier fil de ferriste Pat le chat, les colliers en textile de Bénédicte Waryn, les coupes asymétriques de Michel Vela nous rappellent qu'Anvers, capitale de la mode avant-gardiste, n'est qu'à un fil de TGV. Idéal pour l'émulation de ces jeunes artistes qui remodèlent le patrimoine régional. " Deux crises industrielles (le charbon puis le textile) et une population ouvrière métissée ont provoqué une émulsion créative qui n'a pas attendu 2004 pour s'exprimer. En plus, il y a beaucoup d'écoles d'art appliqués, explique Valérie Blin. Les artistes textiles d'aujourd'hui sont les héritiers directs de la filature ! " Un " Carrefour des modes " dédié aux créateurs s'organise aussi au sud de Lille, autour de la Maison Folie de Moulin, l'une des douze créées pour Lille 2004. Dans le Vieux Lille, une petite pause s'impose. Pas besoin de chercher bien loin. Les rues sont constellées de troquets. Qui fait des muffins à l'anglaise, une librairie BD-café, ou encore un bar-épicerie... La déco est toujours au poil, cosy mais pas poussiéreuse, design mais discrète. " Tout le monde se parle dans les bars, c'est très facile parce que les espaces sont petits et souvent bondés. Et puis le week-end commence ici dès le jeudi soir après le boulot. Les habitués se mêlent aux Britanniques, aux Néerlandais et aux Belges qui viennent faire la fête et leurs courses ici ", raconte Alessandra, jolie architecte italienne débarquée de Gênes il y a un an dans les soirées lilloises. Londres est à 1 h 35 en Eurostar, Bruxelles à 23 minutes et Paris à 55 minutes en TGV... A l'heure du dîner, la rue de Gand attire une foule d'initiés jusqu'à la porte de Gand. Le 86, les Faits Divers, la Cave aux Folies, la Nouba... Design ou tradi, tagines ou bars à vins, chacun sa spécialité et la fête pour tous. Ensuite, retour rue Lepelletier, rue Basse ou rue de la Clef pour une tournée des bars avec d'autant plus de ferveur qu'ils ferment désormais à 4 heures du matin. Mais pour les noctambules avertis rien ne vaut le Tri postal, le " Tripo " pour les intimes, qui vient de fermer ses portes pour rénovation. Patience ! Le succès de ce hangar alternatif à deux pas des gares TGV n'a pas échappé à la mairie de Lille qui s'est empressée de relouer pour cinq ans ce bâtiment à la veille de 2004. Afin de laisser place " in extremis " à un espace d'exposition brut sur trois niveaux, flanqué d'un bar pour grands voyageurs. Le Transporteur, composé cahin-caha de sièges SNCF et RATP de récup'. Haut lieu de concerts et de clubbing trendy. En attendant sa réouverture, les plus hupe se branchent aussi sur Wazemmes, quartier populaire en voie de " bobo-isation ". " C'est le Mitte de Berlin ou la Plaine à Marseille : c'est là que ça se passe ! Les artistes ont été attirés par les loyers peu chers et l'ambiance cosmopolite. Désormais la Malterie, collectif d'artistes installé dans une ancienne couraie (cité ouvrière), les multiples petites compagnies de théâtre et les studios photo, font partie du décor ", explique Didier Boisgart, le directeur de la maison Folie de Wazemmes. Le week-end, son marché en plein air, place de la Nouvelle-Aventure, est devenu un must. Au bout de la rue, on aperçoit la robe métallique de la Maison Folie signée par le Néerlandais Lars Spuybroek et qui habille une usine du xixe siècle. Agissant comme des pilules vitaminées, les Maisons Folie ont donné de l'effervescence aux quartiers et dévoilé l'intensité de la vie locale. Le Colysée à Lambersart, conçu par la star lilloise, l'architecte Pierre-Louis Carlier, ou la Condition publique à Roubaix, vont booster les quartiers. Après les subventions de Lille 2004 qui ont permis leurs ouvertures, 2005 est l'année de tous les possibles. Il faut animer parfois des milliers de mètres carrés, une sacré visibilité à venir. Ex-petite ville industrielle de l'agglomération lilloise, Roubaix, quant à elle, surfe sur la vogue loft. Les friches industrielles sont prises d'assaut. C'est devenu la commune en reconversion chic. Car pour toute la nouvelle génération branchée, c'est devenu tendance d'habiter à l'usine! Reportage : Sixtine Dubly/