Certains dressent des fauves, d'autres dressent des tables. De là à penser que les seconds ne courent aucun risque, il y a un pas que MarieAnne Carbonez ne franchira pas : " J'accueille des clients pour ce qui est parfois le plus beau jour de leur vie, autant dire que je n'ai pas droit à l'erreur. " C'est donc avec une infinie légèreté mais beaucoup de sérieux qu'elle considère son activité, un paradoxe de plus pour celle dont l'apparence tranquille ne dissimule jamais très longtemps une carburation à cent idées la minute.
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Certains dressent des fauves, d'autres dressent des tables. De là à penser que les seconds ne courent aucun risque, il y a un pas que MarieAnne Carbonez ne franchira pas : " J'accueille des clients pour ce qui est parfois le plus beau jour de leur vie, autant dire que je n'ai pas droit à l'erreur. " C'est donc avec une infinie légèreté mais beaucoup de sérieux qu'elle considère son activité, un paradoxe de plus pour celle dont l'apparence tranquille ne dissimule jamais très longtemps une carburation à cent idées la minute. " Déjà toute petite, j'avais la fibre artistique. Je voulais être danseuse ou peintre, rien de sérieux : mes parents s'arrachaient les cheveux. " A 18 ans, elle part pour Londres, " là où tout se passait à l'époque ", et s'inscrit à l'East 15 Acting School. Elle s'y initie au système Stanislavski - la fameuse " méthode ", chère à l'Actors Studio : " J'ai appris à puiser mes émotions dans ma propre expérience, explique-t-elle. Quand on triche, on ne peut pas être bon acteur, les sentiments ne sont pas vrais. J'ai conservé tout ça : du moment que l'on est authentique, on n'a rien à perdre. " De retour en Belgique, elle s'installe, à Bruxelles, dans les Marolles du curé Van der Biest, en pleine effervescence des années 70, et y mène une existence, comment dire ? Un peu bohème ? " Complètement ! Nous étions jeunes et beaux, sans responsabilités ni enfants. Puis un jour, j'ai eu une famille, que j'ai voulu élever comme dans Martine à la ferme, être présente à la sortie des classes et préparer le goûter, et le critère argent est devenu déterminant. " Cherchant un boulot " qui ne l'ennuierait pas trop ", elle opte pour l'immobilier et se plaît à " acheter des choses moches et à les rendre jolies ". Il y a un an et demi, elle se lance dans les " events with a twist " et ouvre, en Brabant flamand, sa magnifique ferme rénovée, pouvant accueillir 600 personnes. A la fois parc d'attractions et laboratoire dédié à l'art de vivre, le Loft 130 est l'endroit où elle " joue le jeu jusqu'au bout ", peu importe le thème proposé. Baroque ou contemporain, de la table Saint-Nicolas tout en sucreries à la désuète English Tea, MarieAnne s'autorise toutes les mises en scène, au point de remplir une salle de sable ou de feuilles mortes. Elle n'a pas son pareil pour sublimer les matières prosaïques et les trouvailles chinées, une marotte héritée des années récup' dans les Marolles. " Mais attention, j'aime aussi le cher et le beau ", tient-elle à tempérer. Et on la croit, à voir chez elle des nappes d'Isabelle de Borchgrave ou la fameuse Tree table de Charles Kaisin. Sa seule limite est celle de vouloir faire chic : " Cela ne m'amuse pas et d'autres le font mieux que moi. " Car son ingrédient principal, c'est le plaisir : " Qu'importent les circonstances, la bonne humeur doit primer ; on peut faire la fête avec une boîte de sardines. " Rien d'étonnant à ce qu'elle préfère nourrir de larges tablées plutôt que de " chipoter dans l'assiette ", malgré son diplôme de cuisinière. Pour éviter l'ennui, MarieAnne échafaude des installations toujours plus ambitieuses ; dans ses cartons, deux projets qu'on a hâte de voir aboutir : une table qui passe du noir à l'or en seulement deux gestes, imaginée après un opéra de Haendel à la Monnaie, ainsi qu' " un truc technique, une illusion d'optique " pas encore au point. Tout l'intéresse et la stimule, même " une soirée pour des vieux, quelque chose d'un peu fou avec un orchestre, des serveurs à noeuds papillon et des coiffeuses pour remaquiller les mamies. Sans oublier un petit quart d'heure bingo ", s'enthousiasme-t-elle. Et quand tout ça ne lui plaira plus ? " Si je vis 120 ans, peut-être écrirai-je des histoires pour enfants. Mais avant ça, à 80 ans, j'aimerais m'enfermer loin de tout et peindre. " Quitte à, enfin, laisser le monde s'écrouler ? " Oh non ! Si le monde s'écroulait, j'essaierais tout de même de le sauver. " Le Loft 130 accueillera l'expo Poupées de cire de l'artiste Lies Daenen, du 17 au 19 avril. 130, Oudebaan, à 3360 Korbeek-Lo. www.loft130.be PAR MATHIEU NGUYEN" Acheter des choses moches et les rendre jolies. "