Revenu il y a un an de Paris où il a lancé son label, Louison Libertin (de son vrai nom) vient d'ouvrir sa première boutique à Anvers. Ce trublion inspiré, libre dans l'âme et le travail, se raconte dans un français confondant de justesse. Né d'un père français et d'une mère anversoise, dans une famille issue de l'immigration russo-polonaise sensible à l'art et à la nature, il a gardé de son enfance des souvenirs de polka, de lecture des nuages et de frictions magistrales à la verveine. Jeune adulte, comme aucune école de parfumerie n'existait en Belgique, c'est à Paris qu'il s'est formé, puis a lancé sa propre marque, dont les premiers jus ont rencontré d'emblée un beau succès...
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Revenu il y a un an de Paris où il a lancé son label, Louison Libertin (de son vrai nom) vient d'ouvrir sa première boutique à Anvers. Ce trublion inspiré, libre dans l'âme et le travail, se raconte dans un français confondant de justesse. Né d'un père français et d'une mère anversoise, dans une famille issue de l'immigration russo-polonaise sensible à l'art et à la nature, il a gardé de son enfance des souvenirs de polka, de lecture des nuages et de frictions magistrales à la verveine. Jeune adulte, comme aucune école de parfumerie n'existait en Belgique, c'est à Paris qu'il s'est formé, puis a lancé sa propre marque, dont les premiers jus ont rencontré d'emblée un beau succès... Il les conçoit suivant un processus créatif particulier : " J'ai un flash émotionnel, sur un lieu précis ou en assistant à une scène, et là tous mes sens se déploient, comme si j'avais accès à la Bibliothèque universelle. C'est très étrange et jouissif, comme une élévation spirituelle. Je note sur des cahiers les sensations que je ressens, des phrases qui me viennent, qui m'inspirent pour créer des odeurs. C'est de plus en plus fort avec la maturité, une compétence spécifique qui se travaille. "Carnet d'adresses en page 72" C'est mon tout premier parfum. Je m'étais extrait quelques semaines de la fureur parisienne pour m'installer à la campagne, chez ma mère, dans un hameau près de Courtrai. Elle étend son linge au bout du jardin, dans le verger où poiriers et pommiers délivrent leurs senteurs. C'est là aussi, près des odeurs de fruits et de linge propre, que nous dégustons les tartes aux pommes que je confectionne très souvent. "Note de tête : bergamote, fruits du verger, mandarine. Note de c£ur : rose, jasmin, tubéreuse. Note de fond : musc blanc, bois doux, caramel, vanille, accord chypré. " J'ai toujours aimé la reine Paola, belle, chic, discrète et forte à la fois. Je la revois aller vers le peuple et se faire entendre lorsque les rumeurs, ou les médias, dépassaient les bornes concernant la famille royale. Dans les archives, j'ai découvert la liste des Fournisseurs de la Cour (en être : un conte de fées !) et des photos d'elle jeune, déjà très classe. J'ai mis dans Monarchy du bois de cachemire, pour évoquer le foulard qu'elle porte souvent autour du cou. Monarchy, ce sera aussi le nom d'un coffret évolutif, motivé par mon amour pour les Belges et la Belgique, qui proposera à chaque fois un flacon pour le Sud et un pour le Nord. Le premier contiendra l'Eau d'Anvers et l'Eau de Bruxelles. "Note de tête : bergamote, lemon grass. Note de c£ur : bois de cachemire, géranium, lavandin, muguet, trèfle à 4 feuilles, rose. Note de fond : ambrette, accord ambré, bois sec, cèdre de Virginie, coumarine, musc, santal, vanille. " C'est aussi dans le jardin de ma mère que j'ai eu un flash pour Délivre-moi. Nous y avions installé deux ruches et, un jour, j'ai constaté qu'il n'y avait plus d'activité autour de l'une d'elles. Nous l'avons ouverte et j'ai été assailli d'effluves de cyprès, de cire et de miel. Nous avons découvert que la reine était mourante... Je l'ai prise dans le creux de ma main, elle était tout engluée et semblait me dire "délivre-moi !". Nous l'avons nettoyée patiemment et, miracle, nous l'avons sauvée ! "Note de tête : anis, eucalyptus. Note de c£ur : géranium, héliotrope, jasmin. Note de fond : amande amère, cyprès, absolu miel, musc. " Je visitais une exposition d'icônes orthodoxes avec une amie dans l'église Sainte-Catherine, à Bruxelles. D'un seul coup, j'ai été attiré par les couleurs luxuriantes des tableaux. J'ai virevolté de l'un à l'autre, "sentant" les bleus indigo, les pourpres et les ors qui, mêlés aux odeurs d'encaustique et de poussière propres aux églises, déclenchaient en moi une vraie tornade ! Je me souviens que le prêtre, intrigué, s'est approché pour me demander si tout allait bien. Je lui ai répondu "Oui, oui, ne vous inquiétez pas, je fais un parfum !" Mon amie était morte de rire et lui... médusé ! "Note de tête : bergamote, citron, orange. Note de c£ur : cèdre de Virginie, patchouli, santal. Note de fond : benjoin, mousse d'arbre, vanille, musc." Il y a quelques années, j'ai eu la chance d'être convié à un grand mariage indien, très luxueux, avec des centaines d'invités et une retransmission internationale en direct pour les personnes qui n'avaient pu se déplacer. Le truc dingue ! Un vrai tournoiement de saris, de danseuses, de musique traditionnelle, de mets raffinés... et safranés bien sûr. Un souvenir digne de Bollywood ! "Note de tête : citron, orange. Note de c£ur : cardamome, anis, jasmin, safran. Note de fond : benjoin, patchouli, vanille. PAR ANNE BOULORD