Les adeptes de la très culte série américaine Sex and the City se souviennent sans nul doute de l'épisode où son héroïne Carrie Bradshaw est agressée dans un quartier mal famé de New York par un malfrat qui semble convoiter tout particulièrement... ses chaussures signées Manolo Blahnik. La belle a beau supplier son agresseur de prendre son sac Fendi, sa bague, sa montre et tout le reste mais de lui laisser ses sandales favorites, rien n'y fait : il file avec les précieuses grolles - une scène qui a permis à la griffe de devenir la coqueluche des fashion addicts du monde entier !
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Les adeptes de la très culte série américaine Sex and the City se souviennent sans nul doute de l'épisode où son héroïne Carrie Bradshaw est agressée dans un quartier mal famé de New York par un malfrat qui semble convoiter tout particulièrement... ses chaussures signées Manolo Blahnik. La belle a beau supplier son agresseur de prendre son sac Fendi, sa bague, sa montre et tout le reste mais de lui laisser ses sandales favorites, rien n'y fait : il file avec les précieuses grolles - une scène qui a permis à la griffe de devenir la coqueluche des fashion addicts du monde entier ! " Sex and the City a vraiment changé ma vie en m'ouvrant à un public plus jeune et plus varié qu'auparavant, confirme le créateur espagnol. On me demande parfois si cela ne m'ennuie pas d'être systématiquement associé à Carrie Bradshaw, alors que j'ai fait mes premiers pas dans le métier trente ans avant qu'elle n'apparaisse à l'écran, mais pas du tout : j'en suis même très fier. Cela dit, je suis soulagé que ce soit terminé ( rire) : à la fin, même les chauffeurs de taxi me demandaient ce qui allait se passer dans cette saga, alors que ma contribution se bornait à fournir les chaussures... La suite du scénario, je n'en savais rien ! " Reste que, selon Alice Rawsthorn, critique design pour l' International HeraldTribune et ancienne directrice du London Design Museum, qui a consacré en 2003 une vaste rétrospective au créateur, depuis Sex and the City, les Manolo sont devenues un nom générique, à l'instar des Kleenex, Frigidaire ou autres Post-it. Bien plus qu'un simple accessoire ou un signe extérieur de richesse, elles sont désormais " un symbole d'émancipation sexuelle et économique "... Et, si l'on en croit Madonna, " elles sont mieux que le sexe et elles tiennent plus longtemps ". En 2013, cela fera quarante ans que Manolo Blahnik a ouvert sa première boutique, dans le quartier londonien de Chelsea - un souvenir sur lequel il préfère pourtant ne pas s'attarder, parce qu'il a déjà raconté si souvent cette histoire qui ne lui apparaît finalement que comme le fruit d'une coïncidence. Et de poursuivre : " J'aime les surprises, je ne veux pas savoir ce que demain me réserve. J'ai toujours voulu travailler de mes mains, mais sans avoir une idée précise du domaine qui m'attirait... et les choses me sont tombées dessus un peu par hasard. "Manolo Blahnik n'a jamais suivi de formation en stylisme : il a étudié les langues à l'université de Genève et l'art à Paris, où il a également travaillé en tant que décorateur " à la fin des années 60, au moment où toute la ville était sur les barricades ". En 1970, il fait ses valises pour New York dans l'espoir d'y trouver du travail. Paloma Picasso, styliste et " fille de ", l'y présente à Diana Vreeland, rédactrice en chef du magazine américain Vogue, qui l'aurait encouragé à s'orienter vers la création de chaussures. Près de deux ans plus tard, il présente sa première collection, lors du défilé de la styliste britannique Ossie Clark. Tout en frivolité avec leurs talons aiguilles et leurs brides agrémentées de cerises, ses opus sont à mille lieues des pesantes plates-formes en vogue à l'époque. Hélas, il a omis d'en consolider les interminables talons. Particulièrement instables, ceux-ci donnent donc, de son propre aveu, l'impression de marcher sur des sables mouvants - ce qui a amené l'édition britannique de Vogue à écrire que ses modèles demandaient une solide dose d'humour... " Oui, c'est ainsi que les choses se sont passées, se souvient Manolo Blahnik avec amusement. Mais, au fait, qui sait encore aujourd'hui qui était Diana Vreeland ? Une femme remarquable - un film lui sera d'ailleurs bientôt consacré, à ne pas rater ! Et Romy Schneider ? Audrey Hepburn ? Il y a quelques mois, j'étais au Texas pour recevoir l'un ou l'autre prix, et il y avait là une très jolie fille que j'ai complimentée en lui disant qu'elle ressemblait à Audrey Hepburn. Elle ne voyait pas du tout de qui je voulais parler ! J'aurais pu la gifler. Plus tard, je l'ai même entendue dire à une amie qu'apparemment, Tiffany's servait aussi des petits déjeuners ( NDLR : Breakfast at Tiffany's étant le titre original du film Diamants sur canapé avec Audrey Hepburn). " À l'instar des grands noms de la haute couture, Manolo Blahnik est le seul et unique responsable du design et des prototypes : il dessine, sculpte la forme en bois et le talon, coupe le cuir et assemble le produit fini - et c'est également lui qui supervise la production et signe les esquisses pour les campagnes de pub. Pour la collection printemps-été 2012, il a imaginé un talon inédit composé d'une sphère argentée et s'est notamment inspiré de La Danse de Matisse et des Jeux olympiques, avec des interprétations qui évoquent des sandales grecques ou un amphithéâtre aux teintes or, argent et bronze des médailles. " Mes chaussures sont souvent qualifiées de bizarres, souligne-t-il en riant. Pour ma part, j'y vois plutôt des créations pleines de fantaisie ou une forme d'art appliqué. Je veux qu'elles soient amusantes. Ce que je porte, moi ? Les modèles pour hommes sont d'un ennui : les derby, les mocassins... ( soupir). C'est pourquoi je me suis fait fabriquer des souliers de matador. Je les ai en différentes couleurs, notamment en rose vif. Cela me donne peut-être l'air d'un vieux bonhomme un peu ridicule, mais je m'en fiche. " Qu'en est-il de la rumeur qui affirme que Bernard Arnault, le CEO de LVMH, l'aurait approché dans les années 2000, à l'époque où le groupe de luxe rachetait les labels prestigieux les uns après les autres ? " C'est possible, lâche-t-il. Il faut poser la question à Evangelina ( NDLR : sa s£ur et associée pour l'Europe). Je n'aime pas trop les collaborations, certainement pas avec les conglomérats. Peut-être quand je prendrai de l'âge ( NDLR : il fêtera ses 70 ans cette année), et que je ne pourrai plus tout faire moi-même, et encore... J'aime garder complètement les choses en main : tout doit se passer comme je l'entends. Et en cas d'accroc, c'est ma responsabilité. " Manolo Blahnik est donc, pour reprendre ses propres termes, " une victime du perfectionnisme ", qui donne la préférence à une filière à petite échelle et familiale. Chaque saison, il pose durant quelques semaines ou quelques mois ses valises dans les environs de Milan, où deux petites entreprises artisanales assurent la production de ses créations. Elles fabriquent 80 paires par jour au maximum, une goutte d'eau en comparaison avec les milliers d'exemplaires quotidiens de marques moins exclusives. " Cette saison, confie-t-il, j'ai une fois encore - au grand désespoir de mon équipe - supprimé une série de modèles que je trouvais trop banals ou trop proches de mes créations antérieures. Je suis peut-être trop exigeant, le premier et le plus sévère de mes nombreux critiques. "On dénombre environ 200 boutiques Manolo Blahnik à travers le monde, dont 16 en Europe... et, depuis décembre dernier, la griffe est aussi disponible (pour la première fois en Belgique) chez Smets, à Bruxelles. " Ma s£ur et ma cousine, qui travaille également pour moi depuis deux ans, ont de bons rapports avec la directrice, explique- t-il. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi cette enseigne. Nous ne vendons pas nos produits à des gens qui ne nous plaisent pas, c'est aussi simple que cela. L'argent ne m'intéresse pas - mais heureusement, personne ne le sait ! (rire) " Carnet d'adresses en page 86.PAR ELLEN DE WOLF