LA RUCHE BUZZE TOUJOURS

Ceux qui imaginent Manchester comme une triste cité post-industrielle, plantée de maisonnettes de briques rouges à perte de vue, risquent d'être surpris. Située à 260 kilomètres de la capitale, sur les rives de l'Irwell, la deuxième ville la plus visitée d'Angleterre attire chaque année un million de touristes généralement conquis - et en premier lieu par ses chaleureux habitants - " Dans ce pays, plus on remonte vers le nord, plus les gens sont sympas ", nous a-t-on dit plusieurs fois. Elle figure au top 10 des destinations mondiales 2016 du Lonely Planet et s'avère si bien desservie qu'il faut beaucoup de mauvaise volonté pour ne pas y faire un saut, et elle a suffisamment à offrir pour pouvoir y débarquer à l'improviste, sans le moindre plan d'attaque. Jadis comparée à une ruche - d'où son animal totem, l'abeille ouvrière - la métropole a survécu à son glorieux passé en sachant se réinventer, ses docks et entrepôts résonnant désormais d'un buzz qui attire le monde entier. Culture, shopping, vie nocturne, sport ou architecture, il y a toujours quelque chose à y voir, à y faire. " Manchester a tout sauf une plage ", a un jour résumé Ian Brown, leader d'une des icônes rock locales, The Stone Roses.
...

Ceux qui imaginent Manchester comme une triste cité post-industrielle, plantée de maisonnettes de briques rouges à perte de vue, risquent d'être surpris. Située à 260 kilomètres de la capitale, sur les rives de l'Irwell, la deuxième ville la plus visitée d'Angleterre attire chaque année un million de touristes généralement conquis - et en premier lieu par ses chaleureux habitants - " Dans ce pays, plus on remonte vers le nord, plus les gens sont sympas ", nous a-t-on dit plusieurs fois. Elle figure au top 10 des destinations mondiales 2016 du Lonely Planet et s'avère si bien desservie qu'il faut beaucoup de mauvaise volonté pour ne pas y faire un saut, et elle a suffisamment à offrir pour pouvoir y débarquer à l'improviste, sans le moindre plan d'attaque. Jadis comparée à une ruche - d'où son animal totem, l'abeille ouvrière - la métropole a survécu à son glorieux passé en sachant se réinventer, ses docks et entrepôts résonnant désormais d'un buzz qui attire le monde entier. Culture, shopping, vie nocturne, sport ou architecture, il y a toujours quelque chose à y voir, à y faire. " Manchester a tout sauf une plage ", a un jour résumé Ian Brown, leader d'une des icônes rock locales, The Stone Roses. Pour ceux à qui cela aurait échappé, rappelons que Manchester, haut lieu mondial du football, héberge deux clubs aujourd'hui rivaux, City (prononcez " Citèh ") et le légendaire United. Pour le supporter neutre et/ou belge, l'un comme l'autre présentent des intérêts non négligeables. Capitaine des Diables Rouges, Vincent Kompany porte également le brassard des Citizens, qu'il mena à la victoire en championnat en 2012 et 2014, atteignant de tels sommets que le club lui érigera probablement une statue. Assez logiquement, Vince the Prince est épaulé par le sosie non officiel du Prince Harry, Kevin De Bruyne, notre rouquin supersonique national, qui flambe depuis son arrivée en British Premier League. Leur présence suffit à faire oublier le manque de prestige historique des Skyblues, tout comme le confort de leur enceinte ultramoderne, l'Etihad Stadium. Changement d'ambiance pour la découverte d'Old Trafford, antre de Manchester United, dont la visite du stade et du musée constitue évidemment un must absolu du fan de foot en général, et des Reds en particulier. Et au vu de la pauvreté de leurs performances cette saison, il vaut peut-être mieux, pour leurs supporters, contempler les splendeurs du passé en ces lieux hantés par les exploits des plus grandes idoles, étrangères comme Cantona ou Ronaldo, et surtout britanniques, dont George Best, Bobby Charlton, David Beckham, Wayne Rooney ou l'éternel Ryan Giggs - sans oublier le culte voué aux managers Matt Busby ou Alex Ferguson. Cette galerie de fastes souvenirs vous emmènera ensuite dans les entrailles d'un des plus célèbres stades du monde, arpenter tribunes, salle de presse et vestiaires, où vous pourrez assister à un faux briefing du guide-entraîneur, de préférence assis à la place de Marouane Fellaini. Enfin, vient un authentique plaisir de gosse, celui de pénétrer dans l'arène par la grande porte, à savoir le tunnel des joueurs, au son de l'hymne de la Ligue des Champions. Et de voir de très près la pelouse sacrée d'Old Trafford - mais défense de la toucher, sous peine d'exclusion immédiate. En guise de troisième mi-temps, reste à prendre une chambre à l'Hotel Football, établissement dédié au ballon rond et appartenant à plusieurs légendes du club. On quitte le centre pour Stockport, à une dizaine de kilomètres de là, pour la visite de la brasserie Robinsons, dirigée par les cinquième et sixième générations du nom qui peaufinent le savoir-faire familial né en 1838, et toujours logée dans ses installations d'époque, dominées par une tour carrée. C'est d'ailleurs tout en verticalité que se déroulera le parcours, en suivant les blinquantes tuyauteries de cuve en cuve, baigné par des effluves caractéristiques, jusqu'à l'apothéose : la dégustation, où l'on pourra tester une Dizzy Blonde ou une Trooper, une ale aux notes citronnées créée par le chanteur d'Iron Maiden, Bruce Dickinson. Si l'envie vous prend de mettre en pratique votre science du houblon si fraîchement mise à jour, Manchester a vu fleurir de nombreuses micro-brasseries dont le bar comblera la curiosité des amateurs. Par exemple au Castle Hotel, pour faire plus longuement connaissance avec les breuvages Robinsons, ou aux récents Beermoth ou Brewdog, où les hipsters viennent prendre leur IPA. A la recherche d'une ambiance plus typique ? Direction les boiseries du Grey Horse ou les voûtes et céramiques du Marble Arch, ouvert depuis 125 ans. En quête d'un peu d'animation, on se dirigera vers le quartier des universités, Studentsville, avec une prédilection pour le Sandbar, et sa progra culturelle, ou le Font Bar, qui ne paie pas de mine avec ses cocktails à deux livres, mais dont la carte des bières mérite le détour. La vie nocturne constitue l'un des aspects les plus prisés de la ville, et l'un des centres névralgiques des soirées mancuniennes réside indéniablement du côté de Spinningfields, qui attire une tripotée de jeunes en quête de fun et de boissons alcoolisées. Situé entre le centre historique et les quais de l'Irwell, le quartier a toujours été un terrain de choix pour la tenue d'un barathon, ou " pub crawl " dans le jargon local. Attention cependant à ne pas tomber dans les eaux frisquettes de l'Irwell toute proche. On citera certains établissements recommandables tels que The Oast House, The Long Bar, le Pi et The Alchemist, laboratoire de mixologie moléculaire servant des breuvages fumants d'une complexité inouie. Et pour terminer la nuit, il suffira de se laisser porter, au gré des rencontres ou du hasard, vers un café-concert, une boîte ou un disco-bar - en regrettant toutefois que la mythique Haçienda, berceau du son " Madchester ", ait fermé ses portes il y a bien longtemps déjà. Dernière sensation hôtelière du centre-ville, le Gotham doit son nom au style de l'ancienne banque néoclassique, plus new-yorkais que mancunien, où il a ouvert l'an dernier. Notez d'ailleurs que l'autre partie du bâtiment est occupé par le restaurant Italian de Jamie Oliver, dont il faut absolument aller voir la salle des coffres au sous-sol - le personnel vous guidera. Avec ses marbres, dorures et fourrures qui composent un décor décadent à souhait, croisement délirant de Gatsby le Magnifique et du Grand Budapest Hotel, l'établissement offre une expérience pleine d'outrances rafraîchissantes, qui ridiculisent avec panache le bon goût lénifiant des autres 5-étoiles. Au Gotham, le client est king : si la déco absolument too much vous plaît, empochez vos coups de coeur dans un Swag Bag, dont le contenu sera évalué à la fin de votre séjour. Ici, pas de gym, pas de piscine, mais un concept fort, un service " voiturier " comprenant bientôt hélico et jet privé, et soixante chambres personnalisées, dont cinq Inner Sanctum Suites noires, totalement dépourvues de fenêtre mais munies d'un immense écran mural et d'un lit emperor-size. Et puis, le Brass Café, club logé au sommet du building, accessible aux résidents et à un nombre restreint de membres triés sur le volet ; le tout Manchester débourse plus de 300 euros à l'inscription, puis plus du double de cotisation annuelle, rien que pour pouvoir y mettre les pieds. Pour une séance de shopping, on prendra le soin de fuir les grandes artères commerçantes et les shopping malls mondialisés type Arndale. Et aux vitrines élégantes de King Street, on préfère l'ambiance bohème du Northern Quarter, en commençant par l'un de ses symboles, Afflecks. Derrière l'immense façade d'une ancienne draperie court son invraisemblable dédale de couloirs, passages secrets et escaliers recouverts de graffs et d'affiches ; " emporium de l'éclectisme ", ce temple du commerce indie s'étale sur quatre étages et propose des dizaines de boutiques vendant merchandising rock, déguisements, jouets vintage, mais aussi des résidences d'artistes et des salons de piercing/tattoo ou de thé bio. Et tandis que les modeux iront fouiller les friperies ou s'offrir une bonne taille dans l'un des barber shops du quartier, les mélomanes opteront pour les excellents disquaires du coin : Piccadilly Records, Vinyl Exchange, Eastern Bloc Records ou encore Vinyl Resting Place. A la fois la ruine et le bonheur des collectionneurs. Un citytrip court et dédié aux plaisirs terrestres n'empêche pas d'apprécier les richesses d'un incroyable patrimoine historique et architectural - un régal pour les amateurs d'édifices victoriens. Au gré de leurs flâneries, les visiteurs pourront découvrir le Town Hall, étonnante réplique du palais de Westminster, la cathédrale gothique de Victoria Street, la John Rylands Library et l'acoustique stupéfiante de sa Wolfson Reading Room, ou le Royal Exchange Theater, dont le mix d'ancien et de moderne ne laissera personne indifférent. Le tout de préférence en compagnie du guide Jonathan Schofield, personnage aussi attachant que sa ville, à propos de laquelle il s'avère absolument intarissable. Côté musées, outre le Lowry, centre culturel des quais de Salford, Manchester est célèbre pour ses Museum of Science and Industry, Imperial War Museum et National Football Museum, référence mondiale du genre, où les aficionados pourront contempler des objets ayant marqué l'histoire du ballon rond, comme le maillot porté par Maradona lors de l'épisode de " la Main de Dieu " en 1986. PAR MATHIEU NGUYEN