Une coupe au bol à la Peggy Moffitt qui aurait rétréci au lavage, des grosses lunettes 3D piquées à la sortie d'un complexe UGC et le buste cintré dans une combinaison flashy vraisemblablement achetée sur eBay à un fan de Star Trek. C'est ainsi que Matali Crasset, designer industriel de formation, est apparue - de la tête aux pieds - il y a un peu plus de dix ans - lunettes mises à part, dernier accessoire en date - sur la scène de la création contemporaine.
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Une coupe au bol à la Peggy Moffitt qui aurait rétréci au lavage, des grosses lunettes 3D piquées à la sortie d'un complexe UGC et le buste cintré dans une combinaison flashy vraisemblablement achetée sur eBay à un fan de Star Trek. C'est ainsi que Matali Crasset, designer industriel de formation, est apparue - de la tête aux pieds - il y a un peu plus de dix ans - lunettes mises à part, dernier accessoire en date - sur la scène de la création contemporaine. C'est à son look d'émoticon qu'on la reconnaît, mais pas seulement. Qu'elle conçoive des chambres d'hôtel décalées (l'enseigne HI à Nice, Paris et Nefta, en Tunisie), du mobilier (pour Dunlopillo, Danese, Modular, Edra), des pelles à tarte (avec le pâtissier parisien Pierre Hermé), des accessoires de table (Alessi) ou de la signalétique urbaine (à Fontevraud, dans le Val de Loire), on identifie aisément sa signature, quoi qu'elle en dise. Pour s'en convaincre, il suffira de parcourir l'épaisse monographie (350 pages), première du genre, que publiera cet hiver le grand éditeur italien Rizzoli. Ou de se plonger dans le Blobterre, une drôle d'installation végétale qu'elle vient d'inaugurer à Beaubourg, à Paris (jusqu'au 5 mars prochain). Car l'univers de cette workaholic avouée est reconnaissable entre mille. Un goût des formes ludiques, une méfiance à l'égard du beau institutionnel, une palette de couleurs vitaminées qui concourent à une vision optimiste de l'habitat. Son refus presque systématique des matériaux nobles tout comme son peu d'appétence pour l'art de vivre à la française l'ont étiquetée designer d'avant-garde, tendance bobo. Exemple : son pouf Barbès, conçu dans les années 2000 à partir d'un cabas en plastique utilisé dans les quartiers populaires de Paris. Pour elle, c'est simplement une manière d'" être en prise avec la vie d'aujourd'hui " car " le design n'est pas fait pour brosser dans le sens du poil ". Depuis qu'elle est mère de deux bambins, Popline et Arto, on ne cesse de lui rappeler que ses objets moulés dans du plastique fuchsia ou vert pomme sont décidément très enfantins, voire régressifs. Elle s'en défend, peu encline à embrayer la marche arrière ni à jouer à la marchande kidult. En privé, elle écoute plus volontiers Laurent Garnier et Philippe Katerine que Radio Nostalgie. Mais, quitte à parler tradition, elle opte pour les chicons au jambon, un plat du terroir que sa mère préparait dans la ferme familiale en Champagne. C'est là, dans la Marne, que Matali, née Nathalie en 1965, a grandi avec son frère, sa s£ur jumelle et ses parents, exploitants agricoles, avant de monter à Paris. Philippe Starck sera son mentor, mieux, elle travaillera à ses côtés de 1993 à 1998 pour le fabricant Thomson Multimédia. Il lui en est resté un sens habile de la communication, l'ego démesuré en moins. Au fameux Salon du meuble de Milan, elle se fait remarquer une première fois à la fin des années 90 avec un lit d'appoint en feutre appelé " Quand Jim monte à Paris ". Une alternative bizarroïde au clic-clac présenté sous la forme d'un totem vertical qui sert, au choix, de tapis, de paravent ou de sculpture. " La modularité m'intéresse car on ne vit plus en segmentant les activités. Dormir d'un côté, travailler de l'autre et manger un peu plus loin, c'est une vision figée. Je préfère me pencher sur la dynamique de la vie et apporter des notions d'hospitalité ou de partage. " Pour inventer l'avenir, friendly Matali a d'ailleurs choisi un lieu de vie quasi communautaire dans une arrière-cour parisienne aux allures d'îlot privé où les voisins sont " pluggés " les uns aux autres. Altruiste, généreuse, Matali, qui ne dit jamais de mal de ses confrères, serait-elle certifiée zéro défaut ? " Je suis rancunière, avoue-t-elle. Comme je donne beaucoup, quand je suis déçue, ça passe mal. " Ouf ! PAR ANTOINE MORENO" LA MODULARITÉ M'INTÉRESSE CAR ON NE VIT PLUS EN SEGMENTANT LES ACTIVITÉS. "