To be or not to be... in London, Cologne, Paris, New York, Courtrai ou Milan ? La question taraude les jeunes designers tout au long de l'année. Une présence à ces grands raouts du style où se bousculent les éditeurs renommés, les créateurs stars et la presse spécialisée du monde entier semble de prime abord indispensable. Dans un monde idéal, tapissé de rêves et meublé d'espoirs les plus fous, c'est sur ces salons qu'à la suite d'un entrefilet dans un magazine prestigieux, les directeurs artistiques des grands noms du design découvrent et surtout décident d'éditer les talents de demain. Dans la vraie vie, il est bien rare que les choses se concrétisent aussi vite. Et l'investissement - lourd pour un débutant qui a déjà parfois bien du mal à financer ses prototypes - ne s'avère pas toujours payant. Du moins... immédiatement.
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To be or not to be... in London, Cologne, Paris, New York, Courtrai ou Milan ? La question taraude les jeunes designers tout au long de l'année. Une présence à ces grands raouts du style où se bousculent les éditeurs renommés, les créateurs stars et la presse spécialisée du monde entier semble de prime abord indispensable. Dans un monde idéal, tapissé de rêves et meublé d'espoirs les plus fous, c'est sur ces salons qu'à la suite d'un entrefilet dans un magazine prestigieux, les directeurs artistiques des grands noms du design découvrent et surtout décident d'éditer les talents de demain. Dans la vraie vie, il est bien rare que les choses se concrétisent aussi vite. Et l'investissement - lourd pour un débutant qui a déjà parfois bien du mal à financer ses prototypes - ne s'avère pas toujours payant. Du moins... immédiatement. Ils étaient pourtant treize, Wallons et Bruxellois, à tenter ensemble l'aventure de l'export lors du très hype salon londonien " 100 % Design ", du 21 au 24 septembre dernier. A l'initiative de ce déplacement collectif : la toute nouvelle agence Wallonie-Bruxelles Design/Mode (1) qui ambitionne de promouvoir et d'aider les créateurs du sud du pays comme le fait Design Vlaanderen depuis des années pour les designers flamands. " Nous avions reçu 25 dossiers de candidature, souligne Leslie Deproote, l'une des trois responsables de WBDM. Le jury de sélection de "100 % Design" en a retenu 13. " Une belle prouesse quand on sait qu'il ne s'agit pas ici d'un salon " off " réservé à la jeune création. Mais d'une vitrine internationale où l'on pouvait croiser, entre autres, dans les allées, Jasper Morrison, Tom Dixon et l'équipe de " scouting " du Conran Shop ou d'Habitat toujours à l'affût de nouveautés. Avant de poser le pied sur le sol britannique, chacun des élus belges avait d'abord reçu un coaching à l'exportation. " Car bien souvent, ces jeunes designers sont bourrés de talents, mais incapables de se vendre - ils ne savent parfois même pas mettre un prix sur leur création - ni de présenter leur activité ", détaille Philippe Suinen, directeur général des Relations internationales Wallonie-Bruxelles et de l'Awex. Ajoutez à cela un subside public de 100 000 euros pour financer le stand de 115 m2 et les voilà prêts à séduire et à convaincre les dizaines de milliers de visiteurs, passionnés de design et d'aménagement d'intérieur. " Ici, vous croisez beaucoup de gens aisés qui recherchent une pièce unique pour leur intérieur ", remarque Michaël Bihain. Toute la journée, ce diplômé en design d'intérieur de Saint-Luc, à Liège, a démontré la modularité parfaite de ses nouvelles étagères en bois, découpées au laser et construites à partir de cinq pièces différentes seulement. Une simplicité apparente qui permet à ce charpentier de formation de produire lui-même cet élégant système de rangement. " J'ai déjà reçu des commandes, sourit-il. C'est l'avantage de l'autoédition. Mais ce n'est pas toujours possible. " C'est d'ailleurs dans l'espoir de séduire un producteur que Michaël Bihain présentait aussi une version simplifiée, en plastique cette fois, de son " panier à fruit mural " initialement imaginé à partir de feuilles de métal. Nicolas Bovesse, quant à lui, a revu sa copie pour sa table basse, remplaçant le bois par du métal thermolaqué. Des frères Bouroullec (lire aussi pages 48 à 52), pour lesquels il a travaillé comme stagiaire à Paris, il a appris l'art de laisser mûrir les idées... et de les remettre sur le métier. Comme celles du célèbre duo breton, ses créations oscillent subtilement entre production de masse et édition limitée. Ainsi, sa nouvelle Table pour Dames est assemblée à partir de blocs de noyer et d'érable de longueur aléatoirement fixée par la machine à découper. " Il n'y en a pas deux identiques, souligne Nicolas Bovesse. De même, son usage n'est pas fixe. Elle fait entrer le jeu dans l'habitat, mais elle peut aussi remplir le rôle d'une simple table d'appoint. " Surfant sur la tendance du design exclusif, basé sur des savoir-faire parfois en voie de disparition, Nicolas Bovesse a aussi imaginé une ligne de céramiques élégantes et pures, tournées à la main par le céramiste français de Vallauris, Claude Aïello. " Ce sont des objets uniques et sériels à la fois, poursuit le jeune créateur. Beaux aussi grâce aux petits défauts du fait main. " Passer de l'artisanat à l'industriel implique aussi de savoir lâcher prise, d'accepter les compromis, les simplifications inhérentes aux processus de production. A l'optimalisation des coûts, surtout. Amoureuse de son mobilier mobile, l'architecte d'intérieur et styliste Pinky Pintus n'a de cesse de l'améliorer. " J'ai mis au point cette technique modulaire et depuis, je la décline en différentes versions, précise le jeune Liégeoise. A chaque salon, c'est la même chose : mon travail séduit, les gens sont enthousiastes. Mais moi, je ne mesure pas le temps que je passe à fabriquer ces modèles uniques. Ils sont sans doute très complexes à mettre en £uvre. Je n'arrive pas à les abandonner. Ce sont un peu mes bébés. " Annick Schotte, qui présentait de toutes nouvelles assises, entre la chaise longue et le fauteuil, vêtues de couettes dans lesquelles on peut même s'envelopper l'hiver, espère que " 100 % Design " lui portera chance, comme lors de sa dernière visite à Londres, en 2003. " C'est ici qu'Helium Concept, mon studio de création, a vraiment été boosté, rappelle-t-elle. Mon pouf Do-Nuts y a trouvé un éditeur. Le salon n'est pas trop grand, les visiteurs ont le temps et sont vraiment intéressés. " Derrière ses Demoiselles, Annick Schotte a aussi posé à même le mur ses nouvelles lampes aériennes, en toile de bateau cintrée. A deux pas de là, c'est le portemanteau de Big Game qui s'appuie lui aussi négligemment sur la cloison. Un prototype qui, avant même d'être montré, a déjà trouvé éditeur comme les deux autres produits que le collectif belgo-suisse a choisi de présenter lors de ce salon. " Ici, nous voulons plutôt illustrer notre méthode de travail, explique Elric Petit, le Belge du quatuor. En ce moment, nous travaillons à des commandes pour deux sociétés, française et britannique. C'est notre démarche qui les a séduits. " En moins de deux ans, le groupe a déjà sorti trois " collections ", soit des séries d'objets liés à un " code " défini. Ligne Roset, le belge Vlaemsch et la galerie Kreo à Paris y ont fait leur marché. Leur nouveau projet énigmatiquement baptisé " 716 " sera dévoilé au Centre culturel suisse lors du Salon du meuble de Milan, en avril prochain. L'intérêt de porter parfois une " double casquette " est évident. Belge à Londres. Suisse à Milan. Bruxellois un jour. Peut-être Flamand le lendemain, il suffit parfois simplement que l'éditeur s'en mêle... La fragmentation politique de notre petit pays se reflète dans les étiquettes que cumulent souvent les créateurs, qui leur permettent de grappiller comme ils le peuvent diverses sources de subvention. " Certains s'en plaignent, mais on peut y voir aussi une multiplication des opportunités, note Leslie Deproote de WBDM. Comme elle vient de le faire pour Londres, la toute jeune cellule enverra aussi une autre délégation à la Biennale du Design de Saint-Etienne en novembre prochain. Et rien à Courtrai ? " Notre mission est de favoriser l'exportation, la visibilité à l'étranger ", justifie Katja Low, aussi responsable de WBDM. En coulisses, on nous assure être bien conscients de la venue lors de la Biennale Interieur qui s'ouvre ce 13 octobre des plus grands opérateurs internationaux du marché. La piste d'une présence en Flandre n'est pas définitivement rejetée. Il reste deux années pour y songer. (1) WBDM est une émanation des Relations internationales Wallonie-Bruxelles, de l'Awex (Agence wallonne à l'exportation) et du ministère de la Communauté française. Isabelle Willot