Béatrice Balcou

Béatrice Balcou (1976, Tréguier, France) vit et travaille à Bruxelles. Une paire de gants blancs déposée sur le plan de travail de son atelier résume son approche plastique. Cette plasticienne "prend des gants" pour déployer sa pratique. Porter son attention sur l'oeuvre d'un artiste tiers choisi par ses soins, voilà comment on pourrait décrire son propos. Pour le comprendre, elle fait le récit d'une anecdote vécue en 2015 à New York. "J'étais allée voir la Frick Collection, non loin de Central Park. Dans une petite pièce, il y avait une magnifique peinture flamande. Celle-ci était accompagnée d'une copie à la valeur nettement inférieure, du moins aux yeux du marché. Les teintes et les drapés étaient grossiers. Pourtant, d'autres éléments compensaient cet état de choses. D'abord, cette toile avait été achetée par la fille du collectionneur qui entendait prolonger par-là l'oeuvre du père. Ensuite, cette copie témoignait du travail de l'un de c...

Béatrice Balcou (1976, Tréguier, France) vit et travaille à Bruxelles. Une paire de gants blancs déposée sur le plan de travail de son atelier résume son approche plastique. Cette plasticienne "prend des gants" pour déployer sa pratique. Porter son attention sur l'oeuvre d'un artiste tiers choisi par ses soins, voilà comment on pourrait décrire son propos. Pour le comprendre, elle fait le récit d'une anecdote vécue en 2015 à New York. "J'étais allée voir la Frick Collection, non loin de Central Park. Dans une petite pièce, il y avait une magnifique peinture flamande. Celle-ci était accompagnée d'une copie à la valeur nettement inférieure, du moins aux yeux du marché. Les teintes et les drapés étaient grossiers. Pourtant, d'autres éléments compensaient cet état de choses. D'abord, cette toile avait été achetée par la fille du collectionneur qui entendait prolonger par-là l'oeuvre du père. Ensuite, cette copie témoignait du travail de l'un de ces peintres itinérants qui faisaient voyager les tableaux des grands maîtres. Il y a une certaine beauté à refaire l'oeuvre de quelqu'un d'autre." Inspirée par cet épisode, la Française conçoit des "oeuvres placebo" et des "cérémonies". "OEuvres placebo"? Il s'agit de copies en bois réalisées pour évoquer des opus d'autres artistes. Et les "Cérémonies"? Des performances que Balcou propose à un public restreint durant lesquelles elle manipule la pièce. Ses gestes entendent créer un espace-temps propice à une contemplation collective. beatricebalcou.com C'est sur le tard, à 50 ans, qu'Olivier Pestiaux (1958, Charleroi) a fait son entrée officielle dans le champs plastique. A l'origine de sa pratique, un drame, un accident de voiture, dans lequel il est impliqué, entraînant la perte de sa soeur. La tragédie inscrit en lui au fer rouge la date du 28 septembre 1996. Architecte ayant délaissé sa formation originale au profit des technologies de l'image, Pestiaux se met, un an après la plaie douloureuse, à dessiner de manière compulsive. Ce qui met le feu aux poudres est un crayonné initial, réalisé de manière quasi inconsciente, représentant une "voiture en chute". "Ce dessin a agi comme un électrochoc sur moi", raconte l'intéressé. Pendant 18 années, il va noircir des carnets rouges "de façon thérapeutique", comme il l'explique. Dix-huit d'entre eux constitueront le propos de son premier accrochage à l'intitulé révélateur: Gratitude. Remarqués, les travaux en question vont l'amener ailleurs, fidèles en cela à sa fascination pour le concept de "bifurcation" qui occupe une place centrale dans son oeuvre. L'IRSA, l'Institut Royal pour Sourds et Aveugles, lui propose d'imaginer un atelier en ses murs. Olivier Pestiaux embarque plusieurs non-voyants dans une aventure conceptuelle de portraits graphiques sollicitant l'intelligence de la main. Percutant et rythmé, le résultat bouleverse en ce qu'il produit un nouveau registre d'images au coeur d'une société qui en est saturée. Une résidence au Château de Thozée, ancienne demeure de Félicien Rops, a poussé son oeuvre à embrasser la richesse formelle du vivant. C'est un très beau travail que celui de Florian Kiniques (1988, Namur). Une oeuvre nourrie au silence, à l'absence, aux mots, aux diapositives et, surtout, à la subtilité. Exactement ce que l'époque redoute le plus, elle qui entend dire tout de manière permanente, obscène, et si possible en temps réel. Le désir premier de ce plasticien était la peinture mais trois années aux beaux-arts de Bruxelles ne lui ont pas fourni la "liberté" qu'il cherchait. Il se frotte alors à la section "Art dans l'Espace Public" dont les contours plus vastes lui permettent d'expérimenter davantage en abordant d'autres médias. Il délaisse ses pinceaux pour un carnet de notes, où il consigne des fragments de textes. Une conversion s'opère, les mots deviennent la matière même de son travail. Kiniques joue avec le langage mais également avec les transcriptions formelles d'un lexique qu'il glane au fil de ses rencontres. Une approche conceptuelle? Plutôt, comme en témoignait Out of office, une expo emblématique qui reposait sur la découverte hasardeuse d'une carte postale, représentant une sculpture de Jacques De Braekeleer intitulée L'Attente, et tenait du roman policier. Intrigué par cette oeuvre, Kiniques s'est mis en tête d'en retrouver la trace. En vain. Ce vide, l'artiste l'avait comblé à coups de mots et de choses comme autant de circonvolutions imaginaires. En 2020, le plasticien a imaginé une suite à la proposition entre autres par le biais d'une sculpture en marbre de mazy, le marbre le plus noir au monde, soit trois points à comprendre comme la transposition dans l'espace tridimensionnel d'un signe typographique marquant le fait d'être en suspens. instagram.com/florian.kiniques/