Elle en rêvait depuis longtemps - une fine branche devenue liane qui ceindrait un doigt, pendrait au lobe d'une oreille avec légèreté. Mais il lui fallait du sens, une symbolique, une phrase qui ne sonne pas creux, parle des deux pieds sur terre et de rêve aussi. Elle a fini par tomber sur ce bout de poème de Guillevic, " Je ne veux plus être nuage, je veux être arbre et m'en tenir à mon terrain ". Alors Isabelle Lenfant s'est enfin autorisée à créer ses bijoux-branches dans l'argent le plus pur ou l'or 18 ...

Elle en rêvait depuis longtemps - une fine branche devenue liane qui ceindrait un doigt, pendrait au lobe d'une oreille avec légèreté. Mais il lui fallait du sens, une symbolique, une phrase qui ne sonne pas creux, parle des deux pieds sur terre et de rêve aussi. Elle a fini par tomber sur ce bout de poème de Guillevic, " Je ne veux plus être nuage, je veux être arbre et m'en tenir à mon terrain ". Alors Isabelle Lenfant s'est enfin autorisée à créer ses bijoux-branches dans l'argent le plus pur ou l'or 18 carats, délicats et enracinés à la fois. Avec elle, rien n'est jamais hasardeux. Pas même les diamants verts presque cachés au creux des n£uds de cette boucle d'oreille brindille qui rappellent les feuilles de son ficus, lequel lui servit de modèle pour mouler ces merveilles ramifiées. On la sait amoureuse des livres, de la philosophie, des vieilles maisons de couture, des fêlures de la vie qui griffent aussi les bijoux, des poètes de tous bords, des miroirs brisés et des calligraphies d'Hassan Massoudy. On la devine perfectionniste et fragile, c'est d'ailleurs son logo, mais sans " e ", avec ses initiales en majuscule, le " I " déchiqueté en son c£ur. Isabelle Lenfant ne fait jamais mystère de ses émotions. Et si son impérieux besoin de ciseler des égratignures puis de limer et de polir à la main ses heART jewels, et si son envie de répéter " panse avec le c£ur, l'essentiel est invisible pour les yeux ", et si sa manière unique de signer une nouvellecollection hors de toute saison, et si tout cela, et le reste, était la plus belle façon de mettre en ordre ses obsessions ? Lesquelles, pour le coup, semblent s'être également muées en trois bague-miroir cassé, avec éclats de diamants parfois, pour les brisures, parce qu' " il faut être tel qu'on n'ait pas à rougir devant son miroir ", même fracassé. Ajoutés à cela, six pendentifs Échec - une Reine, un Fou, un Roi, un Cheval, une Tour, un Pion -, parce que " Dans la vie, contrairement aux échecs, la partie continue après échec et mat " (Isaac Asimov) et que " Le seul et unique échec, c'est lorsqu'on arrête d'essayer " (Walt Disney). Le miracle, avec les bijoux d'Isabelle Lenfant, c'est qu'ils s'emboîtent admirablement, tout comme les pièces d'un puzzle qui esquisseraient son portrait, le mien, le vôtre, celui d'Elodie Ouedraogo, athlète belge, médaillée d'argent au 4 X 100 mètres, aux Jeux olympiques en 2008 et ci-devant modèle en harmonie. Isabelle Lenfant, à la Collectors Gallery, 17, rue Lebeau, à 1000 Bruxelles. Tél. : 02 511 46 13. www.i-l.beANNE-FRANÇOISE MOYSON