Pour être top model, il a toujours fallu cumuler plastique avantageuse et jambe bien faite. Mais avant, à ces conditions nécessaires et pas suffisantes s'ajoutait celle d'un inaltérable sens du glamour. Les prétendantes aux couvertures des magazines se devaient donc d'avoir le cheveu parfaitement brushé, le mec sympa et malgré tout très beau au bras, le total look griffé même pour aller chercher le petit à l'école sous l'oeil attendri des paparazzis... Et on pourrait continuer, pour les plus motivées d'entre elles...

Pour être top model, il a toujours fallu cumuler plastique avantageuse et jambe bien faite. Mais avant, à ces conditions nécessaires et pas suffisantes s'ajoutait celle d'un inaltérable sens du glamour. Les prétendantes aux couvertures des magazines se devaient donc d'avoir le cheveu parfaitement brushé, le mec sympa et malgré tout très beau au bras, le total look griffé même pour aller chercher le petit à l'école sous l'oeil attendri des paparazzis... Et on pourrait continuer, pour les plus motivées d'entre elles, avec l'engagement en faveur des démunis, le jus de citron chaud et le thé vert du matin ou encore la conscience éthique. Claudia Schiffer, époque " plutôt à poil qu'en fourrure ", est sans doute la figure tutélaire ultime de cette époque bel et bien révolue. Parce que deux décennies plus tard, les codes ont radicalement changé. Désormais, ce qui compte avant tout, c'est de se dé-mar-quer, répète-t-on dans les agences de mannequins. D'avoir " une vraie gueule et de la personnalité ". Du coup, c'est à celle qui publiera le plus de photos d'elle tirant la langue, osera la colo la plus improbable ou aura le jeans le plus... rien du tout - entendez ni slim, ni flare, ni boyish, ni taille basse, etc. L'exemple que la jeune garde a en ligne de mire ? Celui de Cara Delevingne, nouvelle tête de pont des podiums, qui s'affiche en baskets et sweat-shirts avachis et portait le jogging à trous comme personne lors du dernier défilé Chanel, présenté en mars dernier dans un décor de supermarché. C'est qu'en ce moment, tout se passe comme si trop de branchitude avait tué la branchitude. A force que tout le monde se nourrisse de quinoa et boive du cidre bio dans des néo-cantines, se laisse pousser une barbe de hipster ou s'habille vintage, la seule manière de sortir du lot est de rejeter en bloc tous ces marqueurs sociaux qui n'en sont plus. Fiona Duncan, journaliste au New York Magazine, a même trouvé un vocable pour étiqueter la nouvelle tendance et ses adeptes : " normcore ", contraction de " normal " et " hardcore ", soit l'ultrabanalité érigée en concept - avec tout ce que cela comprend de paradoxal. Sans tomber dans ce snobisme ultime qui consisterait à travailler sa non-originalité, on peut ne retenir que le bon côté des choses et s'octroyer un peu de laisser-aller. Par exemple en adoptant les chaussures plates, à nouveau en grâce après des années d'hégémonie des talons hauts (lire notre dossier). Gaffe, toutefois, à ne pas en faire un nouveau diktat... Delphine KindermansL'ultra-banalité érigée en concept, avec tout ce que cela comprend de paradoxal.