Si c'est une simple coïncidence, elle en dit long sur les différentes voies, parfois diamétralement opposées, que peut emprunter un même besoin d'émancipation de la parole. Au lendemain du manifeste antisexiste des artistes des Golden Globes paraissait cette fameuse tribune du Monde, dans laquelle une centaine de personnalités soutenaient que " la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d'importuner ". Pas trois jours après, pas la semaine suivante, mais 24 heures plus tard. Soit un continuum tempo...

Si c'est une simple coïncidence, elle en dit long sur les différentes voies, parfois diamétralement opposées, que peut emprunter un même besoin d'émancipation de la parole. Au lendemain du manifeste antisexiste des artistes des Golden Globes paraissait cette fameuse tribune du Monde, dans laquelle une centaine de personnalités soutenaient que " la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d'importuner ". Pas trois jours après, pas la semaine suivante, mais 24 heures plus tard. Soit un continuum temporel qui démontre à quel point les remous résultant du tsunami Weinstein ne tourbillonnent pas dans une direction unique. Mais s'il s'agit d'un mouvement dont les vagues s'entrechoquent plutôt qu'elles ne s'unissent pour saper ensemble les bastions du sexisme, il ne faudrait pas pour autant que le féminisme s'en trouve miné de l'intérieur. C'est ce que rappelait maladroitement la réalisatrice Maïwenn, face caméra : " Par pitié, arrêtons de nous juger les unes les autres (...) soyons unies. " Un voeu qu'exprimait également, avec davantage d'aplomb, l'ancienne ministre française de la Justice dans Libération, le 29 janvier dernier, puis sur les ondes d'Europe 1. Certes, Christiane Taubira ne partage pas les vues des signataires de la carte blanche polémique : " Le harcèlement dénoncé par les femmes aujourd'hui n'est pas Le jeu de l'amour et du hasard. Ce n'est pas du marivaudage ", accuse celle qui a claqué la porte du gouvernement Hollande. Pour elle, les comportements mis en cause ne sont pas le fait de quelques individus évoluant dans un milieu privilégié à l'encontre de personnes " armées psychologiquement, intellectuellement, mentalement et même juridiquement pour se protéger " mais une réelle violence frappant des victimes démunies. Mais l'ex-garde des Sceaux insistait par ailleurs sur la nécessité d'éviter une " guerre des tranchées ", arguant que " l'expérience de la minorité " amplifie les mécanismes de défense, c'est vrai, mais " développe aussi la solidarité ", du moins en principe. Il est évidemment trop tôt pour prédire ce que l'histoire retiendra des hashtags #balancetonporc et #metoo, bien que les experts rencontrés pour la réalisation de ce numéro du Vif Weekend évoquent à l'unanimité " le début de quelque chose " et y voient des déclencheurs " de mobilisations encore plus grandes ". Il serait dommage, en tout cas, que des querelles intestines viennent gâcher cet élan.