Dans son appartement parisien, une valise est posée, béante, sur le canapé. Roland Herlory, revenu le matin même de Hong Kong, s'envole cet après-midi vers un autre méridien. Le dirigeant passe son temps dans les airs depuis qu'il a été propulsé, il y a trois ans, à la tête de Vilebrequin. Etrange appellation pour une marque de maillots. " Elle a été créée par un passionné d'automobile ", rappelle devant une tasse de thé, le quinquagénaire, tenue décontractée et silhouette svelte. Malgré l'heure qui tourne et le smartphone qui vibre à répétition, le CEO raconte, posément, l'histoire détaillée de la firme à la tortue. Il prend son temps. L'homme n'aime pas jouer les gars pressés. Question de tempérament mais peut-être aussi de stratégie. " Le patient use toujours l'i...

Dans son appartement parisien, une valise est posée, béante, sur le canapé. Roland Herlory, revenu le matin même de Hong Kong, s'envole cet après-midi vers un autre méridien. Le dirigeant passe son temps dans les airs depuis qu'il a été propulsé, il y a trois ans, à la tête de Vilebrequin. Etrange appellation pour une marque de maillots. " Elle a été créée par un passionné d'automobile ", rappelle devant une tasse de thé, le quinquagénaire, tenue décontractée et silhouette svelte. Malgré l'heure qui tourne et le smartphone qui vibre à répétition, le CEO raconte, posément, l'histoire détaillée de la firme à la tortue. Il prend son temps. L'homme n'aime pas jouer les gars pressés. Question de tempérament mais peut-être aussi de stratégie. " Le patient use toujours l'impatient ", disait l'écrivain Paul Morand. Au fil de l'entretien, il vous demande votre opinion sur la dernière exposition au centre Pompidou. Sait-on jamais. Vos réponses sont des nutriments potentiels pour cet esprit curieux. " Il ne faut jamais tomber dans la routine ", préconise le décideur. Et la saga Vilebrequin alors ? Selon la légende, c'est en 1971, à Saint-Tropez, que Fred Prysquel, journaliste et amateur de cylindrées, eut la révélation. Un short de surfeur californien qui trancherait avec la mode des micro-maillots de l'époque. On connaît la suite. Le boxer des lagons devient la référence bon chic bon genre, les stocks s'écoulent, l'affaire est rentable. Bref, un business qui tourne rond mais ronronne, estime G-III, le groupe américain qui a racheté la marque en 2012. Roland Herlory sera chargé de sortir le label de sa torpeur. Et, depuis sa nomination, il n'a pas ménagé sa tâche. Ouverture en cascade de nouvelles boutiques, lancement d'une collection Femme et, à partir de cet automne, d'une gamme ski avec doudounes et coupe-vent ouatés. Le repositionnement est radical mais " entrer dans un nouvel univers demande de la prudence, estime-t-il. Il ne faut pas abîmer ce qui fait l'ADN de la maison. La matière, par exemple. Notre polyamide est d'une douceur exceptionnelle. C'est un des aspects de notre identité que nous nous devons de conserver. L'innovation consiste à chercher dans sa propre histoire ". Ce qu'il appelle " la fidélité au passé ". Un enseignement que l'homme d'affaires doit à son mentor et ex-employé, Jean-Louis Dumas, ancien président, aujourd'hui disparu, d'Hermès - " C'est là que j'ai grandi et passé l'essentiel de ma vie. " Vingt-trois ans de collaboration, un bail. Chez le sellier, il gravira les échelons jusqu'à occuper le poste suprême de directeur commercial monde. L'aventure s'achève en 2011. " Je ne regrette rien, c'était un cycle de vie ", affirme un brin philosophe cet adepte de yoga. Il voit son arrivée chez le fabricant de beachwear comme une continuité. " Vilebrequin a l'obsession de l'excellence. Il n'y a aucun compromis sur la qualité ", insiste-t-il. Sa dernière fierté est un maillot dont le motif reproduit une photographie de Massimo Vitali, qui s'est rendu célèbre pour ses clichés éthérés de plage. " Nous avons organisé une séance de prise de vue spécialement pour le projet car nous avions une idée très précise de ce que nous voulions ", souligne l'amateur d'art qui ne loupe jamais une édition de Art Basel. A Saint-Barthélemy, où il séjourne une partie de l'année, il a ouvert une galerie, aujourd'hui en suspens. A Paris, des oeuvres de Gavin Turk, Aurélie Nemours ou Jota Castro occupent le moindre recoin de son intérieur - " L'art a la vertu de créer de l'inconfort et du questionnement, c'est très important. " Après son expérience avec Massimo Vitali, il songe déjà à une nouvelle collaboration. Le casting n'a pas encore commencé mais pour agrémenter un maillot de bain, on lui suggère évidemment Damien Hirst et ses requins plongés dans le formol. PAR ANTOINE MORENO" Il ne faut jamais tomber dans la routine. "