Avant, les amateurs de sensations allaient voir ce qui se passait à New York ou à Londres, capitales respectives de la hype nec plus ultra et de la rock'n'roll attitude. En comparaison, Paris apparaissait gris, ses habitants maussades, " jamais contents ", et la vie nocturne neurasthénique. Aujourd'hui, il y a toujours plus de soleil à New York, c'est un fait, mais on est à nouveau satisfait de visiter Paris. Un vent de renouveau souffle depuis deux ou trois ans sur la capitale de l'Hexagone. Il reprend les thèmes chers aux c£urs des Français : la cuisine, la mode et l'amourà de l'art. L'autre bonne nouvelle ? Ces initiatives s'aventurent hors du Paris du luxe et des touristes, du triangle d'or (Ie et VIIIe arrondissements) et du carré germanopratin (VIe et VIIe arrondissements). L'Est et le Nord, du IIIe et XIXe arrondissements, en passant par les IXe, Xe, et le XIe aimantent désormais les faiseurs de tendances et leurs capitaux.
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Avant, les amateurs de sensations allaient voir ce qui se passait à New York ou à Londres, capitales respectives de la hype nec plus ultra et de la rock'n'roll attitude. En comparaison, Paris apparaissait gris, ses habitants maussades, " jamais contents ", et la vie nocturne neurasthénique. Aujourd'hui, il y a toujours plus de soleil à New York, c'est un fait, mais on est à nouveau satisfait de visiter Paris. Un vent de renouveau souffle depuis deux ou trois ans sur la capitale de l'Hexagone. Il reprend les thèmes chers aux c£urs des Français : la cuisine, la mode et l'amourà de l'art. L'autre bonne nouvelle ? Ces initiatives s'aventurent hors du Paris du luxe et des touristes, du triangle d'or (Ie et VIIIe arrondissements) et du carré germanopratin (VIe et VIIe arrondissements). L'Est et le Nord, du IIIe et XIXe arrondissements, en passant par les IXe, Xe, et le XIe aimantent désormais les faiseurs de tendances et leurs capitaux. L'art, d'abord, car c'est le plus étonnant. Galeries, fondations, institutions : les nouveaux lieux dédiés à l'art contemporain fleurissent dans Paris. Les jeunes galeries d'art et de design plébiscitent le haut du Marais (IIIe) et les XIXe et XXe, nouvel eldorado des bobos. L'année passée, deux poids lourds ont ouvert simultanément dans ces arrondissements. L'hôtel Mama Shelter - petits prix, grands moyens -, signé Philippe Starck pour Trigano, et le CentQuatre (ex-Pompes funèbres) porté par la Mairie de Paris. Avec ses 40 000 m2, le CentQuatre se présente comme une " Villa Médicis parisienne ", un lieu de production pour les artistes qui demeure ouvert au public et propose des happenings quotidiens. " On note une accélération des inaugurations. Une vingtaine de lieux ont ouvert l'année dernière à Paris, que ce soit des galeries privées ou des institutions publiques ", lance Eric Mézan, fondateur de l'agence Art Process. Ce passionné d'art contemporain organise depuis dix ans des parcours en " Art Bus " ou en " Art limousine " (pour la version VIP) dans les quartiers arty. Ou encore des " drinking with " et des " dining with " qui convient les artistes et les galeristes les plus en vue du moment. " Paris a rattrapé son retard sur Londres et New York. Elle a désormais ses galeries stars, qui pèsent sur le marché international et qui ont ouvert, comme Yvon Lambert, des succursales à New York et, plus récemment, à Londres. Mais la ville a aussi su garder sa spécificité : la diversité. Paris attire les artistes du monde entier ( NDLR : 25 000 artistes toutes disciplines confondues y habitent selon la Mairie de Paris) car les opportunités d'expositions sont considérables. Si Paris est la ville des gens de goût, c'est aussi celle de toutes les bourses. Le mini-prix, c'est le créneau des nouvelles galeries d'art comme Artwist ou Artup Déco. Côté photos, Lumas, Wanted et l'îil Ouvert proposent des tirages à partir de quelques centaines d'euros. Intello, jouissif et parfois spéculatif, l'art contemporain devient un hobby accessible à Paris. La preuve : à La Maison Rouge, au Louvre, à Drouot, les cours de rattrapage pour se forger l'£il affichent complet. Quant aux vernissages, c'est le sésame anticrise de l'hiver : ils n'ont jamais été aussi courus. S'il est un autre art qui " fait " Paris aujourd'hui, c'est celui de bien manger. L'assiette à Paris ? Tout un symboleà La nouveauté, c'est que la bonne chère prend ses aises. Pas seulement étoilée dans les palaces mais partout dans ces néo-bistrots branchés qui font le sel de Paname. C'est même devenu un véritable phénomène. Les jeunes chefs lookés comme des stars du rock font désormais la couverture des magazines. Il est parfois bien difficile de dîner à leur table. Un signe de succès qui ne trompe pas ! " Paris est superleader ", constate Alexandre Cammas, cofondateur et directeur du Fooding ( NDLR : un guide, des manifestations deux fois par an pour que chefs et public se rencontrent). " Les Parisiens ont compris avant les autres que la bonne cuisine ne se goûte pas forcément chez les grands chefs où il y a parfois autant de truffes dans l'assiette que de zéros à l'addition ! Le fooding - dont la première édition s'est déroulée en 2000 - est une caisse de résonance. Il soutient les chefs qui s'aventurent entre les étoiles et le bistrot. " Un exemple de l'inventivité à la française ? Les " caves à manger ", une nouvelle grande tendance. Au Nouveau Nez (XIe), au Chapeau melon (XIXe), à l'Arbre à vin (XIIIe) ou à la Cave de l'os à moelle (XVe), ce sont des cavistes qui concoctent à grignoter. Souvent un plat du jour unique et délicieux. Autre spécificité, les " cuisines d'auteurs ", ces jeunes chefs qui dépotent. Les plats Nouvelle Vague d'Inaki Aizpitarte au Chateaubriand (XIe), les tapas à tomber d'Alberto Herraiz au Fogon (VIe), la côte de b£uf fondante de Peter Nieslon à la Gazzetta (XIIe) ou encore les recettes délicieuses de William Ledeuil dans le loft arty chic de Ze Kitchen Galerie (VIe). " L'offre est telle qu'aujourd'hui, à Paris, bien manger c'est moins cher (14 euros le déjeuner au Chateaubriand) et moins normé qu'à Londres ou New York ", s'enthousiasme Alexandre Cammas. Autre signe du potentiel parisien, les palaces s'invitent dans la danse. Pas moins de trois ouvertures sont prévues dans les deux ans : la rénovation du Royal Monceau (par Starck qui ne quitte plus Paris, tant mieux), le Shangri-la, le Mandarin oriental. L'Est et le Nord, c'est aussi là que ça se passe pour les créateurs de mode. Même si, bien sûr, la rue Saint-Honoré, avec ses enseignes couture et ses concept-stores (Colette et Maria Luisa), demeure un must pour fashion addict. Très attendue prochainement l'ouverture de la Cité de la Mode et du Design, signée des architectes parisiens Jakob + Mac Farlane, quai d'Austerlitz dans le XIIIe, marque l'ancrage à l'Est d'une dynamique nouvelle. Cette initiative consacre le rapprochement de la mode et de la déco. Et l'intérêt grandissant des Parisiens pour le design. Une fringale confirmée par le nombre de showrooms de design de grandes marques étrangères récemment ouverts en leur nom propre : Moooi mais aussi Alessi et bientôt B & B Italia ou Moroso. Même sentiment pour le concept-store version bobo 2009 baptisé Merci et ouvert au 111, boulevard Beaumarchais : 1 500 m2 de mode et de déco dont les recettes permettront de créer un fonds pour l'enfance. Vêtements vintage chinés chez des stars, librairie où grignoter du bon et/ou bio, pièces déco uniquesà Merci confirme le succès du Haut-Marais (IIIe), " ce quartier branché parmi les branchés ", confirme Laure Watrin, coauteur de Une vie de pintade à Paris (Calmann-Lévy), ou comment décoder les us et coutumes et dénicher les bons plans de la Parisienne. Un quartier déjà connu pour ses galeries d'art contemporain et qui enregistre depuis deux ans le plus grand nombre d'ouvertures de boutiques à Paris. Il est devenu la vitrine des créateurs français : APC, Isabel Marant, Vanessa Bruno, Bontonà ont ouvert et, dans leur sillage, de nombreuses fripes chics à la new-yorkaise, des galeries de design vintage (50soixante70, Dansk) et des tables bio pour grignoter (Rose Bakery). Ni couture ni grande distribution, les " créateurs " forment en matière de mode une french touch qui s'exporte dans le monde entier. " C'est une spécificité française. A Milan, par exemple, ou à Berlin, on ne trouve pas cette diversité ", confie Laetitia Ivanez. La créatrice de la marque très en vogue Les Prairies de Paris a ouvert 200 m2 rue Debelleyme (IIIe). Les autres capitales ont des microboutiques ou des flag-ships imposants mais pas à Paris où on trouve beaucoup de petits créateurs talentueux dans des boutiques appétissantes. A commencer par la sienne, très arty-dandy dont le décor change régulièrement. Une liberté de ton, une esthétique, un croisement des genres qui fait penser à cette liberté jouissive que s'accorde Paris depuis quelques années et qui va crescendo. n Paris en pratique, pages 56 et 57.PAR SIXTINE DUBLY, CÉLINE BAUSSAY, NATHALIE NORT ET OLIVIER WACHÉ / PHOTOS : LUDOVIC MAISANT