L'illusion est parfaite. D'abord, il y a les photos de vacances dont l'arrière-plan exotique ne laisse planer aucun doute sur la véracité des faits. Ensuite, il y a les jolis souvenirs ramenés de là-bas (artisanat local, tee-shirts touristiques, journaux régionaux...) Et, enfin, il y a les anecdotes du cru. Sur le personnel de l'hôtel, les excursions haletantes, les repas épicés et les bars en vogue. Bref, le dossier est habilement ficelé pour satisfaire au mieux l'amateur de poudre aux yeux et lui assurer ainsi un maximum de crédibilité. Car évidemment tout est faux, audacieusement faux. Unique en son genre, l'agence Persée-Tour, à Moscou, s'est en effet donné pour mission exclu...

L'illusion est parfaite. D'abord, il y a les photos de vacances dont l'arrière-plan exotique ne laisse planer aucun doute sur la véracité des faits. Ensuite, il y a les jolis souvenirs ramenés de là-bas (artisanat local, tee-shirts touristiques, journaux régionaux...) Et, enfin, il y a les anecdotes du cru. Sur le personnel de l'hôtel, les excursions haletantes, les repas épicés et les bars en vogue. Bref, le dossier est habilement ficelé pour satisfaire au mieux l'amateur de poudre aux yeux et lui assurer ainsi un maximum de crédibilité. Car évidemment tout est faux, audacieusement faux. Unique en son genre, l'agence Persée-Tour, à Moscou, s'est en effet donné pour mission exclusive d'envoyer les gens virtuellement en voyage. Ou, plus exactement, de les aider à convaincre leur entourage qu'ils sont bel et bien partis en vacances à l'étranger. De préférence loin, très loin, destination la Chine, le Brésil ou l'Argentine. A quelles fins ? Les motivations sont diverses, mais elles ont toujours la tromperie pour dénominateur commun. Qu'il s'agisse d'épater ses amis, d'attirer l'attention de collègues indifférents ou de trouver le moyen efficace de quitter momentanément le domicile conjugal, cette drôle d'agence moscovite est là pour bétonner votre soi-disant bonne foi à coups de briefings précis et de justificatifs très concrets. Du genre : billets d'avion, réservations d'hôtel, tickets d'entrée de musée et, surtout, les preuves visuelles de votre expédition lointaine avec votre modeste personne en vedette sur l'image. Merci Photoshop ! Précieuses, ces preuves falsifiées ont évidemment un prix : 400 euros pour un scénario de base qui inclut le récit détaillé de votre voyage au jour le jour. Plus cher qu'un vrai petit week-end en amoureux, certes, mais franchement bon marché par rapport au prix exorbitant d'un circuit touristique en Amérique latine. Lancés il y a quelques mois à peine sur le marché russe, les forfaits virtuels proposés par Persée-Tour ont fini par rencontrer une demande bien réelle (NDLR : l'adresse Internet de l'agence n'est malheureusement accessible qu'avec des caractères cyrilliques). Le profil des clients se distingue généralement en deux catégories : d'une part, les carriéristes qui prennent cet ascenseur social déguisé pour se faire remarquer de leur chef dans l'espoir de se voir attribuer ainsi de nouvelles responsabilités, et, d'autre part, les femmes et les maris volages qui s'offrent, à prix raisonnable, une semaine de liberté coquine avec leurs amants/maîtresses respectifs. Si le concept du vrai faux voyage organisé est, en soi, une nouveauté sur le plan touristique, la commercialisation d'alibis sur mesure n'est pas, en revanche, une réelle invention. Depuis quelques années déjà, des agences spécialisées en la matière exercent en effet aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Espagne et même en Belgique puisque la petite équipe de Mona-Libi sévit, chez nous, depuis la fin de l'année 2003 (www.mona-libi.net). Fonds de commerce : le mensonge institutionnalisé via des inscriptions bidon à de vrais séminaires et de fausses réservations d'hôtel pour, je cite, " cultiver son jardin secret à l'abri des regards ". D'ailleurs, sur la page d'accueil du site, le sourire de Mona Lisa triomphe, comme une espèce d'" alibi code " énigmatique servant de tremplin idéal à une vie parallèle. Commode pour s'envoyer au septième ciel, entre réel et virtuel. Frédéric Brébant