Le paradoxe est là. Aujourd'hui, les familles ambitionnent de vivre dans un grand espace où chaque membre pourra s'épanouir en toute autonomie. " Il y a une individualisation des modes de vie, confirme Françoise Noël, sociologue à l'ULB. Aujourd'hui, les enfants ont, très jeunes, leurs propres réseaux d'amis et les couples ont des activités séparées bien plus que par le passé. " Mais, malgré ce besoin croissant de place, les ménages se retrouvent confrontés à un marché de l'immobilier en surchauffe, avec des prix surfaits - surtout dans la capitale et sa périphérie -, les obligeant à renoncer à leurs désirs. Certains quittent donc la ville, espérant trouver un nid adapté à leurs attentes et leur budget, en province. Ils devront néanmoins garder à l'esprit, en ces temps où les économies d'énergie sont sur toutes les lèvres, qu'une maison au gabarit compact subira moins de perte de chaleur et sera donc plus écologique. D'aut...

Le paradoxe est là. Aujourd'hui, les familles ambitionnent de vivre dans un grand espace où chaque membre pourra s'épanouir en toute autonomie. " Il y a une individualisation des modes de vie, confirme Françoise Noël, sociologue à l'ULB. Aujourd'hui, les enfants ont, très jeunes, leurs propres réseaux d'amis et les couples ont des activités séparées bien plus que par le passé. " Mais, malgré ce besoin croissant de place, les ménages se retrouvent confrontés à un marché de l'immobilier en surchauffe, avec des prix surfaits - surtout dans la capitale et sa périphérie -, les obligeant à renoncer à leurs désirs. Certains quittent donc la ville, espérant trouver un nid adapté à leurs attentes et leur budget, en province. Ils devront néanmoins garder à l'esprit, en ces temps où les économies d'énergie sont sur toutes les lèvres, qu'une maison au gabarit compact subira moins de perte de chaleur et sera donc plus écologique. D'autres décident tout de même de rester dans un logement urbain. " Il s'agit surtout des jeunes, des couples sans enfants, des personnes âgées célibatairesà, énumère Françoise Noël. A Bruxelles, la population immigrée compte aussi beaucoup de familles, parmi les Européens notamment, qui sont plutôt pro-urbaines. Elles aiment l'animation, l'ambiance de la capitale. " Parmi tous ces amoureux de la ville, la plupart devront évidemment opter pour des espaces plus réduits que ceux rêvés. Mais cette notion de petitesse est, en réalité, toute relative. " On ne peut pas dire, chez nous, que les espaces sont si étriqués que ça quand on voit la situation de Paris par exemple, estime Françoise Noëlà Là-bas, les gens vivent véritablement dans des logements minuscules. Tant et si bien que cela influe sur leurs pratiques : la sociabilité est beaucoup plus extérieure que chez nous, on ne reçoit plus chez soi, on sort plusà "L'architecte bruxellois Pierre Blondel, spécialisé notamment dans les logements collectifs, quantifie ce propos : " Pour le logement social, la norme en Belgique est tout de même raisonnable, au vu des autres pays, avec environ 50 m2 pour un appartement avec 1 chambre, 80 m2 pour 2 chambres et 90 m2 pour 3 chambres. Depuis le début du xxe siècle, ces valeurs n'ont cessé de grimper. Côté logement privé, il est vrai qu'on observe une diminution des surfaces. Avant, un " 3 chambres " faisait environ 140 m2. C'est moins aujourd'hui mais cela reste très correct. "Si l'on excepte bien sûr les situations les plus critiques, notre position est donc relativement enviable. D'autant plus que ces espaces, même réduits, peuvent être aménagés de manière très confortables s'ils sont pensés en connaissance de cause par un professionnel. " Avec 80 m2 pour deux chambres, on peut faire quelque chose de bien, insiste Pierre Blondel. Cela dépend avant tout des critères que l'on maîtrise... Si un promoteur qui veut rentabiliser sa parcelle nous impose des entités de 15 m de profondeur sur 5 m de largeur de façade, ce sera très compliqué car le centre de l'habitation restera sombre. " Le concepteur dénonce dans la même veine les lofts, " la plus grande arnaque du xxe siècle ", qui donnent aux gens l'impression d'avoir acquis un bien spacieux alors que, selon lui, la profondeur démesurée et le peu d'éclairage naturel rendent ce lieu étriqué et peu exploitable. De son côté, Vincent Pierret du bureau d'architectes Ledroit-Pierret-Polet, auteur de quelques projets mini en ville, estime également que c'est l'aménagement, plus que la taille de l'endroit, qui en fera un lieu exigu ou pas. " Quand on a un espace plus petit que celui espéré par le propriétaire, il faut décortiquer ses envies en détail et remettre le rôle de toutes les pièces en question. Il faut aussi bien réfléchir aux circulations entre celles-ci car elles occupent parfois trop de place. " Et son confrère Pierre Blondel de renchérir : " Tout est une question de hiérarchie. Il faut choisir les parties du logement sur lesquelles on veut mettre l'accent et qu'on aménagera davantage, quitte à se limiter au minimum pour le reste. Pour cela, les habitants doivent réfléchir à leur manière de vivre. Si la cuisine est grande et conviviale, le séjour ne peut-il pas être éliminé ? Et si le côté hédoniste de la salle de bains séduit les occupants, pourquoi ne pas réduire la chambre à une alcôve avec un lit ? " De ces contraintes spatiales naît la créativité architecturale. Et Vincent Pierret de conclure : " Qu'on travaille avec un petit ou un grand espace, le processus de conception est le même. Mais un projet de taille réduite nécessitera souvent davantage d'inventivité et de recherche. " D'où la richesse spatiale de ces petits bijoux d'architecture. Par Fanny Bouvry