A l'âge de 17 ans, alors que Paul Smith est un coureur cycliste passionné, il croise malencontreusement la route d'un chauffard. Après trois mois à l'hôpital, il est contraint d'abandonner son rêve de devenir sportif de haut niveau. Si on lui avait alors dit qu'il trouverait la gloire ailleurs, en devenant l'un des incontournables de la sphère fashion britannique, il ne l'aurait sans doute pas cru.
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A l'âge de 17 ans, alors que Paul Smith est un coureur cycliste passionné, il croise malencontreusement la route d'un chauffard. Après trois mois à l'hôpital, il est contraint d'abandonner son rêve de devenir sportif de haut niveau. Si on lui avait alors dit qu'il trouverait la gloire ailleurs, en devenant l'un des incontournables de la sphère fashion britannique, il ne l'aurait sans doute pas cru. C'est en 1970 qu'il ouvre sa première enseigne de mode à Nottingham, sa ville natale. S'étant lié d'amitié avec une bande d'étudiants en art, il ressent l'irrépressible envie de faire partie de leur club d'extravertis. Dans sa boutique de 9 m2, le jeune homme réunit les pièces de quelques pointures du métier. Mais c'est en rencontrant sa future femme, Pauline, créatrice et artiste, qu'il apprend réellement les ficelles de la profession de styliste. Depuis, Sir Paul Smith conçoit des collections de vêtements pour hommes, femmes et enfants ainsi que des accessoires allant des cravates... aux brosses à dents. Autodidacte, il fait de son déficit de formation un atout, essayant à chaque fois de donner aux pièces simples qu'il imagine une touche inattendue, que ce soit par le biais des couleurs ou de la coupe. Plus de trois décennies plus tard, le " classic with a twist " reste sa marque de fabrique. Ses costumes sont désormais portés par la terre entière, y compris par le Premier ministre du Royaume-Uni David Cameron, et il possède plus de trois cents boutiques aux quatre coins du monde, dont au moins deux cents au Japon. Le Vif Weekend a voulu savoir à quoi ressemblait la journée-type de ce presque septuagénaire qui mixe avec brio costume à carreaux et chaussettes lignées. " Chaque matin, je vais nager à la piscine du Royal Automobile Club à Piccadilly. Il s'agit d'un ancien club privé magnifique. Je m'y rends très tôt, entre 5 h 30 et 6 heures, avant que les autres nageurs ne débarquent, ce qui me permet de profiter pleinement de l'endroit. Après, j'aime pousser la porte du Tate Modern ou du Tate Britain, deux des plus importants musées de la ville. J'adore flâner entre les oeuvres d'art sans avoir à subir le vacarme des autres visiteurs. Je me rends ensuite dans mon studio de Covent Garden, où je rattrape le travail en retard avant l'arrivée du reste de l'équipe. Je prends mon petit-déjeuner à mon bureau : un bol de ce que certains appellent du muesli - à mes yeux, c'est plus proche de la nourriture pour âne. Ces premières heures de la journée sont mes préférées. " " Je ne prends pas souvent le temps de déjeuner. En général, je profite de ma pause de midi pour me rendre au Bethnal Green Museum of Childhood, à l'est de la ville et à proximité de Brick Lane. J'y admire la façon dont les jouets sont conçus. Cela me fascine et m'inspire. Sans doute parce que je trouve très difficile de plaire aux enfants (NDLR : l'homme est un collectionneur invétéré et même ses boutiques fourmillent de jouets, d'objets et de livres glanés par le créateur ou reçus de ses fans). S'il me reste un peu de temps pour manger, je vais au Borough Market, près de la gare de London Bridge. C'est un endroit qui vaut toujours le déplacement. Du mercredi au samedi, on y trouve un marché alimentaire avec de nombreux stands de fruits et de légumes frais. Mon restaurant à tapas préféré, Brindisa, est situé en son centre. Londres regorge d'ailleurs de marchés célèbres. Le dimanche, je vais parfois acheter un bouquet sur celui de Columbia Road. Et celui de Portobello Road est quant à lui réputé pour ses fripes vintage. Tout au long de la journée, je prends des photos de ce qui attire mon attention et pourrait me servir un jour pour créer. " " Après cette pause, si je reste à Londres et que je ne dois pas me rendre à l'étranger, je retourne au studio pour bosser. Le week-end, on me trouve généralement dans l'une de mes boutiques en ville car j'aime rencontrer mes clients. Celle que je préfère est sans conteste notre flagship store du quartier de Mayfair, sur l'Albemarle Street. Elle a ouvert ses portes il y a trois ans et a été imaginée par le jeune bureau d'architecture 6A. La façade en fonte est une magnifique pièce de design qui a déjà gagné plusieurs prix. Son motif a été reproduit en relief sur une collection d'accessoires en cuir, parmi lesquels des pochettes pour cartes de crédit et des porte-monnaie baptisés n°9, en référence à l'adresse du magasin. " " Je n'ai plus beaucoup l'occasion de faire du vélo mais si je dois me déplacer dans Londres pour des réunions, c'est mon moyen de transport préféré. En été, je prends quand même le temps de m'adonner à ce sport que j'affectionne toujours beaucoup. Je possède une résidence d'été en Toscane et lorsque j'y suis pour les vacances, j'en profite pour pédaler à travers les routes et les champs. Un vrai plaisir ! Avant de rentrer chez moi le soir, il m'arrive de faire un détour par Holland Park, à l'ouest de la ville, près de mon domicile. C'est un endroit magique. Lorsqu'on s'y promène, on a le sentiment d'être à des centaines de kilomètres de la capitale. Le week-end, si je ne suis pas dans une de mes boutiques ou hors d'Angleterre, je flâne dans les rues, notamment dans le Mayfair, pour ses galeries d'art. Par ailleurs, je suis un grand amateur de musique et on trouve toujours à SoHo de fantastiques magasins de vinyles. Ma librairie préférée est Daunt Books sur Marylebone High Street, avec ses magnifiques rayonnages sans fin et ses couloirs en chêne. Je n'ai pas vraiment de restaurant fétiche car l'endroit où je me rends pour manger dépend fortement de mon humeur et de mes envies. Mais The Wolseley à Piccadilly est une valeur sûre. J'y vais depuis des années et je n'y ai jamais mal mangé. Leur cheesecake à la vanille est un vrai régal ! " PAR ELKE LAHOUSSE / PHOTOS : DEBBY TERMONIA