Chaque jour qui passe sacre un peu plus les noces des maîtres cuisiniers et de la télévision. Hélas, s'ils acquièrent le statut de véritables stars du petit écran, c'est trop souvent en endossant le rôle ingrat de jurés sévères arbitrant des compétitions acharnées entre bons et mauvais élèves des fourneaux. Quand on ne leur demande pas de tirer les oreilles des restaurateurs sortis du droit chemin du goût.
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Chaque jour qui passe sacre un peu plus les noces des maîtres cuisiniers et de la télévision. Hélas, s'ils acquièrent le statut de véritables stars du petit écran, c'est trop souvent en endossant le rôle ingrat de jurés sévères arbitrant des compétitions acharnées entre bons et mauvais élèves des fourneaux. Quand on ne leur demande pas de tirer les oreilles des restaurateurs sortis du droit chemin du goût. Heureusement, d'autres approches existent qui lèvent le voile sur l'univers de ces artisans du bien manger tout autant qu'elles aident à appréhender les hommes et les femmes cachés derrière les tabliers. Ainsi de Masterclass, série d'émissions à succès initiées par Kanaal Z depuis sept saisons. De manière opportune, Canal Z, le pendant francophone de la chaîne, a repris à son compte le concept depuis 2013. Masterclass réunit une présentatrice - Stéphanie Diaz -, un chef ainsi qu'un invité choisi par ce dernier. Au fil d'une recette préparée en live, la conversation bat son plein, passant sans transition de l'actualité du chef à des confessions plus intimes. Bien vu, le programme fait valoir un côté prospectif en s'arrêtant également sur ceux et celles que l'on appelle " grands de demain ", soit des talents culinaires dont les qualités ne sont pas encore très connues des quidams. Pour cette nouvelle saison, diffusée entre le 1er et le 30 novembre, un fil rouge a été choisi : le " nouveau luxe ". A l'heure d'un certain goût pour l'authenticité, il n'est pas inutile de préciser cette notion qui prend tout son sens en cuisine. Aujourd'hui, le summum en matière de gastronomie consiste moins à râper de la truffe à tout va qu'à exprimer le plus justement possible des produits venus des alentours. Les heureux élus de cette édition ? Mélanie Englebin (Restaurant Cécila, à Bruxelles) ; Maxime Collard (La Table de Maxime, à Paliseul) ; Thomas Troupin (La Menuiserie, à Waimes) ; Cédric Manderlier (Céma Passion, à La Louvière) et Pierre Godart (L'Espace culinaire bulthaup, à Woluwe-Saint-Etienne). Les émissions et les recettes des cinq chefs seront mises en ligne sur www.levif weekend.be/masterclass ainsi que sur www.canalz.be.Ce programme est développé en collaboration avec les partenaires produits bulthaup, Gaggenau et Milcobel (Fromage Brugge). Ainsi qu'avec le soutien de Demeyere, When Objects Work, G4 Agency et Le Vif Weekend.Le " girl power ", dans l'assiette comme ailleurs, on y croit. Ce n'est pas Mélanie Englebin qui nous fera penser le contraire. Cette jeune femme de 31 ans caresse le produit avec un doigté rare. Chez elle, pas de cuisson brutale, pas de découpe agressive. A la place, une cuisine attentive, nourrie à la tendresse - dites-le avec des fleurs - et aux épices. Ce talent, la chef qui a roulé sa bosse à travers le monde - elle est passée par le Four Seasons de Bora Bora mais également par le Jaloa et le Sea Grill à Bruxelles - l'exerce dans un restaurant aux dimensions réduites, situé dans le coeur historique de notre capitale. Elle y accueille le convive comme chez elle à la faveur de menus de 3, 5 ou 7 services. Ciselés, ils font place à des temps forts comme de mémorables saint-jacques poêlées et crème de châtaigne ou encore un filet de maigre servi avec des couteaux et des légumes racines. Restaurant Cécila, 16, rue des Chapeliers, à 1000 Bruxelles. Tél. 02 503 44 74. www.restaurantcecila.com En même pas un an et demi d'existence, La Menuiserie a obtenu une étoile au Michelin. Derrière cette distinction se cachent du travail et beaucoup de complicité. Avec sa compagne Marie-Charlotte Portois, Thomas Troupin régale régional, généreux et subtil. Il sublime les produits de son terroir, façon jambon de Marcassin de la Birkenhof ou veau de la Limousin Farm à Mürringen. Passés pourtant tous les deux par L'air du Temps, ils ont trop de caractère pour que l'ombre de " San " Degeimbre plane sur leur table. Côté charme, on notera que la table est située dans une ancienne menuiserie revisitée dans le sens de la modernité. Le tout faisant corps avec le coin reculé de Belgique où se déploie l'adresse. Une création mémorable ? Les Asperges de Waldfeuchter, jambon de marcassin, crème de champignons et sherry. La Menuiserie, 12, Champagne, à 4950 Waimes. Tél. : 080 44 44 85. www.lamensuiserie.eu Fou de cuisine, Maxime Collard est derrière les fourneaux depuis ses 14 ans. Cet ancien second du Karmeliet, à Bruges, est notamment passé par les Forges du Pont d'Oye à Habay-la-Neuve. Il ne se voyait pas s'installer ailleurs que dans sa région natale, du côté de Paliseul. Et c'est ce qu'il fit en 2009. L'homme déploie un univers gastronomique qui emprunte tant au terroir qu'à l'art culinaire contemporain. Cette synthèse, il l'effectue sous le signe de la gourmandise, ce qui confère à ses préparations un plaisant caractère d'évidence. Un point d'orgue ? Le filet de sandre laqué, déclinaison de potimarron, jambon de Pondrôme et mousseline aux herbes. Le tout pour un succès qui ne se dément pas et qu'un macaron Michelin sacre depuis... 2010. Vous avez dit rapide ? La Table de Maxime, 23, Our, à 6852 Our (Paliseul). Tél. : 061 23 95 10. www.tabledemaxime.be Passé par Lenôtre à Paris mais aussi par La Chèvre d'or à Eze Village, Courchevel, Monaco et le Balthazar Jéroboam à Montélimar, Cédric Manderlier donne envie de parler de lui comme d'un écrivain. Un écrivain dont la main ferait des miracles en n'oubliant pas de ponctuer les histoires que racontent ses assiettes de points de suspension, d'exclamation, voire de parenthèses. On sort de son restaurant, qu'il manage de main de calligraphe avec sa compagne Pauline, charmé comme à l'écoute d'un conte qui conjugue produits finement sélectionnés, associations éclairées et technique rigoureuse. Le plat signature ? Le homard poché dans son consommé aux fines herbes, petits légumes et copeaux de truffe. Céma Passion, 63, avenue Gambetta, à 7100 La Louvière. Tél. : 064 66 38 26. www.cemapassion.com Le décor magistral de l'Espace Culinaire bulthaup signe la rencontre du public et d'un maître coq racé par le biais d'une grande cuisine panoramique : on est ici au coeur de la gastronomie. Un long comptoir aligne les chaises hautes comme autant d'accès direct au work in progress - on assiste à un cours de cuisine en live - rythmé par le son du fouet. Au centre de cette représentation, on ne peut qu'applaudir le choix de Pierre Godart, ancien chef du Fourneau et du Royal Brasserie, à Bruxelles. L'homme vibre pour la cuisine aux herbes, la précision des cuissons à la seconde et les harmonies délicates. Le tout pour un condensé de fraîcheur, à l'exemple d'un cabillaud, tombée d'épinards, sauce mousseline. Espace Culinaire bulthaup, 323, Leuvensesteenweg, à 1932 Sint-Stevens-Woluwe. Tél. : 02 880 68 60. www.woluwe.bulthaup.bePAR MICHEL VERLINDEN