Près de 413 000 téléspectateurs en moyenne, un peu plus de 30 % de parts de marché, Top Chef a cartonné sur RTL-TVI. L'émission, show culinaire adapté d'un programme américain, voyait s'affronter pendant plusieurs semaines une brigade d'aspirants grands chefs devant un jury de toques renommées ( lire ci-après). Tout bientôt, TF1 tentera de faire aussi bien avec Master Chef, même principe mais destiné aux frichtouilleurs amateurs. Ceux-là mêmes qui font, depuis un peu plus d'un an, sur M6 et RTL-TVI, le succès d' Un dîner presque parfait, capsules de télé-réalité mettant en compétition des citoyens lambda plus ou moins aguerris au couteau japonais et à l'art de mettre la table en fête. C'est un constat : la cuisine à la téloche constitue le bon filon du moment. La recette ? Une bonne pincée de fantasme : " le grand chef reste une figure importante dans l'imaginaire collectif, c'est une thématique forte pour la télé-réalité ", analyse Marc Lits, de l'Observatoire du récit médiatique à l'UCL. Ajoutez à cela une bonne cuillère de changement sociologique : " Sur un plan plus large, on remarque qu'au niveau des priorités l'épanouissement personnel et les loisirs, dont la cuisine, ont pris le pas sur la réussite au travail, ce qui en France est lié à l'avènement des 35 heures ", dit encore Lits. Vous mélangez le tout avec une dose de compet', un brin de théâtralisation et la sauce ne peut que prendre.
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Près de 413 000 téléspectateurs en moyenne, un peu plus de 30 % de parts de marché, Top Chef a cartonné sur RTL-TVI. L'émission, show culinaire adapté d'un programme américain, voyait s'affronter pendant plusieurs semaines une brigade d'aspirants grands chefs devant un jury de toques renommées ( lire ci-après). Tout bientôt, TF1 tentera de faire aussi bien avec Master Chef, même principe mais destiné aux frichtouilleurs amateurs. Ceux-là mêmes qui font, depuis un peu plus d'un an, sur M6 et RTL-TVI, le succès d' Un dîner presque parfait, capsules de télé-réalité mettant en compétition des citoyens lambda plus ou moins aguerris au couteau japonais et à l'art de mettre la table en fête. C'est un constat : la cuisine à la téloche constitue le bon filon du moment. La recette ? Une bonne pincée de fantasme : " le grand chef reste une figure importante dans l'imaginaire collectif, c'est une thématique forte pour la télé-réalité ", analyse Marc Lits, de l'Observatoire du récit médiatique à l'UCL. Ajoutez à cela une bonne cuillère de changement sociologique : " Sur un plan plus large, on remarque qu'au niveau des priorités l'épanouissement personnel et les loisirs, dont la cuisine, ont pris le pas sur la réussite au travail, ce qui en France est lié à l'avènement des 35 heures ", dit encore Lits. Vous mélangez le tout avec une dose de compet', un brin de théâtralisation et la sauce ne peut que prendre. La TV culinaire est pourtant loin d'être nouvelle. Mais elle a vachement changé. Remember les riches heures de l'ORTF de papa avec Raymond Oliver et Catherine Langeais en protomarmitons de la lucarne. C'était dans les années 50 et 60, à l'heure des Trente Glorieuses et du b£uf bourguignon dominical. Rappelez-vous ensuite : près d'un demi-siècle d'émissions culinaires 1.0., avec les Maïté, Louis Willems et autres Joël Robuchon plantés devant leur plan de travail, et qu'importe la télégénie. Un paquet d'épisodes ont ainsi été conçus pour une improbable ménagère modèle censée respecter la recette à la lettre, étape après étape, comme on suit un cours d'aérobic sur DVD. La comparaison n'est pas si farfelue : à un moment, on se rend compte qu'on n'aura jamais le fessier de Jane Fonda. Avec les émissions de cuisine d'antan c'est pareil : on essaie, on rate, on essaie, on culpabilise de rater et subitement, on jette l'éponge et on se concocte un plat sans chichis. Ce découragement est un point essentiel pour comprendre comment on en est arrivé à la déferlante gastronomique actuelle à la télévision. Car au tournant des années 2000, c'est en capitalisant, sinon sur la simplicité, en tout cas sur la convivialité et l'accessibilité de la gastronomie qu'un jeune et insolent cockney du nom de Jamie Oliver a révolutionné l'art de communiquer son savoir-faire aux téléspectateurs de la BBC. Comment ? En souriant à sa botte de poireaux, en dansant avec ses courgettes, en draguant ses tomates, bref, en dé-dra-ma-ti-sant les fourneaux avec ce zeste de spectacle qui préfigure la théâtralisation actuelle de la cuisine à la télé. Du coup, on a vu éclore un Cyril Lignac sur M6, surfant sur cette vague décontractée d'aborder le court-bouillon. Chez nous, la Une s'offre depuis 2007 les services de Monsieur Pierre " Comme chez soi " Wynants, qui parcourt la Belgique gourmande à la recherche des chefs emblématiques (la nouvelle saison de Comme chez moi bientôt en tournage sera diffusée durant les fêtes). Pointons évidemment l'inventivité d'une Julie Andrieu qui, depuis quatre saisons,explore avec une niaque hypercommunicative les cuisines du monde entier dans Fourchette et sac à dos (France 5). Et dépoussière grâce à une bonne lampée d'humour et de légèreté le concept éculé de la recette en direct dans Côté Cuisine sur France 3 : " J'essaie de décomplexer les gens qui jusque-là s'interdisaient de cuisiner, ne se croyant pas à la hauteur, confirme l'intéressée. Qui est par ailleurs convaincue que l'exposition plein soleil de la cuisine à la télévision correspond "à une demande qui va croissant. Il y a dix ans, la cuisine était le dernier souci des médias et même des " ménagères". Dans une logique d'affranchissement par rapport à nos grand-mères, voire à nos mères, il était même bien vu de dire qu'on ne savait pas cuire un £uf. Maintenant que la guerre des sexes est, il me semble, derrière nous, on s'est rendu compte que la cuisine pouvait être un divertissement et pas seulement une corvée. C'est aussi une manière de se valoriser qui est à la portée de tout le monde. "Messieurs, y compris ! Une nouvelle catégorie de garçons, nommés gastrosexuels par les publicitaires, ferait d'ailleurs fureur dans les villes occidentales. Ces dragueurs ont remplacé les fleurs et la guitare sous le balcon par l'entrée-plat-dessert. Et ça marche : d'après un sondage réalisé auprès d'un millier de femmes âgées de 25 à 40 ans par le magazine masculin GQ (1) l'occurrence " un homme qui cuisine " arrive en pole position en réponse à la question : " que trouvez-vous le plus sexy ? ". Voici donc nos cinq émissions coups de c£ur, qui devraient contribuer à la paix des ménages. n (1) " Mais que veulent-elles à la fin ", GQ France, avril 2010. Avec ses petits airs histrioniques et ses costumes d'Italien, Jean-Luc Petitrenaud transforme le terroir français en grande comédie pastorale. Tous les dimanches midi, on le voit, sourire espiègle, et manières grandiloquentes, parcourir les routes de France à la recherche de chefs et de producteurs régionaux qui lui excitent les papilles. L'émission se termine généralement par un banquet où le boulanger, le boucher, le fromager, le roi, sa femme et le petit prince rejouent, grand sourire, le thème de la bacchanale en l'honneur du patrimoine culinaire français. Y'a de la joie, des bouchons qui font " pop ", des casseroles qui chantent. Une recette hebdomadaire est publiée sur le site de France 5. Sur Arte, cette émission à la fois culturelle, sociologique et gastronomique propose au fil des semaines un panorama mondial des cuisines de terroir. Le format est celui du documentaire classique. On y apprend entre autres les secrets de fabrication de Pumpernickel - étymologiquement " lutin péteur " -, un pain de seigle noir westphalien, on nous enseigne qu'avant de devenir un plat très prisé à Majorque, les escargots garnissaient la boîte à tartines des pauvres, ou encore que l'isthme de Courlande en Lettonie regorge de poissons d'eau douce et de mer. Oui, Cuisine des Terroirs est à la nourriture ce que le documentaire animalier est à l'animal. Et dans son genre, c'est ce qui se fait de mieux. Venu de Grande-Bretagne, le concept d' Un dîner presque parfait séduit depuis plus d'un an les téléspectateurs francophones de M6 et RTL-TVI. Chaque semaine, dans une ville donnée, cinq cuisiniers amateurs s'invitent l'un chez l'autre et se notent mutuellement sur le repas, l'ambiance et la déco. Le meilleur repart avec 1 000 euros. Voilà pour le principe de cette télé-réalité ma foi sympatoche. On devient rapidement accro à ces capsules nous infiltrant chez les " vraies gens ", jusque dans leur salle de bains où les concurrents viennent déverser face caméra ce qu'ils pensent réellement de la soirée et des qualités culinaires de leur hôte. Rigolo aussi : les stratégies plus ou moins foireuses pour détendre l'atmosphère, du karaoké raté au jeu de rôle pathétique en passant par la boum pour cinq pelés dans un salon Ikea. En dix ans d'émissions, la présentatrice gastronome Julie Andrieu tient sa médaille d'or avec Fourchette et sac à dos, diffusée sur France 5 depuis 2007 (la prochaine saison démarre en juillet). Le principe est simple : découvrir la planète à travers ses multiples cuisines. Le ton est cool, naturel, sans trop de mise en scène. On suit la jolie Julie, antithèse de Maïté, du Japon à l'Andalousie, du Vietnam au Pérou. Loin des restaurants étoilés, elle nous introduit chez l'habitant, où l'on découvre ses traditions culinaires, des aliments méconnus et pour le coup, toute une culture populaire et gourmande. Grand concours de cuisine cathodique, Top Chef met en compétition douze jeunes cuisiniers professionnels rêvant d'ouvrir leur resto en nom propre. Pour gagner les 100 000 euros à la clé, les concurrents doivent rivaliser d'inventivité et de technicité pour séduire un jury prestigieux composé de grands chefs (Thierry Marx, Jean-François Piège, Cyril Lignac, Ghislaine Arabian, Christian Constant). La première diffusion de ce programme adapté d'un concept anglo-saxon fait le buzz : elle a tenu en haleine quelque 413 000 téléspectateurs belges sur RTL-TVI et 2,7 millions de Français sur M6. Tentative d'explication du succès ? Mise en scène musclée du bon vieux thème du combat des chefs sur fond de regain d'intérêt pour les choses de la bouche (lire aussi l'interview du finaliste belge ci-contre).Par Baudouin Galler " La télé surfe sur cette vague décontractée d'aborder le court-bouillon. "