C'est l'histoire d'un jeune homme aux yeux doux, nerveusement détruit, pressé comme un citron, qui abandonne la mode en jurant qu'on ne l'y reprendra plus et qui y revient cependant après une année sabbatique et un virage à 180 degrés, à contre-courant de tout ce qui se fait sur la planète. Soit des vêtements, de la transparence, jusqu'à la traçabilité du moindre bouton, Zip, fil et teinture, du biologique, certifié GOTS (Global Organic Textile Standard), du durable, du responsable, du recyclé, du limité, du total respect pour l'environnement, pour la vie, d'où le travail des enfants est banni ainsi que la souffrance des animaux. Le 30 janvier 2012, à 19 heures, Bruno Pieters lançait Honest by, une collection unisexe, signée par lui, mais aussi plus tard par d'autres invités (Calla, Nicolas Andreas Taralis...), vend...

C'est l'histoire d'un jeune homme aux yeux doux, nerveusement détruit, pressé comme un citron, qui abandonne la mode en jurant qu'on ne l'y reprendra plus et qui y revient cependant après une année sabbatique et un virage à 180 degrés, à contre-courant de tout ce qui se fait sur la planète. Soit des vêtements, de la transparence, jusqu'à la traçabilité du moindre bouton, Zip, fil et teinture, du biologique, certifié GOTS (Global Organic Textile Standard), du durable, du responsable, du recyclé, du limité, du total respect pour l'environnement, pour la vie, d'où le travail des enfants est banni ainsi que la souffrance des animaux. Le 30 janvier 2012, à 19 heures, Bruno Pieters lançait Honest by, une collection unisexe, signée par lui, mais aussi plus tard par d'autres invités (Calla, Nicolas Andreas Taralis...), vendue sur le Net et chez Haleluja à Bruxelles, pensée avec talent et compassion, comme une ode à la vie. Le créateur belge a décidé que ses rêves deviendraient réalité - il lui aura fallu trente-sept ans pour apprendre à se connaître, ce qui n'est pas si long finalement. Mais d'abord il a dû naître un jour de juin en 1975, à Bruges, étudier un peu de sciences-maths puis le dessin, et la mode à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers, débuter chez Antonio Pernas en Espagne, puis à Paris, chez Martin Margiela, Josephus Thimister et Christian Lacroix. Il se voyait déjà en haut de l'affiche, connu, reconnu, adulé, heureux - l'engrenage fatal. En juillet 2001, Bruno Pieters propose une collection couture à son nom, dans la presse, on parle de lui - " an intriguing new talent ". L'année suivante, il crée son prêt-à-porter, Femme puis Homme, rafle le Swiss Textiles Award (2006), le Grand Prix de l'Andam (2007), en France, l'Association nationale pour le développement de l'art de la mode, collabore avec Delvaux, est engagé par Hugo Boss pour qui il dessine la ligne Hugo, travaille comme un forçat, c'est devenu " une drogue ", avance " de show en show ", de " couverture de magazine en couverture de magazine ", accorde " onze interviews par jour ", se vide peu à peu de toute sa substance, croit à chaque fois atteindre le bonheur. Et soudain plus rien, burn out, Bruno Pieters avait toujours cru vouloir " être dans la lumière ", tout faux, il ne lui reste dans les mains qu'une énorme lassitude. Une amie l'entraîne en Inde, avec sac à dos, " là-bas tout est tellement différent que cela vous secoue " ; dans la rue, il lit une phrase du Mahatma Gandhi, " Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ". L'heure est à la maturation. " Qui suis-je ? ", " D'où viens-je ", " Pourquoi suis-je là ? " Bruno Pieters se forge en son âme et conscience des réponses : " Je suis un être humain, je viens d'un mystère, le Big Bang, et mon devoir est de vivre cette vérité en tout avec amour et compassion. " Que Honest by soit la suite créative de cette vérité, la sienne, est plutôt réjouissant. Son printemps-été 2013 prend sa source dans ses voyages au Kerala, avec ses imprimés de fleurs " un peu graphiques et abstraites ", dans l'architecture d'Anvers, " une histoire très noir et blanc, linéaire ", et au Japon, avec des prints bleus et " wavy ". Il reconnaît que sa patte est bien là, intacte mais avec un côté " plus humain " : " Avant, je créais pour moi, c'était de l'autoglorification. Des pièces d'art pour une femme qui n'existait pas. Celle qui les portait n'avait pas d'importance. " Il en a parcouru du chemin, Bruno. Il chausse encore de vieilles baskets en cuir qui datent de sa vie d'avant, a honte de les avoir achetées, " good guys do not wear leather ", mais il les usera jusqu'à la corde et puis basta. Pour le reste, c'est du seconde main. Ou du Bruno Pieters, qu'il met en scène ici, aux côtés de silhouettes Raf Simons et Glenn Martens, parce que communion d'esprit. Devant l'objectif de Frederik Heyman, ami et photographe " surprenant ", une fille et un garçon enfilent indifféremment des vêtements unisexes dans un studio habité par les oeuvres et les installations de l'artiste Leon Vranken. Tout est honnête. Un autre monde est possible. PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON