Quand, au détour d'une conversation, un créateur vous partage son enthousiasme et vous dit : " Les gens qui portent mes sacs sont des personnes formidables ", vous ne pouvez que sourire - un tel élan fait plaisir à entendre. Quand ensuite, il vous confie l'un de ses projets singuliers, des collaborations à mettre sur pied avec ceux qui l'inspirent, qu'il baptiserait " Unique bags for unique people ", vous applaudissez à l'idée. Et quand, tout à trac, il vous lâche qu'il aimerait que vous soyez la première de ces " unique people ", il ne vous reste plus qu'à rougir. Et à accepter. La vie vous fait parfois de ces cad...

Quand, au détour d'une conversation, un créateur vous partage son enthousiasme et vous dit : " Les gens qui portent mes sacs sont des personnes formidables ", vous ne pouvez que sourire - un tel élan fait plaisir à entendre. Quand ensuite, il vous confie l'un de ses projets singuliers, des collaborations à mettre sur pied avec ceux qui l'inspirent, qu'il baptiserait " Unique bags for unique people ", vous applaudissez à l'idée. Et quand, tout à trac, il vous lâche qu'il aimerait que vous soyez la première de ces " unique people ", il ne vous reste plus qu'à rougir. Et à accepter. La vie vous fait parfois de ces cadeaux. Eric Beauduin n'a pas son pareil pour emprunter d'autres voies. Dans sa boutique-atelier bruxelloise du 229, chaussée de Charleroi, il crée des sacs atypiques - l'adjectif vaut pour lui également. Depuis quinze ans, avec maestria, il pratique l'upcycling et redonne ainsi vie aux vêtements de seconde main, des cuirs surtout, lesquels ont une âme, il vous le confirmera. Pour ce projet commun, " c'est l'histoire de quelques rencards, avait-il dit, pour que tu me donnes tes instructions ", il lui fallait un moodboard, un patchwork d'envies et d'inspirations. Sauf que je suis du pays des mots plus que celui des images. Il y eut donc des rencontres, des échanges de mails et puis un texte écrit d'un jet mais en tremblant, qui rassemblait quelques fragments autobiographiques indispensables. Il y était question d'un sac pour promener son désespoir. Lequel pourrait se muer en espoir, les jours meilleurs. Forcément, il y aurait dedans un petit peu d'enfance : le fantôme bien vivant de cette petite fille qui regardait les jeunes femmes marcher les cheveux au vent, trimballant leur univers dans des besaces en cuir naturel et qui se disait qu'elle serait un jour comme elles, aussi belles - mon esthétique en la matière sera pour toujours celle des années 70. Ce n'était pas tout : il fallait réussir à marier ces photos jaunies à une autre, à la fois très douce et très nette, celle de la sacoche de " Marraine ", qui était en réalité un petit bout de grand-mère maternelle, chignon haut sur le crâne, lunettes papillon et effluves d'eau de Cologne - ce sac du dimanche faisait vaguement penser à un Kelly, couleur bleu marine, c'est plus chic. Dans le texte, je rajoutais encore quelques indications plus prosaïques : " Je privilégie le rien dans les mains, la bandoulière en guise de porter. " Tout à la fin, une seule chose me parut évidente : je ne facilitais pas la tâche à Eric Beauduin. Pourtant, par retour de mail, il avait répondu : " Il y a tout là-dedans, assez de matière pour faire toute une collection. La couleur est déjà là. Je vais mijoter ça cette semaine. " Aujourd'hui, le résultat est en vitrine - je ne dirai rien de mon émotion. Mais comment Eric Beauduin a-t-il réussi à transcender ces désirs paradoxaux, ces hésitations, ce tout et son contraire ? La création, quel mystère. A découvrir, chez Eric Beauduin, 229, chaussée de Charleroi, à 1060 Bruxelles. www.ericbeauduin.be Anne-Françoise Moyson" Je suis du pays des mots plus que celui des images. "