Ni brutes, ni soumis. Déréglée par quarante ans de féminisation des m£urs et un partage irréversible du pouvoir, la boussole de la virilité tourne fou, affirmait notre journaliste Baudouin Galler dans notre édition du 23 mars dernier (1). Résultat : plus de repères, plus de bastion, des références en capilotade. Nos hommes, face à une femme de plus en plus forte et confiante, partent en vrille.
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Ni brutes, ni soumis. Déréglée par quarante ans de féminisation des m£urs et un partage irréversible du pouvoir, la boussole de la virilité tourne fou, affirmait notre journaliste Baudouin Galler dans notre édition du 23 mars dernier (1). Résultat : plus de repères, plus de bastion, des références en capilotade. Nos hommes, face à une femme de plus en plus forte et confiante, partent en vrille. " Le travail ? Le ménage ? Les enfants ? Le plus grand gagnant du féminisme, c'est l'homme ", rétorque l'écrivain Eliette Abécassis qui, avec sa complice Caroline Bongrand, publie un manifeste radical contre la condition féminine d'aujourd'hui " qui a transformé la femme en guerrière domestique ou en robot ménager " (2). La femme a changé. La voilà libre, maîtresse de ses choix, seule ou en couple, avec ou sans enfants, projetée dans une vie active. Alors heureuse ? Non, trois fois non, martèlent nos deux auteurs. " Les femmes, ne trouvent plus leur place, n'ont plus le temps, n'en peuvent plus de faire le grand écart entre le travail et la vie familiale. Plus qu'hier, elles ne se trouvent pas assez belles, elles sont affamées par les régimes. Terrifiées par leurs rides, elles vivent dans la peur de vieillir et se replient sur elles-mêmes dans le silence de leur souffrance. " Leur constat est amer, sans appel : " la libération de la femme ne l'a pas libérée, elle l'a au contraire esclavagisée ". Diable ! Même libres de nos mouvements, de notre respiration, voilà désormais notre corps et notre esprit enfermés, comprimés, atrophiés dans un corset plus insidieux que celui des siècles précédents. Un corset invisible, donc, que la société serre, chaque jour davantage, avec ses exigences, ses nouvelles normes, ses carcans, accusent Eliette A. et Caroline B. Le visage lisse, le corps maîtrisé, mère parfaite, amante experte, la femme du iiie millénaire est devenue son propre bourreau. Pis. La voilà confrontée à deux spécimens épinglés par nos deux pamphlétaires et tout droit sortis de leur bestiaire perso : le " gynékiller ", à savoir celui qui n'assume pas sa volonté de domination du sexe dit faible et veut humilier la femme. Ou le " gynésupporter ", à mi-chemin entre le fils et le meilleur ami compréhensif, mais qui a perdu tout son charisme sexuel... Triste vie. Et pourtant. Malgré les travers indiscutables de notre société, ses excès, ses extravagances, ses absurdités, il arrive que l'on rencontre encore des gens heureux. Des deux sexes. Oui, oui, ça existe. Un genre de postmodernes créatures. Des hommes et des femmes soucieux de l'autre, respectueux, aimants. Qui refusent la dictature du paraître, acceptent le partage, la différence. De ceux-là, on n'en parle jamais. Pas de bouquins à sensation, pas d'articles dans les journaux. Une majorité silencieuse sans histoire, sans visage. Et sans aucun intérêt pour les néo-féministes à la vision tragique de la vie des femmes, ou les néo-machos faussement nostalgiques. Trop bof ! (1) " Spécial Mode Homme ", pages 56 à 58. (2) " Le Corset invisible ", éd. Albin Michel, 217 pages. Christine Laurent