Un classique 9-17 heures, métro, boulot, dodo, chaque jour les mêmes tâches, rassurantes de par leur répétition ? Très peu pour Marie Thibaut de Maisières, milieu de trentaine, dont le quotidien ne goûte jamais pareil, même si ses diverses occupations tournent principalement autour d'une seule question : comment puis-je changer le monde, à mon échelle ?
...

Un classique 9-17 heures, métro, boulot, dodo, chaque jour les mêmes tâches, rassurantes de par leur répétition ? Très peu pour Marie Thibaut de Maisières, milieu de trentaine, dont le quotidien ne goûte jamais pareil, même si ses diverses occupations tournent principalement autour d'une seule question : comment puis-je changer le monde, à mon échelle ? En vrac, cela donne donc des interventions polémistes sur Bel RTL, dans On refait le monde - surtout ne pas se fier à sa voix douce et réservée en apparence -, et des opinions publiées dans La Libre Belgique, où elle parle de vasectomie, d'épilation intégrale, du soutien de certains chrétiens à Marine Le Pen, de machisme ou de vélo en ville. Des faits parfois secondaires, en apparence, mais révélateurs d'inégalités et d'enjeux plus profonds. Il y a aussi une émission féministe en projet avec France Télévisions. Ses trois enfants, qui grandissent dans les joyeux cris et les rires, au beau milieu d'une maison modernisée à Ixelles. Un livre en préparation sur les Chrétiens d'Orient, un sujet qui lui tient à coeur, son mari étant d'origine arménienne. Un cours d'actualité politique donné aux primo-arrivantes de la Maison des Femmes, à Molenbeek. Sans oublier ZebraBook, une maison d'édition qu'elle a reprise en 2011 avec deux associés, à la naissance de son deuxième bambin. La spécialité ? Des livres personnalisés en fonction du nom et du prénom de l'enfant. " Ce sont des histoires conçues pour transmettre la magie de la lecture, mais elles véhiculent aussi des valeurs essentielles, comme l'égalité entre les sexes. " Ici, les filles se rêvent parfois camionneuses, joueuses de foot ou neurochirurgiennes, tandis que les garçons peuvent également s'imaginer en sage-femme ou baby-sitter. Le tout est imprimé sur du papier FSC, en Belgique, en réduisant au maximum les émissions de CO2. La brune frénétique, dont l'énergie incessante fatigue même ses rejetons, le concède sans ambages : jamais elle n'avait imaginé un jour devenir féministe. Sa vocation militante lui vient à la naissance de sa fille Naïri, en 2009. " Jusque-là, je ne m'étais pas posé de questions outre mesure. Mais quand je suis sortie de la maternité, j'ai remarqué qu'on s'attendait à ce que ce soit moi qui prenne le lead. Or, cela ne va pas forcément de soi. " Et cette dernière de citer Sheryl Sandberg, numéro deux de Facebook, qui plaide non seulement pour un plus juste équilibre des tâches ménagères et de la prise en charge des kids dans les couples, mais considère par ailleurs que les grossesses et naissances sont le bon moment pour réorienter sa carrière. Il n'en va pas autrement pour cette descendante d'une illustre famille active dans l'industrie chimique qui, loin de se contenter de ses acquis, n'a jamais hésité à se lancer de nouveaux défis. De la politique, dès 18 ans. Un tour par le privé et la consultance, pendant un temps. Officière de réserve dans la Marine belge, par bravade et par tradition familiale. Cofondatrice de la boîte de production Pink Moustache, avec laquelle elle voyage en Afrique pour tourner des films institutionnels, avant de consacrer son temps à ZebraBook et à ses chroniques dans les médias, à la naissance d'Arman et de Gassia. " Quand, à ma majorité, j'ai pris ma carte de parti, c'était probablement pour rendre le monde plus efficace, pour libérer les énergies. C'est un combat obsédant, énergivore. Heureusement, la politique est partout. J'ai trouvé, depuis, d'autres moyens d'avoir une vie citoyenne ", confie cette lectrice acharnée, qui s'attelle à rendre la société plus juste, emphatique et égalitaire. Et ce, qu'il s'agisse de sensibiliser ses auditeurs et lecteurs ou d'éduquer sa progéniture. " Je trouve extra de les stimuler à avoir leurs propres idées ", se réjouit celle qui a pour l'instant affaire à une athée végétarienne de 8 ans et à un bigot de 6 ans. Déjà de vraies personnes, qui ne peuvent faire qu'évoluer leurs parents, encore et toujours.