S'il ne fallait retenir qu'un précepte, un seul, pour être parfaitement en phase avec la fashion attitude de la saison, il tiendrait en deux mots : " Gonflez et étirez ". Les créateurs jouent en effet de la règle et du compas pour dessiner des silhouettes fortes, nerveuses, et, à Paris comme à Milan, New York ou Londres, la vague romantique et fraîche de l'été semble déjà très loin. Cet hiver, le ton se durcit. Sur les podiums, on a ainsi vu non seulement des jupes " boules " et des manteaux " £ufs ", must-have absolus, mais aussi, sur toutes les pièces de ce nouveau vestiaire très architecturé, des cols démesurés, des tailles sanglées et des épaules hyperboliques. Côté matières, les tissus gaufrés, les cuirs cloqués et la maille oversize qui s'imposent ne font qu'amplifier encore la tendance.
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S'il ne fallait retenir qu'un précepte, un seul, pour être parfaitement en phase avec la fashion attitude de la saison, il tiendrait en deux mots : " Gonflez et étirez ". Les créateurs jouent en effet de la règle et du compas pour dessiner des silhouettes fortes, nerveuses, et, à Paris comme à Milan, New York ou Londres, la vague romantique et fraîche de l'été semble déjà très loin. Cet hiver, le ton se durcit. Sur les podiums, on a ainsi vu non seulement des jupes " boules " et des manteaux " £ufs ", must-have absolus, mais aussi, sur toutes les pièces de ce nouveau vestiaire très architecturé, des cols démesurés, des tailles sanglées et des épaules hyperboliques. Côté matières, les tissus gaufrés, les cuirs cloqués et la maille oversize qui s'imposent ne font qu'amplifier encore la tendance. Si le concept est basique, sa mise en pratique implique néanmoins deux remarques préliminaires. Primo, pas question de " souffler " la silhouette dans son ensemble : tout est une question de proportions. Si le haut du corps prend de l'ampleur, c'est pour mieux mettre en valeur le côté cintré d'une jupe crayon ou de leggings, toujours présents. Inversement, les pantalons " sarouelisants " de Véronique Leroy ou " jodhpurisants " de Nicolas Guesquière pour Balenciaga s'accompagnent d'une veste étriquée ou largement ceinturée ( lire ci-après). D'où la deuxième partie du préambule : pour porter ce genre de vêtements, mieux vaut être mince, sous peine d'effet " montgolfière " pas très heureux. " Ici, le but n'est pas de cacher le corps, bien au contraire, analyse Armand Lequeux, gynécologue et sexologue, professeur à l'Institut d'études de la famille et de la sexualité (UCL). Le haut du corps, volumineux, met en évidence des jambes particulièrement longues et minces, ou une taille extrêmement fine. Aujourd'hui, dans nos sociétés, on est face à un double diktat : non seulement on doit avoir un corps parfait, mais aussi le montrer. Depuis que les femmes se sont libérées de contraintes vestimentaires, avec l'apparition de pièces plus souples ou confortables, c'est le corps lui-même qui doit se plier à la mode. " Véronique Pouillard, historienne et chercheuse au FNRS, s'est spécialisée dans l'évolution de la mode. Pour elle, le travail de compression et d'amplification de certaines parties de la silhouette, porté à son paroxysme cet hiver, n'est pas neuf : " Depuis quelques années, constate la jeune femme, on observe chez les créateurs un rapport constant entre le très large et le très étroit. Sans compter que certains d'entre eux ont toujours utilisé le volume de manière atypique, comme le thème des poupées russes chez Viktor & Rolf ( NDLR : leur collection Babushka, pour l'hiver 99-00, mettait en scène une top enfilant une dizaine de vêtements les uns au-dessus des autres) ou le travail sur l'oversize de Martin Margiela." Pour l'hiver 07-08, le styliste antistar pulvérise d'ailleurs un autre record : celui de la carrure la plus large - jusqu'à 50 cm pour certains de ses modèles. Elargi aux épaules, affiné à la taille, le buste se fait triangulaire. CQFD, épreuve de trigonométrie réussie avec mention. Ceux qui auraient vu dans ce jeu sur le volume une réponse des créateurs aux accusations d'incitation à la maigreur en sont donc pour leurs frais : " La question qui se pose n'est plus celle du poids mais de la sculpture du corps, reprend Armand Lequeux. Pour porter ce genre de vêtements, certains critères morphologiques s'imposent. On se situe une étape plus loin dans l'évolution du rapport au corps. Les stylistes vont jusqu'à fantasmer la silhouette, qu'ils aimeraient façonner. Une démarche qui s'apparente, par certains côtés, aux performances extrêmes auxquelles se livrent certains artistes en se mutilant ou en s'imposant des contraintes physiques. " Remontant encore le temps, Véronique Pouillard pointe dans l'histoire de la mode de nombreux exemples de ce jeu sur les volumes : " Au xvie siècle, le costume masculin était composé de collants et de hauts-de-chausses très bouffants, les cols " fraises " mettaient l'emphase sur le cou... En 1910, Paul Poiret proposait de son côté une silhouette entravée, avec des jupes amples resserrées à la cheville, auxquelles certaines des créations d'Alexander McQueen pour l'hiver 07-08 font penser. Quant aux manches gigot, très présentes, elles étaient en vogue dans les années 1830, ont fait un grand retour dans les années 1980. Une décennie dont on retrouve par ailleurs de nombreuses caractéristiques dans la mode de cet hiver, notamment dans la sévérité qui transparaît dans les collections. Ceci rappelle l'image que l'on se faisait de la femme d'affaires dans ces années-là et, au-delà de ça, une certaine conception du pouvoir. " Les détails surgissent du passé, les références spatio- temporelles s'entrechoquent, les formes inventent une nouvelle géométrie et c'est l'allure qui se fait plus contemporaine que jamais. En montant le volume, la mode nous projette cette fois encore dans une autre dimension. Deux options pour l'adopter sans se tromper : la jupe et le manteau. Que la première soit ovale ou arrondie, peu importe. Ce qui compte, c'est qu'elle soit resserrée à la taille et au niveau de l'ourlet (Alexander McQueen - 2.), qui peut aussi être retroussé à l'intérieur pour un effet bouffant carrément bluffant (Sophia Kokosalaki, Giorgio Armani - 1.). Quant au manteau, il se porte oversize et enveloppant comme un cocon (Yves Saint Laurent, Emilio Pucci- 3.), ou au contraire sanglé serré (Burberry Prorsum). La manche n'en finit pas de prendre de l'ampleur. Tandis que Dolce&Gabbana - 2., Giorgio Armani, Valentino ou Lanvin la voient " ballon " - tendance déjà amorcée cet été -, Matthew Williamson - 1. la préfère " chauve-souris " : une fois de plus, c'est le revival des eighties ! Certains créateurs explorent par contre une autre voie en plaçant le volume au niveau de l'avant-bras (Just Cavalli - 3., Christian Lacroix, Loewe). Sans revenir pour autant aux paddings des années 1980, les créateurs élargissent les épaules pour dessiner une silhouette carrée (Martin Margiela - 1., Chapurin - 3.), ronde (Just Cavalli, Paule Ka - 2.) ou même triangulaire (Jeremy Scott). Et si certains adoptent l'attitude inverse en les effaçant, c'est pour mieux mettre en exergue le volume développé dans le bas du corps ou au niveau du buste.Pour être fashion, surtout ne pas faire trop lisse ! Les matières-phares de l'hiver sont cloquées, gaufrées ou matelassées (Iceberg, Hermès - 3., Dries Van Noten - 1. ). Tout sauf discrètes, on les préférera en noir ou dans des couleurs sourdes, pour éviter l'effet too much. A côté de celles-ci, on note aussi un retour en force de la gigamaille, dans un esprit do-it-yourself. Référence aux seventies oblige, on suit les exemples de Giles, Kenzo ou Emilio Pucci et on ose l'orange, le turquoise ou le marron. Les moins audacieuses opteront pour le gris proposé par Gianfranco Ferré ou le noir cher à Stella McCartney. Sonia Rykiel - 2. et Louis Vuitton, eux, jouent dans les deux gammes. Comme pour étirer encore la silhouette, les cols s'allongent et se rigidifient (Salvatore Ferragamo, Marithé et François Girbaud, Undercover - 2.). L'alternative à cette tendance un brin sévère ? L'encolure large, qu'elle soit lâche, souple ou bouillonnante (Burberry Prorsum - 1., Just Cavalli, Givenchy - 3.).Ceintures-corsets (Dolce&Gabbana), pantalons et jupes à taille haute (Giambattista Valli - 1.), vestes cintrées (Miu Miu) ou robes enserrant le buste jusque sous la poitrine (Christian Lacroix - 2., Bottega Venetta - 3.), c'est le grand retour tant annoncé de la taille marquée. Allure distinguée assurée. Delphine Kindermans