C'est un paysage idyllique qui ferait presque oublier les catastrophes prévisibles de cet été pourri, permettez-moi de vous en épargner la liste terrifiante, si parfaitement assignée dans le dernier rapport du Giec. Or donc, dans une forêt lointaine, comme si la planète ne brûlait pas, une jeune fille au visage d'ange caresse un équidé paisible. Elle est assise à même le sol, entre les herbes folles, tandis que les rayons d'un soleil doux illuminent ce premier matin du monde. Elle porte une robe longue à imprimé champêtre et un trench-coat oversized, on la devine pieds nus, on la croit perdue dans ses pensées. Elle a les traits apaisés de Greta Thunberg sans ses ...

C'est un paysage idyllique qui ferait presque oublier les catastrophes prévisibles de cet été pourri, permettez-moi de vous en épargner la liste terrifiante, si parfaitement assignée dans le dernier rapport du Giec. Or donc, dans une forêt lointaine, comme si la planète ne brûlait pas, une jeune fille au visage d'ange caresse un équidé paisible. Elle est assise à même le sol, entre les herbes folles, tandis que les rayons d'un soleil doux illuminent ce premier matin du monde. Elle porte une robe longue à imprimé champêtre et un trench-coat oversized, on la devine pieds nus, on la croit perdue dans ses pensées. Elle a les traits apaisés de Greta Thunberg sans ses tresses. Il se fait que c'est elle. La jeune militante écologiste a les honneurs de la cover du premier numéro de Vogue Scandinavia, daté du mois d'août 21 et destiné à servir de bible pour la saison mode qui s'annonce. Profitant de la tribune qui lui est offerte, "comme un disque rayé", elle répète son message, qui n'a pas changé d'un iota, faute d'avoir été entendu - "Nous le disons depuis le premier jour, nous les militants pour le climat: nous ne pouvons pas résoudre une crise sans la traiter comme telle. Si nous avons appris une chose pendant la pandémie, c'est que la crise climatique n'a jamais été considérée véritablement comme une crise." Et en substance, la Suédoise engagée y pointe la fast fashion et son processus "néfaste", pour mieux souligner les liens entre l'industrie de la mode et les problèmes écologiques, "sans parler de son impact sur les innombrables travailleurs et communautés qui sont exploités dans le monde afin que certains puissent profiter de vêtements que beaucoup traitent comme des produits jetables". Ultraméfiante vis-à-vis de tout ce qui ressemble de près ou de loin à du greenwashing, elle prône simplement l'amour des fringues qui durent. "Comme elle a raison", pense tout haut Orsola de Castro. Cette Italienne avant-gardiste de l'upcycling, cofondatrice du mouvement Fashion Revolution, a choisi son camp depuis longtemps déjà. C'était en 2013, après l'écroulement du Rana Plaza, usine de confection de Dacca, Bangladesh, qui servira à jamais de linceul pour ses petites mains - 1 138 morts et plus de 2 500 blessés. Armée d'un slogan qui fait le job, "Who made my clothes", elle exhorte le secteur - et les consommateurs - à "placer les gens et la planète au-dessus de l'argent". Forte de ces années de combats, elle a couché sur papier son vade- mecum écoresponsable. Dans sa version anglaise, Loved Clothes Last, et dans sa version française, Choisir une mode durable, qui vient de paraître aux éditions Marabout. Elle sous-titre volontiers: "Quand raccommoder et porter ses vêtements longtemps devient un acte révolutionnaire". Et surtout, elle y partage ses savoirs et son savoir-faire. Soit l'art de réparer, qui va de pair avec le verbe "créer" - au Japon, on l'appelle sashiko, en Inde, kantha, ailleurs, pour faire court, upcycling et sur TikTok, #Mending, voire #Visible Mending, ce qui signifie, et c'est tant mieux, que les ados de la planète s'y sont mis. A Bruxelles, dans son arrière-boutique, Eva Velazquez n'a pas attendu que ce soit à la mode pour sauver des vêtements anciens d'une mort certaine. Le ravaudage est une (r)évolution.