Au risque d'enfoncer une porte ouverte, il faut redire à quel point l'accessoire est essentiel pour le luxe. Tant la mode de ce printemps que les défilés de la saison prochaine, qui viennent de s'achever à Paris, le confirment une fois de plus. Non seulement parce qu'il termine une silhouette, lui donnant une identité forte - on pense notamment à ce nu-pied d'hiver vu chez Marni, qui, à défaut d'être pratique, eut le mérite de mettre la collection sous les projecteurs - mais surtout parce qu'il assure largement la rentabilité d'un label. Quatre ans après s...

Au risque d'enfoncer une porte ouverte, il faut redire à quel point l'accessoire est essentiel pour le luxe. Tant la mode de ce printemps que les défilés de la saison prochaine, qui viennent de s'achever à Paris, le confirment une fois de plus. Non seulement parce qu'il termine une silhouette, lui donnant une identité forte - on pense notamment à ce nu-pied d'hiver vu chez Marni, qui, à défaut d'être pratique, eut le mérite de mettre la collection sous les projecteurs - mais surtout parce qu'il assure largement la rentabilité d'un label. Quatre ans après son départ de chez Vuitton, le travail accompli par Marc Jacobs lorsqu'il en était le directeur artistique demeure à ce titre exemplaire, sur les deux tableaux. La mécanique derrière le succès de l'Américain, resté seize ans à la tête de la maison parisienne dont il a décuplé les ventes en une décennie ? Elle se définit en plusieurs axes. Tout d'abord, trouver le délicat équilibre entre approche commerciale et créativité, notamment en osant, en pionnier, proposer des collaborations à des artistes contemporains de l'envergure de Stephen Sprouse, Takashi Murikami ou Richard Prince. S'entourer de personnalités bankable, ensuite, au premier rang des défilés comme pour la pub, devant et derrière l'objectif. Et bien sûr aimer éperdument son job, et donc l'exécuter avec beaucoup d'enthousiasme et de fraîcheur - qualités qui ne peuvent être déniées au New-Yorkais, que l'on soit séduit ou non par ce qu'il dessine, parfois taxé de kitsch. Aujourd'hui encore, alors qu'il a quitté la griffe au Monogram pour se recentrer sur la sienne, il continue à avoir le nez creux dès qu'il s'agit de trouver l'égérie assez people pour attirer l'attention... sans avoir été toutefois trop exposée. La preuve avec le choix, pour sa dernière campagne, de Frances Bean Cobain, fille de Courtney Love et du chanteur de Nirvana dont le créateur était fan. Pile dans la tendance des rejetons de stars qui trustent la mode mais assez nouvelle dans le paysage pour surprendre le public et faire le buzz. Quand on sait que Marc Jacobs n'a pas attendu l'effacement des frontières entre vestiaires masculin et féminin pour s'offrir un Kelly d'Hermès ou d'autres modèles iconiques originellement destinés aux dames, on finit de se persuader que cet avant-gardiste a encore des leçons à donner aux marques qui veulent voir gonfler leurs bénéfices. Y compris dans sa maîtrise des réseaux sociaux - près de 6 millions d'abonnés sur Instagram contre 3,6 " seulement " pour Karl Lagerfeld -, eux aussi devenus incontournables dès lors que l'on parle d'accessoires.Retrouvez chaque vendredi Delphine Kindermans dans l'émission Pop & Snob de Fanny Guéret sur www.rtbf.be/auvio et sur Pure FM à 15 h 30.DELPHINE KINDERMANSTROUVER LE DÉLICAT ÉQUILIBRE ENTRE APPROCHE COMMERCIALE ET CRÉATIVITÉ.