Dans les deux cas, c'est à la vie à la mort. D'abord les boxeurs, pétris au combat depuis leur plus jeune âge, dans un pays qui, depuis le xiie siècle, honore cette chorégraphie de la violence avec ferveur. Une patrie qui, c'est la loi de tous les sports élevés au rang de fierté nationale, dépose ses espoirs, ses frustrations, le poids de son quotidien, sur les épaules de ces créatures du ring. Ensuite, les ladyboys. Cette tribu underground de travestis, plus ou moins tolérée d'un État à l'autre de l'Asie du Sud-Est, dédie son existence entière au spectacle et à la quête d'un corps qu'elle aurait désiré plus en douceur, formes...

Dans les deux cas, c'est à la vie à la mort. D'abord les boxeurs, pétris au combat depuis leur plus jeune âge, dans un pays qui, depuis le xiie siècle, honore cette chorégraphie de la violence avec ferveur. Une patrie qui, c'est la loi de tous les sports élevés au rang de fierté nationale, dépose ses espoirs, ses frustrations, le poids de son quotidien, sur les épaules de ces créatures du ring. Ensuite, les ladyboys. Cette tribu underground de travestis, plus ou moins tolérée d'un État à l'autre de l'Asie du Sud-Est, dédie son existence entière au spectacle et à la quête d'un corps qu'elle aurait désiré plus en douceur, formes et sensualité. Deux groupes d'hommes situés a priori aux antipodes de la virilité, que la jeune photojournaliste belge Virginie Noël connecte intelligemment par la force de l'image. Le résultat de sa série Phnom Penh Stars est troublant mais sans gravité, voire avec humour, jamais voyeur en revanche. Aux extrêmes sur l'échelle XY, les fiers-à-bras de la baston et les mâles en minijupe attirent la lumière, captent le regard, éveillent la curiosité, avec la même intensité. C'est leur raison d'être, leur salut. La scène, ring ou bar de nuit peu importe, est leur terrain d'expression, un théâtre où ils épongent les fantasmes, quels qu'ils soient. À la faveur de ce dispositif en diptyque, l'effet miroir mis en place par Virginie Noël amène ces castes de mâles, étrangères l'une à l'autre, à dialoguer très intimement malgré elles. On retrouve effectivement dans leurs langages corporels respectifs, les mêmes traits et expressions, ceux de l'inquiétude des coulisses, quand le show se prépare, juste avant la métamorphose, les spots, les regards voraces, quand il est l'heure de bomber le torse ou la fausse poitrine. Là s'expriment les têtes hautes, l'adrénaline de l'exhibition, la jouissance de l'ego comblé. Et puis après, comme une gifle, la mélancolie post-coïtum, la descente, le retour aux affaires courantes. Une foule d'émotions similaires qui, par-delà la question du genre, prend racine dans le même terreau, se nourrit de la même eau, celle qui parcourt les veines de ces cousins de la mise en scène de l'enveloppe charnelle. Virginie Noël a 32 ans. Elle est originaire d'Eupen. Après le graphisme à Saint-Luc à Liège, elle a étudié la psychologie à l'Ulg et en Irlande, où elle a exercé un temps son métier de psy. À l'issue d'un grand voyage en Asie, elle s'est posée au Cambodge où elle a travaillé pour une ONG auprès des enfants de Phnom Penh, tout en exerçant une activité de photographe de presse pour différents titres locaux. Autodidacte du boîtier, elle vient de suivre un stage de six mois à Berlin, aux côtés du photographe Frank Rothe. Phnom Penh Stars est son premier travail d'auteur conséquent. La série Phnom Penh Stars est exposée dans les bureaux de Copilot, société liégeoise spécialisée dans la cession, l'acquisition et le financement de PME qui profite régulièrement de son bel espace de maison de maître des bords de Meuse pour mettre en avant des artistes régionaux. Copilot, 30, quai Godefroid Kurth, à 4000 Liège. À voir en semaine, entre 9 et 18 heures jusqu'au 26 mai. Par Baudouin Galler